Montréal n'est plus la capitale du piratage

Cinéma - Montréal n'est plus la capitale du piratage

 

Michelle Coudé-Lord
Le Journal de Montréal

Dernière mise à jour: 04-05-2009 | 10h58

Montréal a perdu son titre de capitale du piratage de films dans les salles de cinéma grâce à la loi du gouvernement Harper, passée il y a deux ans. La menace vient maintenant d'Internet, le nouveau terrain de jeu des experts du piratage.

L'un des plus grands experts du piratage, Geremi Adam, un Montréalais, recevra sa sentence en juin prochain, deux ans après la loi du gouvernement Harper contre le piratage dans les salles de cinéma. Il risque cinq ans de prison ou un million de dollars en amende.

C'est ce que confirment au Journal de Montréal tant la GRC que les dirigeants de l'Association canadienne des distributeurs de films.

«La loi anti-piratage fut d'une extrême efficacité pour nous. Avant juin 2007, plus de 50% du piratage des films dans les salles de cinéma se faisait à Montréal, d'où notre titre peu enviable de capitale du piratage dans le monde. Or, maintenant, le mal est définitivement contrôlé», admettent en entrevue Steve Covey, directeur adjoint des opérations antipiratage en Amérique du Nord de l'Association canadienne des distributeurs de films, et Wendy Noss, directrice générale de cette même association.

Avant l'adoption de la loi, par exemple, le pirate pouvait voler son film en salle dans l'après-midi et la copie pouvait être diffusée quelques heures plus tard.

Glissement vers Internet

Les distributeurs de films canadiens comme ceux d'ailleurs font face maintenant à une autre menace, l'Internet.

«Nous réclamons une loi le plus vite possible, car les créateurs sont victimes de vols à chaque heure», souligne Wendy Noss, qui espère une action rapide du gouvernement Harper.

Le travail des pirates s'est fortement sophistiqué. Ils ont créé des sites qui fournissent les outils nécessaires aux consommateurs pour aller chercher de manière illégale les films sur Internet.

«C'est comme si on donnait le code d'ouverture du coffre-fort d'une banque à un voleur», affirme Steve Covey.

En Colombie-Britannique, un individu du nom de Gary Fung est à la tête d'un tel site, ISO-Hunt. Il est poursuivi présentement par les distributeurs américains.

Wendy Noss déplore le fait qu'au Canada, cet homme peut continuer à opérer ce qu'il appelle «une business».

«C'est pourquoi nous demandons un amendement à la loi du droit d'auteur afin que le vol sur Internet cesse, car le mal se répand.»

La Suède comme exemple

Le 17 avril dernier, en Suède, quatre individus ont été accusés formellement de vol et ont reçu leur sentence d'un an de prison pour avoir créé le site Pirate Bay, qui opérait de la même manière qu'ISO-Hunt.

«Un juge a indiqué l'impact néfaste sur les créateurs et sur l'industrie des films», ajoute Wendy Noss.

Par exemple, via Pirate Bay, près de 30 000 consommateurs ont pu avoir accès aux films The Uninvited et The Fast and Furious.

Aux États-Unis, les distributeurs de films évaluent à sept milliards les pertes associées à la diffusion illégale des films et des séries télévisées sur Internet.

Un débat pour la France

En France, le président, Nicolas Sarkozy, s'attaque au vol sur Internet des films, de la musique et des séries télévisées. Il a déposé la loi Hadopi, fortement contestée toutefois, car elle contient un dispositif qui prévoit la suspension de l'abonnement à Internet comme peine. Plusieurs parlent donc d'une atteinte à la vie privée.

La France serait le premier pays à opter pour une telle mesure de coupure du service d'Internet.

L'avocat montréalais Jean-Philippe Mikus, un expert en droit sur la défense de la propriété intellectuelle, parle d'une explosion des vols de produits culturels sur Internet et s'inquiète grandement de l'impact sur toute une industrie.

L'urgence d'agir au Canada

«Juste en musique, les téléchargements illégaux ont un effet néfaste chez les créateurs. Les pirates ont des outils de plus en plus subtils sur Internet et le résultat est catastrophique pour les créateurs. C'est pourquoi il faut changer les lois et donner aux auteurs une nouvelle protection, car ils sont victimes de vols à chaque heure», exprime Me Mikus.

Les distributeurs de films canadiens espèrent que le gouvernement Harper saisit l'urgence de la situation.

«D'autres pays ont mieux réagi au travail des pirates sur Internet. Nous les avons sortis des salles de cinéma, maintenant il faut s'attaquer à leur nouveau terrain de jeu», conclut Steve Covey.

En Suède, les policiers ont commencé à enquêter sur les activités du site Pirate Bay le 31 mai 2006. Les premières arrestations ont été faites le 31 janvier 2008. La conclusion du dossier a eu lieu en avril 2009.

Effets de la loi antipiratage au cinéma

  • 22 juin 2007: la loi C-59 reçoit la sanction royale. Dorénavant, l'acte de filmer dans une salle de cinéma et d'en faire la diffusion devient illégal au Canada.
  • 24 juin 2007: un premier individu est arrêté en vertu de la loi antipiratage au Coliseum Theater d'Ottawa.
  • 4 décembre 2007: à Montréal, un certain Gérémi Adam est arrêté pour piratage dans les salles de cinéma dans le but d'en faire la diffusion sur Internet. Il recevra sa sentence en juin prochain à Montréal.
  • 23 décembre 2008: un couple dans la vingtaine est arrêté pour piratage dans une salle de cinéma de Montréal.
  • Au total, depuis le début de l'entrée en vigueur de la loi C-59, trois personnes ont été arrêtées à Montréal et formellement accusées, ainsi qu'une à Calgary et une à Ottawa.
  • Jusqu'à présent, les peines ont été de six mois à deux ans, associées à l'interdiction d'entrer dans les salles de cinéma.
  • La peine maximale est de cinq ans de prison ou de 1 million $ en amende s'il est prouvé que l'individu faisait aussi la diffusion des films piratés sur Internet.
  • À noter qu'entre juin et novembre 2007, les cinémas Guzzo ont intercepté une quarantaine de personnes qui essayaient de filmer dans leurs salles.

IMPACT DU PIRATAGE

  • État des pertes financières associées au piratage de films et de DVD pour les studios de cinéma.
    -18 milliards $ dans le monde
    -225 millions $ au Canada
    -34 millions $ en taxes
  • Au Canada, la production de films et d'émissions de télévision représente 131 600 emplois.
  • Les studios victimes de piratage sont:
    -Walt Disney
    -Paramount
    -Sony Pictures
    -Twentieth Century Fox
    -Universal Studios
    -Warner Bros

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