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Milk - Charismatique, courageux et gai
© Focus Features
Josh Brolin et Sean Penn

MILK

Charismatique, courageux et gai

par Daniel Rioux
Le Journal de Montréal
24-11-2008 | 04h00
Le drame biographique Milk, de Gus Van Sant, devient le premier long métrage majeur à s’intéresser aux droits civiques sous l’optique du mouvement gai. Sous la loupe de cette reconstitution de faits vécus s’affirme le personnage principal de l’histoire, Harvey Milk, un militant gai charismatique, premier politicien ouvertement homosexuel élu aux États-Unis, en 1978. Son combat devait quelques mois plus tard signer son arrêt de mort.

«La principale raison pour laquelle j’ai fait ce film, c’est que la plupart des gens ne connaissent rien de Harvey Milk», souligne le réalisateur Gus Van Sant, lui-même un résidant du quartier gai de Castro, à San Francisco, là où Harvey Milk s’était installé avec son amant Scott Smith en 1972.

Il avait ouvert au 575 Castro Street une boutique de photo, Castro Camera, qui devint vite un genre de centre communautaire et un bureau politique voué à la défense des gais et gens du quartier, à défaut d’être une prospère petite entreprise.

«C’est un film sur la tolérance et le respect, comme l’était Harvey Milk», observe l’acteur Diego Luna, qui incarne le jeune paumé Jack Lira, le dernier amant de Milk avant son assassinat. «J’admire Gus Van Sant pour avoir réalisé ce film, c’est une importante histoire qui devait être racontée. Je me sens stupide de ne pas avoir su qui était Harvey Milk avant d’être invité à faire partie du film.»

UN DÉFENSEUR DES DROITS, UN TRIBUN

Avant de retourner vers le passé pour en apprendre un peu plus sur cet être à la fois doux, drôle, engageant et engagé, il est intéressant de savoir que Gus Van Sant a confié à Sean Penn le rôle de défendre cet énigmatique personnage.

«Milk embrassait Scott à pleine bouche sur le trottoir devant sa boutique puis allait ensuite appuyer les Teamsters américains dans leur boycott de la brasserie Coors, ou prendre la défense des aînés que des promoteurs voulaient expulser de leur logement. C’était un rassembleur et un grand tribun», résume l’acteur Josh Brolin, qui incarne l’ex-pompier et politicien déchu Dan White qui a mis fin aux jours de Harvey Milk et du maire de San Francisco, George Moscone.

C’est par le biais d’entrevues avec des contemporains de Milk, de notes biographiques et les confidences d’acteurs qu’on en apprend pas mal sur cet être courageux qui s’était proclamé «maire de Castro Street».

«Je ne me rendrai pas jusqu’à 50 ans», avait confié à un proche celui qui recevait régulièrement des menaces de mort mais qui, par son humour et sa personnalité, avait aussi gagné l’estime des commerçants et des résidants du Castro.

DE 1970 À 1978

Le film retrace les huit dernières années de la vie de Harvey Milk. À San Francisco comme ailleurs aux États-Unis, les gais n’ont pas la vie rose. Pourchassés, battus, emprisonnés, ils dénoncent la discrimination mais restent sans voix. Jusqu’à l’émergence de Milk, qui du haut de sa fierté gaie se présente une première fois en 1973 au poste électif de superviseur de district à San Francisco.

Il est défait, en 1975 également. En 1977, enhardi par la vague conservatrice de la zélote Anita Bryant qui mène bataille un peu partout au pays contre les gais, le sénateur californien John Briggs endosse la Proposition 6. Celle-ci interdit aux gais le droit d’enseigner dans les écoles et exige leur congédiement, ainsi que celui de leurs supporteurs.

Milk se lance dans la mêlée une troisième fois, remporte l’élection et prête serment le 9 janvier 1978. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre aux États-Unis et permet d’ouvrir un peu plus la porte du placard… qui affiche finalement ses couleurs le 25 juin 1978 avec le dévoilement du drapeau arc-en-ciel qui s’impose comme symbole de la communauté homosexuelle.

ÉMOI À SAN FRANCISCO

Milk fait campagne contre la Proposition 6 qui sera soumise à un référendum en Californie le 7 novembre. Il récolte le soutien du gouverneur de l’État, Jerry Brown, de l’ex-gouverneur Ronald Reagan, du président d’alors, Jimmy Carter… et de son collègue Dan White, élu superviseur d’un autre district de San Francisco.

Les événements se précipitent après le rejet de la Proposition 6. Le 10 novembre, quand Milk refuse d’endosser une de ses propositions, Dan White, amer, démissionne. Les policiers et pompiers de San Francisco le somment de revenir sur sa décision. White plaide sans succès sa cause auprès du maire George Moscone.

Le pire reste à venir. Le 18 novembre, la population de San Francisco apprend, avec le reste du monde, l’horreur d’un drame qui s’est joué à Jonestown en Guyane, là où le révérend Jimmy Jones avait entraîné ses fidèles après avoir eu un différend avec les autorités municipales de San Francisco où s’était établie sa secte, le People’s Temple: assassinat et suicide collectif de plus de 900 de ses disciples et exécution du congressiste californien Leo Ryan sur la piste de l’aéroport de Jonestown.

