SUJET SENSIBLEMalaise avant la sortie du film PolytechniqueJournal De Montréal 26-01-2009 | 10h35
La direction de l'école, qui avait manifesté son opposition à la production dès son annonce en 2005, persiste et signe. «À l'époque, c'était par respect pour nos gens qui ont vécu le drame et qui étaient encore là», dit Chantal Cantin, porte-parole de l'École polytechnique de Montréal. «Pour cette même raison, nous n'entérinons toujours pas le projet aujourd'hui. C'est un sujet fragile et les gens sont vulnérables», ajoute-t-elle. À LIRE AUSSI:
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Selon la porte-parole, environ la moitié du personnel de l'établissement au moment de la tragédie est toujours en service aujourd'hui. Elle prévient que la direction de l'institution n'émettra aucun commentaire lorsque le film prendra l'affiche au Québec le 6 février. «On ne se transformera pas en critique de cinéma», dit-elle. Certains en accordCertains membres de l'établissement sont toutefois favorables au projet et comptent voir le film de Denis Villeneuve (Maelström, Un 32 août sur terre) mettant en vedette Karine Vanasse, Maxim Gaudette et Sébastien Huberdeau. «Moi je trouve ça correct. Ce n'est pas parce que j'étais ici et que je l'ai vécu que ça m'appartient», dit une employée présente le soir de la tuerie qui préfère garder l'anonymat. Pour répondre à des questions«C'est en moi, au fond de moi et ça ne s'oublie pas. Mais je pense que le film peut répondre à des questions pour les gens qui se trouvaient à l'extérieur. Je suis d'accord que ça se fasse», ajoute-t-elle. Malgré les souvenirs douloureux, la dame compte bien voir le film. «C'est certain, mais comment, ça je ne le sais pas encore. Je n'irai pas en salle c'est sûr, mais peut-être que je le - regarderai avec des employés d'ici», confie-t-elle. Si plusieurs travailleurs de l'école sont contre le film, la réaction est moins vive chez les élèves. «Je ne pense pas que ça soulève autant de passion chez les étudiants que du côté du personnel», lance d'entrée de jeu Carl Marc-Aurèle, secrétaire général de l'Association des étudiants de Polytechnique (AEP) au premier cycle. «De mon point de vue, il n'y a pas vraiment un hype [battage] à ce sujet pour l'instant», ajoute-t-il. Plusieurs étudiants actuels de Polytechnique n'étaient en effet que des bambins au moment de la tragique soirée. «S'il n'y avait pas eu de réticence du personnel, je ne pense pas que ça aurait vraiment dérangé les gens qu'un film sur le sujet soit fait», ajoute M. Marc-Aurèle.
«Si ça peut répondre à des questions, c'est bien...»
Le 6 décembre 1989, Geneviève Cauden était dans la dernière classe visitée par Marc Lépine. Même si elle a frôlé la mort, la jeune femme devenue ingénieure croit au bien-fondé du film Polytechnique. «Je ne sais pas comment le film a été tourné, mais si ça peut répondre à des questions, c'est bien», dit-elle. «Je sais que les gens ont encore plein d'interrogations même si ça fait presque 20 ans. Ils veulent comprendre et savoir ce qui s'est passé», ajoute Mme Cauden, aujourd'hui mère de famille. Le soir du massacre, elle écoutait un exposé oral dans une salle de classe du troisième étage de Polytechnique lorsque Marc Lépine, carabine à la main, a surgi dans la pièce. Les étudiants se sont alors cachés tant bien que mal derrière les pupitres, mais Lépine a tiré sur les jeunes femmes, faisant plusieurs victimes. Il s'est ensuite suicidé. Une balle a effleuré la tête de Geneviève Cauden, mais elle a eu la vie sauve. Bande-annonce troublante«Je n'ai aucune idée si je vais aller voir le film. Je n'en ressens pas le besoin parce que je connais l'histoire, mais je comprends que des gens aient envie d'y aller», dit-elle. Bien que l'équipe de production affirme qu'il ne s'agit pas d'une reconstitution des faits réels, le visionnement de la bande-annonce a ébranlé Mme Cauden. «Si c'est pas un remake, ce n'est pas loin. Ça ressemble beaucoup. On voit clairement la première classe quand il sépare les gars et les filles, souffle-t-elle. Je l'ai regardé en boucle une dizaine de fois. J'étais rivée à l'écran.» Le retour de la tragédie sous les feux de la rampe soulève aussi son inquiétude. «J'ai toujours eu la crainte que ça réveille quelqu'un d'autre», dit-elle. Monique Lépine, mère de l'auteur du carnage, a vu le film au mois de décembre, mais elle préfère garder le silence. «Elle n'est pas une critique de cinéma et elle n'a pas du tout participé au projet, donc elle n'a pas envie d'émettre de commentaire», dit Natalie Dion, porte-parole du Groupe Librex qui a publié Vivre, aux éditions Libre Expression, dans lequel Mme Lépine se confie. |