ÉRIK CANUELPlus loin encore avec Cadavrespar Michèle Coudé-Lord Le Journal de Montréal 14-02-2009 | 04h00
«C’est violent. On le sait. Mais Cadavres c’est aussi l’exploration de l’être humain; c’est essayer de comprendre ces personnages-là qui ont décidé de s’aimer sans respecter le code de la société», confie le réalisateur en entrevue. Le scénario est de Benoit Guichard. Cadavres c’est l’histoire de Raymond Marchildon, joué par Patrick Huard, qui le jour de la mort de sa mère, renoue avec sa soeur Angèle, jouée par Julie LeBreton. Il veut retrouver le monde de son enfance.
À CONSULTER:
Huard est criant de vérité. D’ailleurs, Erik Canuel aurait tourné ce film qu’avec cet acteur, devenu son porte-bonheur. Ils ont vécu le succès de Bon Cop, Bad Cop ensemble. «Les acteurs comme lui sont extrêmement rares. Il est talentueux, courageux. Il a dû puiser très loin pour jouer ce Raymond. C’est un rôle tellement difficile. Il m’aime pour avoir accepté de le faire», précise le réalisateur. Ainsi, pour son ami réalisateur, Patrick Huard a accepté de se mettre nu et de se faire tourner pendant un après-midi pour la scène de la toupie... il a eu des maux de coeur, des maux de tête.
LA LOI DU COCHONIl compare ce film à La Loi du cochon, tourné dans les années 80. «Ça va faire jaser, je m’attends à être critiqué, même durement, mais c’est aussi ça le cinéma. Au fait, Cadavres c’est La Loi du cochon amélioré. Ce film a sa raison d’être. C’est un cri de désespoir d’un homme face à une humanité qui ne fait rien pour le comprendre. Les films doivent aussi faire parler la révolte. La toucher. Je suis très fier de cet acte de création», explique Erik Canuel. Ce réalisateur de talent ose, dérange et attend aussi du travail. Le financement au ralenti du cinéma l’interpelle, l’inquiète. Il nous a parlé cette semaine de Toronto. Car nos réalisateurs de talent doivent s’expatrier pour travailler à certains moments de leur carrière. C’est le cas présentement d’Erik Canuel et de Charles Binamé, invités tous les deux pour tourner un épisode de la populaire série Flashpoint diffusée sur CTV et CBS.
«Je ne fais pas du tout confiance au gouvernement conservateur. Le Québec a un talent immense. Mais ça prend des moyens pour tourner des oeuvres à la hauteur de ce qu’on est capables de faire.» Il voit vite la différence lorsqu’il tourne sur des séries au Canada anglais. «On a le temps de respirer. Nous, on fait des films avec 4 M $ et le tournage ne doit pas dépasser 30 jours. C’est fou. C’est triste de voir que nous sommes rendus là et qu’il y a des réalisateurs de talent qui ne travaillent pas », ajoute Erik Canuel. Oui, il rêve que ces films voyagent; oui, il attend toujours que ses projets avec les Américains débloquent; oui, il ne changerait pas de métier pour tout l’or du monde et oui, il rêve de tourner un jour son Slumdog Millionnaire, le film vedette présentement à Hollywood. Erik Canuel a trouvé sa passion, le cinéma. Pas de doute. Pour ce, il assume totalement chacune de ses oeuvres cinématographiques. Il les défendra toujours comme un père défend ses enfants. «Les critiques auront le droit de dire ce qu’ils veulent sur Cadavres comme moi j’ai le droit de penser qu’ils sont dans le champ. Cadavres est un film ‘weird’ je le sais. Il faut le cibler adéquatement. Il trouvera son public.» |