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Oscars 2009 - Benjamin Button ou Slumdog?
© Le Journal

OSCARS 2009

Benjamin Button ou Slumdog?

par Bruce Kirkland
21-02-2009 | 14h00
En entrant dans un ascenseur de l’hôtel Four Seasons à Beverly Hills, je me suis récemment retrouvé nez à nez avec Dev Patel, le jeune Anglais d’ascendance sud-asiatique qui tient la vedette dans le film Slumdog Millionaire. Notre brève conversation m’a permis de comprendre pourquoi Slumdog est la «cause célèbre» des Oscars.

Il ne cherchait pas à se pavaner, ne se prenait pas pour un autre et ne tenait rien pour acquis. Patel était modeste, enthousiaste et fou de joie à l’idée que le film ait tant de choses à dire au monde au sujet de la vie, de l’amour et de la lutte des classes en Inde.

Je lui ai mentionné que des gens étaient déçus du verdict des électeurs des prix de l’Académie. Aucun acteur de Slumdog n’a été mis en nomination. «Cela ne me dérange pas», a répondu humblement Dev Patel. «Je ne sens pas que je mérite réellement cela. C’est le film qui est important.»

Il ne croit même pas qu’il est devenu un bon acteur, malgré sa performance dans Skins, une série télévisée de la BBC. «J’étais épouvantable dans ce rôle», confesse-t-il.

Puis, je suis tombé sur Danny Boyle. Le réalisateur du film. Il semblait tout aussi décontracté et se faisait poétique et nostalgique au sujet du traitement favorable réservé à son travail dans les festivals de films canadiens au cours de sa carrière.

Ces deux modestes témoignages contrastent avec l’impact de L’Étrange histoire de Benjamin Button. Le film a obtenu 13 nominations, trois de plus que les dix octroyées à Slumdog. Le réalisateur de Benjamin Button, David Fincher, est un important et exigeant cinéaste américain, d’humeur changeante.

Danny Boyle, lui, est un Britannique branché qui fait des choix originaux. Alors que Dev Patel se dit content de ne pas être mis en nomination, la superstar Brad Pitt, qui interprète le rôle de Benjamin Button et qui est nominé dans la catégorie du meilleur acteur, est très heureux d’être sous les feux de la rampe en tant qu'«acteur sérieux».

En outre, il semble y avoir un appui corporatif derrière Benjamin Button: une vague de fond venant d’Hollywood pour que l’un de ses propres mégaprojets revienne à la maison avec le plus grand nombre possible de statuettes en or. Mais le prix pour le meilleur film pourrait lui échapper.

DAVID CONTRE GOLIATH

À part ces deux films, aucun autre long métrage mis en nomination ne semble être dans la course. Personne ne parle des Frost/Nixon, Milk et autre The Reader comme des candidats potentiels pour le meilleur film, bien que chacun ait des chances de remporter un trophée dans d’autres catégories, comme Sean Penn pour le meilleur acteur dans Milk.

En fait, il n’y a pas de discussion sérieuse sur autre chose que la lutte entre Benjamin Button et Slumdog pour la plus haute récompense. C’est le classique David contre Goliath. Benjamin Button est l’incontournable et imposant géant, une production de 150 millions $ qui a récolté des recettes de 197 millions $ dans les guichets du monde entier.

Comme de nombreuses épopées cinématographiques, le film a été en développement pendant des années, soit depuis 1994 dans le cas qui nous concerne.

À un moment donné, c’était le réalisateur Ron Howard qui allait diriger John Travolta dans le rôle de Benjamin Button. À un autre, c’était Steven Spielberg qui allait diriger Tom Cruise. Le réalisateur Spike Jonze a été également approché pour la direction du film. Qui sait quelle autre vedette aurait interprété Benjamin Button?

À l’opposé, Slumdog est un modeste film indépendant de 15 millions $ réalisé hors des sentiers battus. Il raconte l’histoire d’un enfant de la rue de Mumbai, en Inde, qui réussit à sortir du marasme de son bidonville grâce au succès qu’il remporte lors d’un jeu télévisé pour tester son intelligence.

MANIFESTATIONS EN INDE

Il y a cependant eu un retour de manivelle. Des manifestations ont eu lieu en Inde pour s’opposer au titre du film, impliquant que les habitants des bidonvilles étaient des «chiens», comme si l’on pouvait prendre le titre du film à la lettre.

D’autres ont questionné le traitement de deux jeunes habitants d’un bidonville qui se sont vu accorder des seconds rôles très en vue, comme si le fait de bien les traiter, mais de leur donner un salaire modeste était de l’exploitation. Le problème a d’ailleurs été réglé par les producteurs de Slumdog, qui ont révélé que les jeunes interprètes s’étaient vu remettre des fonds pour financer leur éducation.

Les attaques envers Slumdog Millionaire tendent à confirmer ce qui semble évident: même sans arrogance, le film est favori pour triompher demain soir.

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