CANNESAlmodovar et Cruz mettent la Croisette à l'heure espagnolePar David Germain 19-05-2009 | 14h50
«Etreintes brisées est parfaitement équilibré. Il y a autant de rôles masculins que de rôles féminins», a-t-il fait valoir dans une conférence de presse. Question de maturité, explique le réalisateur de films très fémino-centrés comme Femmes au bord de la crise de nerfs (1988), Talons aiguille (1992), Tout sur ma mère (1999, prix de la mise en scène au Festival de Cannes, Oscar 2000 du meilleur film étranger) et Volver (2006, prix du scénario à Cannes). «Jusque-là, mes personnages masculins m'intimidaient un peu, parce que pour un personnage masculin, je devais m'inspirer de moi-même», explique Pedro Almodovar. «Mais maintenant, je me sens de moins en moins intimidé. Alors désormais, vous allez trouver de plus en plus de personnages masculins dans mes films.»«Les personnages masculins qui me viennent à l'esprit quand je fais des films sont des personnages terribles, horribles», se justifie encore Almodovar, rappelant que, enfant de l'après-guerre, il a vécu quasiment exclusivement entouré de femmes jusqu'à l'âge de huit ans. «C'est comme ça. Je suis juste un médium par lequel s'écrivent mes histoires, et si ce sont des personnages masculins de ce genre qui me viennent, ce sera comme ça.» Etreintes brisées n'en est pas moins centré sur une femme, l'actrice Lena (Penélope Cruz), et le triangle amoureux qu'elle forme avec le réalisateur Mateo Blanco/Harry Caine (Lluis Homar) et le riche homme d'affaires qui l'entretient et produit leur film, incarné par José Luis Gomez. Leur histoire tragique se raconte dans les flashback de Mateo, aujourd'hui aveugle et scénariste, qui a repoussé ces souvenirs pendant des années. Comme à son habitude, Pedro Almodovar atténue la noirceur du sujet en déposant çà et là des touches d'humour, notamment avec un film dans le film. Le spectateur découvre ainsi des extraits d'une comédie que tourne Mateo, inspirée de Femmes au bord de la crise de nerfs, l'oeuvre qui révéla Almodovar hors d'Espagne...
Penélope Cruz a donc pu se livrer à un comparatif Almodovar/Allen aujourd'hui. «Ils ne pourraient pas être plus différents l'un de l'autre», a-t-elle expliqué: «Avec Pedro, nous répétions toujours très longtemps avant. Woody n'aime pas répéter. Le jour du tournage, il va peut-être faire une répétition pour repérer les positions de la caméra, mais il aime vraiment que tout le monde improvise». Résultat: le tournage de Vicky... a duré trois semaines et demie, celui d'Etreintes brisées plusieurs mois. Quand on s'est autant investi dans un film, souligne Pedro Almodovar, on n'aimerait pas que l'oeuvre soit saccagée, comme c'est le cas du film de Mateo, qu'un autre personnage monte avec les pires scènes pour le présenter à la critique. «Si cela m'arrivait avec l'un de mes films, je pense que je tuerais le producteur ou la personne qui a détruit la matière que j'ai filmée», prévient le réalisateur espagnol. «Pour moi, un film doit être complètement respecté comme il a été imaginé et conçu par l'auteur.» Marcho Bellocchio présentait pour sa part Vincere, sur la maîtresse et l'enfant cachés du Mussolini d'avant-guerre, le seul film italien en lice pour la Palme d'or cette année. Ce mercredi, le Français Alain Resnais entrera dans la compétition officielle avec ses acteurs Mathieu Amalric, Emmanuelle Devos, Sabine Azéma et André Dussolier, pour Les Herbes folles, et l'Américain Quentin Tarantino dévoilera Inglorious Basterds, avec notamment Daniel Bruhl, Brad Pitt, Diane Kruger et la Française Mélanie Laurent. |