Accueil Divertissement
 
 
SUN
Angels & Demons - Entre mystère et controverse
© Sony
La découverte macabre du «Trou du Diable».

ANGELS & DEMONS

Entre mystère et controverse

Jim Slotek
Sun Media
09-05-2009 | 04h00
La basilique Sainte-Marie-des-Anges-et-des- Martyrs est située dans la Piazza Della Repubblica, aux côtés de l’hôtel St. Regis, où Ron Howard, Tom Hanks et le reste de l’équipe de tournage d’Anges et démons, la suite de Da Vinci Code, ont été interviewés le week-end dernier.

À l’intérieur de l’hôtel, la machine hollywoodienne était à l’oeuvre pour promouvoir un film (et en même temps, faire la promotion du livre de l’auteur du Da Vinci Code, Dan Brown) qui avance que Galilée était le fondateur des Illuminati, une secte ancestrale constituée de militants scientistes, de libres-penseurs et d’humanistes, tous profondément contre le Vatican.

Dans le film Anges et démons – qui fera ses débuts au cinéma vendredi – Tom Hanks a encore une fois le rôle du symboliste Robert Langdon, qui résout le mystère d’une société secrète en plein coeur de l’Église catholique romaine. Un échantillon d’antimatière du laboratoire de physique du CERN, en Suisse, a été apporté illégalement au Vatican, un assassin a juré de tuer chacun des quatre cardinaux dans la course pour la succession au pape récemment décédé – un par heure – avant que le Vatican lui-même ne soit anéanti.

Le seul espoir de Langdon: le manifeste de Galilée, qui prouve certaines choses, comme l’héliocentrisme et l’orbite elliptique.

Le manifeste contient aussi des indices qui montrent le «chemin de l’illumination», des sites anciens autour de la cité où les cardinaux seront tués et, «ultimement», où l’antimatière explosera.

Évidemment, cela ne plaît pas beaucoup au Vatican. «Je n’ai jamais reçu de cartes de Noël du Vatican, alors je ne manque pas grand-chose», a dit Howard en blaguant.

PERMIS DE FILMER

Par contre, ce qui était moins drôle, ce furent les bâtons dans les roues qu’il a expérimentés à Rome, avec le retrait à la dernière minute de permis pour filmer.

«Quand vous venez tourner un film à Rome, les déclarations officielles affirment que le Vatican n’a aucune influence, souligne Howard. Tout avance bien, mais quelques jours avant de commencer à filmer dans les nombreux endroits prévus, on a compris, par des voix secondaires, que le Vatican avait exercé de son influence. Est-ce que c’était une surprise? Non. Un peu frustrant parfois? Certainement.»

Alors, malgré la possibilité de tourner à certains endroits à Rome comme au Panthéon, Anges et démons dépendait d’une réplique du Vatican construite à la piste de course du parc hollywoodien de L.A., et à certaines copies des endroits non accessibles, comme la place Saint- Pierre et la Piazza Navona.

TEMPÊTE

Il est bizarre de voir Howard, celui dont on se souvient comme étant Opie et Richie Cunningham, au centre d’une tempête hérétique une deuxième fois.

«Lorsqu’on regarde l’histoire d’Anges et démons, on réalise que ce sont deux histoires très différentes. Dans mon esprit, Da Vinci Code a demandé une approche beaucoup plus classique et méthodique. Il n’y a pas beaucoup d’action. Il a un pied dans le passé et une bulle mystérieuse, perdue dans le temps. Anges et démons est davantage un thriller… deux sentiments très différents.»

Pourtant, ni Howard ni son collaborateur Hanks ne croient aux théories de conspiration. «Bien sûr, les institutions complotent et les individus conspirent, et certaines choses se passent sans que nous en ayons vent», dit Howard. «En même temps, je suis de ceux qui se demandent comment on peut garder des secrets aussi importants.»

Hanks en rajoute. «J’adore résoudre toutes les théories de conspiration qui s’approchent de moi, et je me pose cette question en premier: à quel point peux-tu être stupide pour croire ce genre de choses? J’aime les preuves empiriques, les faits historiques, parce qu’autrement, tout est une théorie de conspiration.»

