GALA - PAS DE CONTROVERSEUne soirée à l'eau de roseBenoît Aubin Le Journal de Montréal 30-03-2009 | 05h58
S'il y a des problèmes, des crises ou des controverses dans le merveilleux monde du cinéma québécois, ils jouaient les seconds rôles dans une soirée des Jutra où tout le monde il était beau, et tout le monde il était gentil. Natar Ungalaaq a accepté son prix de meilleur acteur en anglais seulement. Le réalisateur Benoit Pilon nous a rappelé hier que la culture inuit est «très éloignée de notre univers quotidien.» Patricio Henriquez, auteur d'un documentaire sur la torture, a dénoncé le gouvernement fédéral «qui a déclaré la guerre à la culture citoyenne du Québec.» Lyne Charlebois, meilleure réalisatrice (Borderline) a attiré l'attention sur la difficulté qu'il y a à être femme et réalisatrice. Voilà à peu près tout dans la filière «minorités et revendications.» Le reste fut un party sympathique. Ce n'était pas Sunset boulevard, mais au moins le tapis rouge était bien à l'abri de la grisaille humide de Montréal, dans le caverneux studio 42, au deuxième sous-sol de la maison de Radio-Canada. Starlettes très maquillées, jeunes premiers trop décontractés, vedettes confirmées, journalistes, artisans, producteurs, politiciens se pilaient sur les pieds dans le cocktail exigu. En complet sombre, Natar Ungalaaq, qui serait la vedette de la soirée, attirait beaucoup d'attention curieuse. Gilles Duceppe, le chef du Bloc Québécois, se distinguait avec un noeud papillon rayé du meilleur effet, éclipsé seulement par le T-shirt Obama porté par Geneviève Bujold. Angèle CoutuPremière à casser la glace, Angèle Coutu, actrice de soutien de l'année, a évoqué avec émotion et intensité les difficultés du métier d'artiste quand les rôles se tarissent. Une voix fantôme: celle de Serge Fiori, immense vedette des années '70 qui, avec humour, dit se chercher de l'ouvrage -«musique en tous genres, épluchettes de blé d'inde» - après avoir gagné «meilleure musique» avec Normand Corbeil pour Babine. Racines profondes et grand avenir, la célébration d'hier couvrait au moins six décennies de cinéma québécois. Marie-Anne Fortier, vedette de Maman est chez le coiffeur, est trop jeune pour voir plusieurs des films primés hier. Marcel Sabourin avait à peu près le même âge quand il a, pour la première fois, rencontré Fernard Dansereau, le réalisateur et producteur spécialement honoré hier. C'était en 1952. «Et je n'ai pas encore fait le tour du personnage», dit-il. Le gala d'hier a démontré que 2008 a été un bon cru pour le cinéma québécois: une grande variété de sujets, une riche relève en éclosion et même quelques solides succès commerciaux, ici et à l'étranger. |