KARINE VANASSE«Polytechnique m'interpelle beaucoup»par Denise Martel Le Journal de Montréal 31-01-2009 | 04h00
Le film de Denis Villeneuve, qui montre, de l’intérieur, la tragédie qui a entraîné dans la mort 14 jeunes femmes innocentes, le 6 décembre 1989, prendra l’affiche en salles le 6 février. «Il fallait vraiment être humble, se retenir pour ne pas faire de trop beaux cadrages artistiques... Quand je regardais Denis Villeneuve sur le plateau, tout ce qu’il voulait, c’était d’arriver à traduire toute cette émotion...»
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«De toute façon, c’était impossible de participer à ce film sans s’investir totalement. Humainement et artistiquement! On a toutes réagi très fortement dans la scène où les filles se font tirer dessus dans la classe...» «Au plan humain, ça nous ramène à la base. Quand on vit quelque chose de semblable, on doit se demander comment on continue sa vie après. C’est difficile de savoir ou de comprendre comment chaque individu réagit», soutient la comédienne, en précisant que certains témoignages de survivants ont dû être mis de côté, de crainte que la production ne soit jugée extravagante.
UNE ENFANTKarine Vanasse ne garde aucun souvenir des événements survenus lorsqu’elle n’avait que six ans, mais elle dit avoir grandi avec ses répercussions. «La tuerie de Polytechnique, c’est un peu notre 11 septembre à nous. J’en avais beaucoup entendu parler, mais je ne comprenais pas trop ce qui s’était passé, jusqu’au jour où on m’a invité à lire un texte pour la commémoration du 12e anniversaire de la tuerie, en 2001. «La façon de rappeler l’événement, de le vivre était tellement différente de tout ce que j’avais entendu jusque-là, que j’ai eu le goût de faire quelque chose un jour. Toutefois, je ne pensais jamais que ça irait si vite. Dans ma tête, je pensais plutôt faire ça quand je serais dans la quarantaine», mentionne l’actrice, en se disant chanceuse d’avoir été appuyée par des personnes qui y croyaient autant qu’elle. Entre autres son conjoint, le producteur Maxime Rémillard, de Remstar.
«J’avais 21 ans quand j’ai commencé à travailler sur le film et je ne pensais pas créer d’aussi grosses controverses. Ce n’était pas le but; si ça avait été le cas, je n’aurais jamais réussi à mener le projet pendant quatre ans. Le fait que le film suscite autant de réactions prouve que ça a marqué beaucoup. Pour moi, s’attaquer à un sujet tabou, c’est dans l’ordre des choses, mais ce ne sera sûrement pas le seul film sur la tuerie de Polytechnique, il y a tellement de sujets à exploiter...», ajoute Karine, la productrice.
COMME FEMME«Le film ne donne pas de réponses, ne pointe pas de coupables... Il était impossible de tout dire en même temps, mais il montre le point de vue des étudiants. C’est la génération de Denis Villeneuve. Artistiquement, je pense que c’était important de le faire pour permettre aux jeunes générations de comprendre le choc de ce qui s’est vécu et pour que personne n’oublie.» Karine Vanasse avoue que le fait de ne pas avoir su quoi répondre, à 18 ans, quand on lui a demandé si elle était féministe, l’a amenée à réfléchir sur sa condition de femme. «Polytechnique m’interpelle beaucoup plus en tant que femme qu’en tant qu’actrice. Ce qui m’a vraiment rentré dedans, c’est quand j’ai entendu le témoignage d’une des survivantes. Elle était brillante et en pleine possession de ses moyens. Elle se sentait pratiquement invulnérable jusqu’à ce qu’un tueur arrive comme un dinosaure pour tuer des femmes qu’il considérait comme des féministes... Les étudiants ne vivaient même pas cette différence-là», ajoute la jeune actrice avec consternation. |