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Dédé à travers les brumes - Visionnement émotif
© Le Journal de Montréal - Archives

DÉDÉ À TRAVERS LES BRUMES

Visionnement émotif

Cédric Bélanger
Le Journal de Québec
07-03-2009 | 04h00
«Ça m’a brassé en ostie! J’étais assis à côté de la Julie de la chanson, qui est sa nièce, et on se passait les kleenex. Sa soeur et ma blonde étaient là aussi. C’était chacun notre tour de pleurer, quand ce n’était pas tous en même temps.»

C’est un cliché de l’écrire ainsi, mais l’ex-guitariste des Colocs, Mike Sawatsky, est vraiment passé par toute la gamme des émotions, dimanche dernier, quand il a vu Dédé à travers les brumes en compagnie de quelques intimes du chanteur disparu.

«Ça a brassé beaucoup de choses. Voir Dédé jouer au hockey, l’entendre parler avec son accent, la mort de Pat (Esposito Di Napoli)... Il y avait beaucoup d’angoisse dans Dédé», confie Sawatsky, qui assure que le film trace un portait fidèle de son grand ami, qui était aussi le parrain de sa fille.

«Tout est vrai, ses blondes, la mort de Pat, qui a été très dure, sa mort, mon accident. On a eu beaucoup de plaisir dans notre vie, mais on a aussi vécu beaucoup de tristesse», dit-il, assurant toutefois que même s’il a été interviewé par l’équipe de Dédé..., il a cherché à se garder le plus possible à l’écart du projet.

«C’est une oeuvre artistique de la part de Jean-Philippe et je voulais que ça reste sa vision.»

En entrevue, Mike Sawatsky revient à quelques reprises sur le décès des suites d’une longue bataille contre le sida de Patrick Esposito Di Napoli, en 1994. Il avoue que la scène où l’harmoniciste pousse son dernier soupir est celle qui l’a le plus touché.

«Pas parce que je l’aimais plus (que Dédé), mais ça fait longtemps qu’on n’a pas jasé de Pat intensément. On parle toujours de Dédé, comme s’il est toujours présent.»

Dans le film, les membres des Colocs veillent leur ami jusqu’à sa mort dans sa chambre d’hôpital, un moment dont se rappellera toujours Sawatsky.

SATISFAIT DES ACTEURS

Le personnage de Mike est très présent dans le film, un choix qui a surpris le principal intéressé et qu’il croit justifié par le fait qu’il a été présent du début à la fin de l’aventure des Colocs.

Quant à celui qui l’incarne, Joseph Mesiano, Sawatsky dit avoir de la difficulté à commenter son jeu «vu que c’est moi».

Le guitariste note cependant que Mesiano «a fait du bon travail, qu’il a travaillé fort et qu’il était vraiment dedans».

Pour ce qui est de Sébastien Ricard, Mike Sawatsky sort carrément l’encensoir.

«Wow! Ce gars-là a une drive pure. Il est vraiment motivé. Et son Dédé est très crédible. C’est drôle, mais ils se ressemblent ces deux-là, dans leur motivation, dans leur énergie. Si Dédé était encore vivant, ils feraient des choses ensemble. Ils seraient des grands amis.»

© www.fondationandrededefortin.com
André Fortin

Les mots de Dédé

Les colocs

Je chante comme une casserole
À l’hôpital quand je mourrai
d’une extinction de voix
Les oreilles seront débouchées
en souvenir de moi
Je chanterai au paradis
pendant des millénaires
Jésus, les anges et Dieu aussi
s’enfuiront en enfer

Juste une petite nuite
On va faire l’amour en silence
Comme des amants un peu blasés
Avant de m’donner mes vacances
Fais-moé accroire que chu pas clairé

Mauvais caractère
J’ai acheté un pitbull
Même lui m’endurait pas
Il s’est livré lui-même

1962

Naissance, le 17 novembre, d’André Fortin, à Saint-Thomas-Didyme, au Saguenay–Lac-Saint-Jean

1990

Naissance des Colocs. Au départ, le groupe est formé de Dédé, Louis Léger, Jimmy Bourgoing, Marc Déry, Patrick Esposito Di Napoli et Guy Lapointe. Déry quitte après un seul spectacle pour fonder Zébulon. Serge Robert se joint au groupe tout comme Mike Sawatsky, qui prend la place laissée libre par le départ de Léger. En octobre, les Colocs donnent leur premier spectacle au Tallulah Darling.

1993

Lancement du premier album, Les Colocs, et parution du clip de la chanson Julie.

1994

En novembre, Patrick Esposito Di Napoli perd sa bataille contre le sida.

1995

Lancement de l’album double Atrocetomique, le 30 octobre, soir du référendum. Le bassiste Serge Robert quitte le groupe et est remplacé par le Belge André Vanderbiest.

