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Oscars - La débandade du chevalier noir
© Le Journal de Montréal
Bruce Wayne et son alter ego, Batman.

OSCARS

La débandade du chevalier noir

Michael Rechtshaffen
Sun Media
25-01-2009 | 09h48
Le croisé à la cape a bien pu trouver dans le Joker un formidable ennemi, mais jeudi matin, c'est l'Académie des arts et des sciences du cinéma qui s'est révélée son plus grand adversaire.

Défiant virtuellement les attentes unanimes de l'industrie, Le Chevalier noir a été délogé de deux des plus importantes catégories des Oscars. Il ne fera donc pas partie de la courte liste des finalistes pour le meilleur film et le meilleur réalisateur (Christopher Nolan).

Voilà toute une rebuffade!

Bien qu'il n'ait pas non plus été apprécié par la follement excentrique Association de la presse étrangère d'Hollywood (à part la performance gagnante d'un Golden Globe de Heath Ledger), Le Chevalier noir semblait en bonne voie de se racheter aux Oscars.

La Guilde des producteurs d'Amérique, qui a tendance à refléter les sélections de l'Académie, l'avait mis en nomination pour le meilleur film. En outre, la Guilde des réalisateurs d'Amérique, dont les nominations présagent généralement celles des Oscars à venir, avait choisi Christopher Nolan comme finaliste dans cinq catégories.

Alors pourquoi cette douche froide? C'est la faute de l'économie.

C'est vrai que Le Chevalier noir est l'un des rares films autant vénérés par le public (il a généré des revenus de 531 millions de dollars en Amérique du Nord) à avoir été honnis par la critique (il a récolté une enviable cote de 94% sur le site de Rotten Tomatoes).

Au bout du compte, avec son budget estimé à 185 millions de dollars, Le Chevalier noir, même s'il était considéré comme sombre et sérieux, a été l'un des films à succès de l'été -un film de bande dessinée dernier cri idéalisée, plutôt que l'un de ceux beaucoup plus profonds qui sont sortis à l'automne.

Et dans une période de récession, un climat de retour aux sources, de réappréciation et de réévaluation, les qualités de réflexion tranquille des autres finalistes lui faisaient défaut.

Forrest Gump

Ayant obtenu 13 nominations, le film L'Étrange Histoire de Benjamin Button, une production estimée à 150 millions de dollars, n'est pas exactement synonyme de restriction ou de compression, mais il illustre une sorte d'élévation spirituelle et se veut un exemple du triomphe sur l'adversité propre aux épiques productions hollywoodiennes traditionnelles, plaisant ainsi aux membres vieillissants de l'Académie. C'est Forrest Gump sans la bande sonore.

Ce mode réflexif est aussi présentdans les drames historiques astucieux Milk et Frost/Nixon, alors que le drame de la période romantique Le Liseur remplit l'imposant créneau littéraire occupé l'année dernière par Expiation. Et bien sûr, Slumdog Millionaire occupe le désormais indispensable créneau des opprimés précédemment réservé à Juno et à Little Miss Sunshine.

Même le distributeur du Chevalier noir, Warner Bros., n'était tout à fait sûr au départ du potentiel de son supposé meilleur film. Le studio a décidé de reprendre l'initiative après avoir constaté que quelques uns des candidats anticipés cet automne, comme Australia, L'Échange et Les Insurgés, n'ont pas eu le succès appréhendé par l'effervescence du lancement.

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