LAST CHANCE HARVEYDeux monstres sacrés pour un jeune réalisateurpar Philippe Rezzonico Le Journal de Montréal 17-01-2009 | 11h00
Au bout du fil sous le soleil de la Californie, Joel Hopkins admet que Thompson avait été attirée par son premier film (Jump Tomorrow, 2002), au point de prendre contact avec lui. «On avait ensuite discuté de certains sujets à l’époque, de ce qui pourrait l’intéresser à jouer, mais sans avoir de balises précises, note Hopkins. Mais pour moi, cette première rencontre avec elle a fait germer ce qui allait éventuellement devenir le personnage de Kate.» Last Chance Harvey (La Dernière Chance d’Harvey) peut être vu comme un film où un homme divorcé tente de remettre sa vie sur les rails, mais curieusement, Hopkins n’est pas l’un de ces enfants du divorce que l’on croise partout de nos jours. À LIRE:
FAMILLE UNIE«J’ai eu la chance de grandir dans une famille heureuse dont les deux parents sont encore ensemble. Et tricotés serré à part ça! note le scénariste et réalisateur de Last Chance Harvey. Le personnage d’Harvey est né d’une adaptation très libre de ma part d’un ami de notre famille qui s’est remarié et qui avait deux filles nées de sa première union.» Si Hopkins avait une idée précise du personnage de Kate qui allait échoir à Emma Thompson, sa première ébauche ne mettait pas en relief un acteur comme Dustin Hoffman, ni même un Blanc. «Au départ, dans mon premier jet, j’avais en tête un père japonais, mais j’ai rapidement réalisé le problème qu’allait causer la barrière de langage. Et puis, au plan des nuances, c’était plus intéressant de mettre en opposition un Américain et une Britannique. Ce sont quand même deux univers qui me sont nettement plus familiers.»
75 ANNÉES D’EXPÉRIENCEHoffman et Thompson ont tous deux amorcé leur carrière à la télévision, avant de se tourner vers le cinéma: lui, en 1961, elle, en 1982. Disons que ça fait pas mal d’années d’expérience devant la caméra. Comment un réalisateur presque néophyte – qui pourrait être leur fils – peut manoeuvrer avec des tels monstres? «C’est évident que les deux ont apporté beaucoup au film, tant par leur expérience que par la qualité de leur jeu, note Hopkins. D’ailleurs, je serais complètement idiot si je m’étais présenté devant eux avec mon script en disant: Voilà le scénario, il va falloir le suivre à la lettre. Quand tu as des acteurs de ce calibre sous la main, il faut que tu en profites.»
HOFFMAN INSPIRÉ«Dans la scène où Dustin quitte la table en passant tout près de tomber, c’est lui qui a revisité le scénario sur-le-champ, note Hopkins. Il avait remarqué qu’il y avait des pierres décoratives qui longeaient la grande tablée. Il m’avait prévenu, mais il n’avait pas fait part de ses intentions aux autres acteurs. Lors de cette scène, leur réaction ne pouvait être plus authentique. «Pour le reste, je crois qu’ils ont été tous deux attirés par des personnages qui ne sont pas si éloignés de leur réelle personnalité. Surtout Dustin. Évidemment, Dustin a une carrière remarquable qui n’a rien à voir avec les déboires de celle d’Harvey, mais il y a un niveau de valeurs humaines qui est proche de ses propres valeurs.»
LIANE BALABAN: UN PETIT RÔLEPour donner la réplique au paternel campé par Dustin Hoffman, Joel Hopkins avait sous la main la Canadienne Liane Balaban, dont il a fortement apprécié le travail. «Il n’y a rien de plus ingrat qu’un petit rôle dans un film. Ça laisse peu de temps à l’actrice pour laisser sa marque, note Hopkins. Pour le peu de temps qu’elle avait à sa disposition, Liane a su fort bien le mettre à profit.» Selon Hopkins, la plus grande difficulté de la Canadienne était de conserver un regard affectueux pour son père au sein d’une famille où tout le monde préférerait ne pas le voir présent. «En dépit des années qui les ont séparés, Susan aime affectueusement son père, mais elle ne vit plus dans le même monde que lui. Ça prenait une justesse dans le ton et elle a su trouver l’équilibre.» |