1998

Création et lancement de Dehors novembre, album qui est considéré comme l’oeuvre la plus marquante du groupe. De nouveaux musiciens se joignent à la bande: les batteurs Michel Dufour et Justin Allard, les choristes et percussionnistes El Hadji Fall et Pape Abdou Karim Diouf, le trompettiste Charles Imbeau ainsi que le saxophoniste et clarinettiste Jean-Denis Levasseur.

1999

Les Colocs sont élus groupe de l’année au gala de l’ADISQ.

2000

André «Dédé» Fortin est retrouvé sans vie, le 10 mai, dans son appartement de la rue Rachel, à Montréal. Ses funérailles seront célébrées, cinq jours plus tard, à l’église Notre- Dame-du-Perpétuel-Secours, à Sorel.

2001

Parution de Suite 2116, album comprenant de nombreuses pièces inédites et qui constitue une forme d’hommage à Dédé de la part de ses amis.

  • Source: site Internet officiel des Colocs.
À la SPCA

Atrocetomique

Bonyeu
Bonyeu donne-moé
une job
J’vas payer l’loyer du
mois passé,
J’vas r’brancher l’téléphone,
Les collecteurs vont
pouvoir me r’trouver

Tellement longtemps
J’aime pas les winners, sont plates à mourir
J’aime mieux les losers, au moins y m’font rire
J’vas aller sur une île, j’vais brûler l’bateau
J’vas r’commencer l’monde,
j’vais faire de quoi d’beau

Tout seul
J’arrive d’vant l’docteur y m’dit
comment ça va la vie?
J’ai pu envie de vivre c’est ça que je lui ai dit
Y’a pu rien qui m’fait rien si tu veux mon avis
Y’a sûrement quelque chose qui est pas normal

Dehors novembre

Dehors novembre
Mon corps, c’est un pays en guerre
su’l’point d’finir
Le général de l’armée
de terre s’attend au pire
J’ai faim, j’ai frette,
je suis trop faible
pour me lever debout
On va hisser le drapeau blanc
un point c’est toute

Le répondeur
J’y’ai jamais dit je t’aime tout court
J’ajoute toujours quequ’chose après
C’comme ça qu’on voit si on est en amour
Je t’aime beaucoup ça fait moins vrai

Tassez-vous de d’là
Moé j’fais mon chemin dans la foule
En espérant qu’une chose
C’est de voir ton visage ou de t’entendre crier:
Avec ta voix immense et ton coeur qui explose :
Aidez-moé, aidez-moé


Réserves et malaise autour du projet

Ce ne sont pas tous les proches de Dédé Fortin qui étaient enchantés à l’idée qu’un film raconte la vie du mythique chanteur des Colocs.

Des amis, membres de sa famille et anciens Colocs ont, chacun à sa manière, exprimé réserves et malaise face au projet.

Fred Fortin, un ami proche, a poliment décliné une demande d’entrevue du Journal, disant préférer garder pour lui ses souvenirs de Dédé et avouant éprouver un certain malaise depuis le début du projet. Serge Robert, l’ex-bassiste du groupe, a aussi refusé de parler de Dédé avec Le Journal.

Son grand ami Richard Petit résume bien le sentiment qui habite plusieurs compagnons de Dédé vis-à-vis le film.

«J’avais un sentiment bien mitigé. Je sais que ce sont des acteurs, un réalisateur et un producteur de grand talent. Mais pour moi, ça va brasser des émotions très profondes parce que Dédé, c’est lui qui a trouvé mon premier contrat de disque, qui a fait la préproduction et la pré-réalisation de mon premier album. C’était comme mon grand frère, mon mentor.»

«Je n’irai pas à la première du film, poursuit le chanteur. Je vais probablement laisser passer la marée et prendre un petit moment, seul, dans ma bulle, pour aller le voir.»

«IL LE MÉRITE»

Mike Sawatsky croit, pour sa part, que le film permettra de faire mieux connaître Dédé et de célébrer sa musique. Il n’a aucun malaise à le voir revivre à l’écran.

«Toutes ces émotions sont passées pour moi. Je n’ai plus de misère à voir Dédé, à l’écouter. Je trouve qu’il mérite ça, que les gens devraient en savoir plus sur lui, notamment qu’il n’était pas drogué. Il y a un paquet de gens qui croyaient qu’il déprimait à cause de la drogue, de l’héroïne. Le film remet les pendules à l’heure. Dédé, c’était un vrai bon gars. Je suis content de l’avoir connu et il faut célébrer ça.»

Des beaux souvenirs de Dédé, Richard Petit en a d’ailleurs défilé plusieurs en entrevue. Il confesse notamment qu’il se rappellera toujours du jour où Dédé lui a demandé d’écrire des chansons pour Dehors novembre avec lui.

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