Pour la controverse religieuse (incluant une condamnation tout récemment par Mgr Antonio Rosario Mennonna, 103 ans, disant que le film était «très dénigrant, diffamatoire et offensif»), Howard admet ne pas trop s’en faire.

«La seule frustration que m’apporte la critique vient du fait que personne n’a vu le film encore. Alors, je souhaite que l’évêque de 103 ans voie le film avant d’envoyer une autre lettre. Vous savez, plusieurs membres de l’Église ont été invités à aller visionner le film, mais jusqu’à ce jour, ils ont tous refusé. Je ne sais pas trop ce que cela signifie, mais y aller d’attaques envers quelque chose qu’ils n’ont pas vraiment expérimenté me rend perplexe.»

«Je dirais que si vous avez une chance d’être offensé par le film, s’il vous plaît, n’y allez pas», termine pour sa part Tom Hanks.

Une visite incognito

Appelez-le tout simplement Giovanni Doe. C’est ce que j’ai fait.

© Sony
Ewan McGregor incarne le camerlingue Carlo Ventresca.

Ce ne sont pas tous les guides touristiques romains qui demandent à un journaliste de signer un formulaire promettant de ne pas le prendre en photo ou de ne pas le citer. Mais la tournée officielle de Rome d’Anges et démons (www.angelsanddemons.it) tente de passer plutôt inaperçue.

Se mélangeant discrètement aux autres groupes prenant part à des visites guidées à la place Saint-Pierre ou au Panthéon, le nôtre est cependant le seul où le guide vous amènera en plein coeur de l’intrigue d’un roman à succès, nous expliquant à quel endroit chaque cardinal est tué dans le premier roman de Dan Brown mettant en vedette Robert Langdon.

«Nous avons en quelque sorte des cibles dans le dos, c’en est ridicule», nous dit le jeune et mince guide romain aux cheveux longs, qui a 26 ans.

Il y a tellement d’antipathie entre le Vatican et l’oeuvre de Dan Brown qu’il existe une crainte réelle que l’entreprise touristique, qui fonctionne depuis trois ans, soit bannie de plusieurs églises et des terrains du Vatican si ses employés étaient facilement identifiables.

«Ce n’est même pas au sujet d’Anges et démons. Ça concerne encore le Da Vinci Code. Vous pouvez présenter une histoire où des cardinaux sont tués et ça ne créera presque pas de controverse, mais dites que Jésus a épousé Marie-Madeleine et ils n’oublieront jamais », affirme Giovanni.

POINTS DE REPÈRE

Au début de notre visite, où les indices des Illuminés dans Da Vinci Code mènent Langdon au premier site d’exécution, c’est-à- dire à l’église Sainte-Marie-du-Peuple, on se faufile déjà à l’endroit où se trouvait l’équipe de tournage de Ron Howard.

On y voit la sculpture de Bernini qui, supposément, nous mène au site du prochain meurtre, de même que le «trou du diable» de la famille Chigi, un trou dans le plancher de l’église où l’on descend les corps de nos êtres chers pour qu’ils rejoignent les restes humains des ancêtres.

Giovanni prend plaisir à nous dire à quels moments et à quels endroits les indices pointent vers la mauvaise direction. «Je dirais que Dan Brown a raison 20% du temps», dit-il, avant de nous mener à des visites rapides de l’église Santa Maria Della Vittoria (et un autre indice – la fameuse sculpture de Bernini de sainte Thérèse en extase), du Vatican et de la Piazza Navona.

Notre visite se termine au château Saint- Ange, le dernier arrêt des Illuminés pour ceux qui ont lu le livre, ce que Giovanni semble avoir fait souvent: il repère la page du livre qui correspond à l’endroit visité avec une aisance déconcertante. Après tout, la tournée est au sujet du roman.

Giovanni n’a pas vu le film et, d’après ce qu’il a entendu, il se dit plutôt perplexe en ce qui a trait à certains changements apportés.

«Ils ont changé la fin! À mon avis, c’était la meilleure partie.»

haut