ON N’APPRENDRA JAMAIS

Le 27 novembre, dans une Amérique ébranlée, Dan White ajoute au choc. Il se rend à la mairie de San Francisco, sort un pistolet et abat coup sur coup le maire George Moscone et l’élu Harvey Milk.

Le film de Gus Van Sant s’ouvre sur un film d’archives, où la directrice des superviseurs de districts de San Francisco, Dianne Feinstein, annonce à la population le décès tragique des deux hommes.

Par un sombre retour du destin, les Californiens ont approuvé à 52% le 4 novembre la Proposition 8 interdisant le mariage gai. «Quelle ironie de voir ça juste avant la sortie du film le 28 novembre, soupire Josh Brolin. Les gens n’apprendront jamais.»

Tout un choc

Fossoyeur de l’Amérique dans le percutant film W, d’Oliver Stone, où il incarne le président George W. Bush, l’acteur Josh Brolin devient, dans Milk de Gus Van Sant, le politicien vengeur Dan White qui assassine son collègue et porte-étendard du mouvement gai, Harvey Milk, et le maire de San Francisco George Moscone, le 27 novembre 1978.

«Les questions qui se posent m’apparaissent plus intéressantes que les réponses qu’on peut apporter, juge Brolin. Comment Bush a-t-il pu devenir président? Pourquoi Dan White en est-il arrivé là? s’interroge Brolin. Les émotions ont certainement quelque chose à voir avec le comportement d’un individu, mais ça n’explique pas tout.»

L’émotion que Brolin a insufflée dans son personnage pour son interprétation de Bush dans W lui vaudra d’être l’un des cinq finalistes dans la course au titre du meilleur acteur de 2008 et peut-être une sélection dans celle du meilleur acteur dans un second rôle pour son jeu dans Milk.

«C’est un bon feeling, dit-il du bout des lèvres, mais l’important, surtout, est d’avoir pu collaborer à des films qui font qu’on s’interroge sur certaines choses.»

Brolin n’a pas chômé ces dernières années. Après avoir accepté l’offre de Gus Van Sant pour jouer dans Milk, il s’est précipité sur le tournage de No Country for Old Men, puis a sauté sur celui de Milk avant de rebondir sur W!

UNE VOIX D’OUTRE-TOMBE

«J’aime les gens qui racontent des histoires dans des films. J’ai été choyé et j’ai la sensation de laisser un petit héritage au cinéma grâce aux rôles qu’on m’a confiés.» Cependant, aucun scénario ne l’avait préparé au choc qu’il a encaissé avant d’entreprendre le tournage de Milk.

«La ville de San Francisco a collaboré de près à la production, le maire actuel s’est impliqué pour qu’on ferme les rues durant le tournage, mais surtout, on a levé les scellés sur les boîtes des caisses entreposées relatives à cette affaire et j’ai eu le privilège d’écouter l’enregistrement des aveux de Dan White aux policiers 90 minutes après son arrestation.»

Brolin a été estomaqué d’entendre le meurtrier se plaindre de son sort. «Il venait de tuer deux hommes et se disait victime d’une injustice. Sortir une arme et tirer lui était apparu la seule chose à faire.»

LIBERTÉS BRIMÉES

Trente ans après que les Californiens eurent rejeté la Proposition 6 visant à interdire l’embauche d’enseignants gais, voilà que le vent tourne. Le 4 novembre, les Californiens ont entériné à 52% la Proposition 8 interdisant le mariage gai.

«Ça me renverse, je ne comprends pas! Ce qui me surprend le plus, c’est que 70% des Afro-Américains ont voté en faveur de cette proposition discriminatoire. Avec tout ce qu’ils ont subi, je croyais qu’ils comprendraient plus que quiconque. Comme j’aurais compris qu’une telle loi soit votée au New Hampshire. Mais en Californie?»

Notes de tournage

Alison Pill défend le rôle d’Anne Kronenberg, la jeune directrice de campagne électorale qui a orchestré avec succès celle de Milk, en 1977. Elle a rencontré la vraie Anne, ainsi qu’une dizaine de contemporains de l’entourage du militant gai. «C’était émouvant de voir ces gens revivre des moments qui s’étaient passés trente années auparavant.»

Le film comporte évidemment des scènes d’amour entre Harvey Milk (Sean Penn) et ses amants Scott Smith (James Franco) et Jack Lira (Diego Luna). «Dans l’une d’elles reprise quatre fois par le réalisateur, nous sommes nus au lit à nous embrasser à pleine bouche et sans aucune pudeur, raconte Diego Luna. C’était weird, car mon épouse enceinte était dans la pièce adjacente. Sean devait avoir la tête ailleurs parce qu’il embrassait vraiment mal! J’ai par la suite appris de la bouche de Gus Van Sant qu’il avait téléphoné à Madonna après avoir tourné cette scène torride.»

(Notre journaliste était l’invité d’Alliance Vivafilm.)

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