CLAUDE BERRIDisparition d'un brillant touche à tout du cinéma français13-01-2009 | 09h47
Hospitalisé dans la nuit de dimanche en réanimation dans le service de neuro-chirurgie de la Pitié-Salpêtrière à Paris pour un accident vasculaire cérébral, Claude Berri, qui était également un grand amateur d'art contemporain, est décédé lundi à l'âge de 74 ans. Ces dernières années encore, il avait connu de nombreux succès publics. Il était notamment l'heureux producteur de Bienvenue chez les Ch'tis, le film de Dany Boon qui a enregistré plus de 20 millions d'entrées dans les salles de cinéma en France depuis sa sortie, dépassant l'ancien champion français, La Grande Vadrouille, et se rapprochant du record absolu du Titanic. Autre belle réussite: il avait produit La Graine et le Mulet d'Abdellatif Kechiche, César du meilleur film et du meilleur réalisateur l'an dernier. Au total, il aura été le producteur d'une cinquantaine de longs métrages. Son dernier film en tant que réalisateur, Ensemble, c'est tout (sorti en 2007), inspiré du best-seller d'Anna Gavalda, avec Audrey Tautou et Guillaume Canet, avait également remporté les faveurs du public, attirant plus de deux millions de spectateurs dans les salles françaises. Il était en train de réaliser avec François Dupeyron Trésor, une comédie avec Mathilde Seigner et Alain Chabat. «Il s'agissait de son 20e film en tant que réalisateur, qui se poursuivra malgré sa disparition», a confié son agent, Dominique Segall. Né le 1er juillet 1934 à Paris, Claude Berri, de son vrai nom Claude Langmann, est d'abord brièvement fourreur, comme son père Hirsh Langmann. Mais il se dirige rapidement vers le monde du spectacle, qui l'attire beaucoup plus. Il commence sa carrière dans le cinéma comme acteur. En 1953, il apparaît dans Le Bon Dieu sans confession de Claude Autant-Lara. Il joue ensuite notamment dans Les Bonnes Femmes et Les Sept Péchés capitaux de Claude Chabrol, L'Homme blessé de Patrice Chéreau, et plus récemment dans Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre d'Alain Chabat et Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants d'Yvan Attal. En 1963, il passe à la réalisation et signe Le Poulet, un court métrage couronné par un Oscar à Hollywood. Il tourne ensuite de nombreux films, parmi lesquels Le Vieil Homme et l'Enfant avec Michel Simon, Le Pistonné dans lequel il évoque son service militaire, ou encore Sex-Shop. Il rencontre le succès auprès du public avec Tchao Pantin, César du meilleur film en 1984, dans lequel Coluche montre qu'il peut jouer avec talent un rôle dramatique, Jean de Florette et Manon des Sources avec Yves Montand, Daniel Auteuil et Emmanuelle Béart. Il réalise également Uranus, Germinal, Lucie Aubrac, et plus récemment Ensemble, c'est tout. Claude Berri a également joué au théâtre au cours de sa carrière, dans Le Procès de Jésus, Tchin Tchin et Les Petits Renards. Président de la Cinémathèque de 2003 à 2007, Claude Berri avait récemment ouvert une galerie d'art, dans le Marais. Sa compagne, l'écrivaine Nathalie Rheims, aimerait que l'on retienne de lui «son appétit de vivre, son extraordinaire énergie. Je voudrais aussi qu'on garde de lui l'image d'un homme passionné d'art, d'un vrai collectionneur. Ces dernières années, je pense que l'art le passionnait plus que le cinéma», a-t-elle déclaré sur Europe-1. Claude Berri était le père de Thomas Langmann, producteur des deux films sortis récemment sur Jacques Mesrine. L'actrice et réalisatrice Josiane Balasko s'est souvenue sur RTL de son rôle de producteur pour Gazon maudit. «C'est une collaboration qui a été amusante même si on s'engueulait souvent avec Claude, mais ça, ça faisait partie de la collaboration.» «Je me souviens - ce qui m'a fait vraiment rire -, Claude, qui était quelqu'un d'assez réservé et pas forcément très expansif, quand on a appris le premier jour le résultat des entrées (...) est monté sur la table et s'est mis à danser et ça, c'était Claude. Il pouvait avoir ce côté 'je suis extrêmement déprimé et triste' et d'un seul coup pouvoir danser.» «Je suis très triste de sa mort parce qu'il faisait partie des grands producteurs qui permettaient aux metteurs en scène de réaliser leur film en essayant de rêver le mieux possible. Il leur donnait vraiment les moyens de le réaliser», a estimé Balasko. «On perd peut-être le producteur français le plus important de l'après-guerre», a réagi Claude Lellouch sur Europe-1. «Je pense qu'il avait un sixième sens à la fois artistique et ensuite de spectateur. Il a su rester aussi un spectateur.» «La figure la plus légendaire du cinéma français vient de nous quitter», a réagi Nicolas Sarkozy dans un communiqué. «Claude Berri, c'était l'acteur, le scénariste mais surtout l'un des réalisateurs et producteurs les plus doués de sa génération et c'était le grand ambassadeur du 7e art français à travers le monde», souligne le chef de l'Etat, pour qui «cet homme de caractère laissera durablement son empreinte artistique». |