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Suzie - Pas facile d’être parent!
© Didier Debusschere et courtoisie
Si elle avait su que les choses se passeraient aussi bien, on peut en déduire que Micheline Lanctôt se serait donné un rôle dans un de ses films bien avant Suzie.

SUZIE

Pas facile d’être parent!

par Denise Martel
Le Journal de Québec
12-04-2009 | 04h00
Au départ, Micheline Lanctôt voulait écrire un personnage de femme d’un certain âge maganée par la vie, mais s’est rapidement laissée rattraper par son «dada», la difficulté pour les parents, et tout particulièrement pour les femmes, d’élever des enfants dans la société d’aujourd’hui.

«C’est le troisième film que je fais sur la difficulté d’élever des enfants de nos jours, avec tout le stress et l’obligation de performance qu’impose la société», signale la scénariste et réalisatrice, de passage à Québec cette semaine pour parler de Suzie, son dernier film, qui prend l’affiche au Clap, vendredi.

«J’avais imaginé le personnage d’une femme qui s’est imposée en jouant au poker, mais qui communique peu, visiblement traumatisée par quelque chose de son passé, puis est venue l’idée de la rencontre avec cet enfant abandonné dans sa voiture taxi... Le film raconte une nuit de crise et, comme à l’Halloween, rien n’est comme d’habitude, le contexte me semblait bien choisi pour Suzie», précise la réalisatrice, en ajoutant que la fête, d’origine anglo-saxonne et païenne, était une fête très violente.

«Encore aujourd’hui dans les environs de Sutton, où j’ai une maison, il se fait encore beaucoup de vandalisme la nuit de l’Halloween. Il y a toujours des malfaisants qui prennent plaisir à briser si on ne leur donne rien...», ajoute- t-elle. Voilà pour le contexte, mais le véritable sujet du film est le peu de soutien qu’obtiennent les parents pour éduquer leurs enfants.

PEU DE SOUTIEN

«Comment se fait-il, en 2009, que toutes les grandes entreprises ne mettent pas de crèches (garderies) à la disposition de leurs employés? Comment se fait-il qu’il manque tant de places en garderies? La France a le plus haut taux de natalité et ce n’est pas pour rien, les Français ont des services sur les lieux de travail.»

«Malgré tout ce qu’on dit, notre société ne veut pas vraiment avoir d’enfants. Le décrochage scolaire est un problème majeur et nous avons le plus haut taux de suicide chez les jeunes en Amérique du Nord. Les statistiques montrent que la détresse va en s’aggravant. Et je ne parle pas à travers mon chapeau. Mes enfants sont grands aujourd’hui, mais je pars de ma propre expérience dans un métier difficile avec des horaires exigeants», affirme la réalisatrice, en soutenant que son film s’intéresse d’abord et avant tout au point de vue social.

PREMIERS PAS

Porte-parole de Premiers pas, organisme sans but lucratif qui compte quelques antennes au Québec et permet à des parents d’obtenir un peu d’aide de parents bénévoles, Micheline Lanctôt soutient qu’il n’y a à peu près aucun soutien prévu pour les parents qui ont besoin d’aide.

«La pression sociale est telle que tout le monde court tout le temps. Ma fille vient d’avoir une petite fille et je lui ai dit de ne pas hésiter à demander de l’aide, même à des inconnus. Quand ils sont sollicités, les gens ne refusent pas et ça peut permettre de souffler un peu ou de régler un petit problème. Il n’y a pas de honte à demander de l’aide», affirme-t-elle.

Dans le même ordre d’idées, elle ajoute qu’il faut arrêter de surcharger les journées des enfants, même et surtout dans leurs loisirs. «Les enfants sont programmés à l’os. Il faut les laisser se réapproprier le temps, apprendre à regarder tomber la pluie et à laisser travailler leur imagination. Je ne me souviens pas de m’être ennuyée quand j’étais enfant...», termine Micheline Lanctôt.

La joie de porter un double chapeau

© Didier Debusschere et courtoisie
Micheline Lanctôt se dit heureuse de voir enfin Suzie arriver au grand écran.
La tête haute, sourire aux lèvres, Micheline Lanctôt avoue qu’elle avait toujours dit qu’elle ne se mettrait jamais en scène dans un de ses films. Ce qui ne l’a pas empêché de se donner le rôle-titre dans Suzie.

Quant à savoir si elle a trouvé difficile de porter le double chapeau de réalisatrice et d’actrice, Micheline Lanctôt soutient qu’elle n’a pas trop éprouvé de difficultés en tant qu’actrice, mais plutôt un immense plaisir.

«C’est la première fois que je joue dans un de mes films, mais certainement pas la dernière. L’équipe a été extraordinaire et m’a soutenue au maximum jusqu'au bout», lance l’actrice et réalisatrice à la toute fin de l’entrevue.

«J’ai retrouvé le plaisir de jouer. Ça faisait quatre ans que je n’avais pas travaillé comme actrice. Rendus à un certain âge, les rôles de femmes à part entière sont rares. C’est comme s’il y avait toute une génération qui avait été sautée.»

«Il n’y a pas de place pour nous dans les photos, ni dans les publicités ni dans les films. Même à la télé, on est souvent cantonnées dans des rôles de grand-mère gentille et affectueuse», note celle qui interprète la mère de Pascale Bussières dans la télésérie Belle-Baie.

«Je voulais jouer et j’ai eu beaucoup de plaisir à le faire dans Suzie. Ce ne sera pas la dernière fois», renchérit la réalisatrice en admettant avoir un autre projet de film sur le feu, mais comme il n’est pas encore financé, il peut y avoir loin de la coupe aux lèvres et elle préfère ne pas en parler pour le moment.

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