BABINELes personnagesMaxime Demers Le Journal de Montréal 22-11-2008 | 04h00
Isabel RicherLA SORCIÈRE
Comment réagit-on quand on
se fait offrir le rôle d’une sorcière?
À CONSULTER:
Ça m’a fait peur aussi parce j’avais peur de ne pas trouver le bon sentiment maternel du personnage. Être maternelle avec un jeune enfant, ce n’est pas difficile. Mais avec un homme, c’est une autre histoire. Sauf que Vincent- Guillaume était tellement crédible dans le rôle. Dès la première scène, t’as le goût de le protéger.»
C’est rare au Québec que les
acteurs ont la chance de jouer
dans des films fantastiques…
C’est rare aussi qu’un film
québécois ait autant d’effets
spéciaux. Plusieurs scènes ont
d’ailleurs été tournées sur un
fond d’écran bleu auquel ont
été ajoutées les images par la
suite. Est-ce difficile de travailler
avec des objets qui
n’existent pas encore?
Qu’est-ce qui vous touche
dans les contes de Fred
Pellerin? Mais moi, ce qui me rejoint particulièrement, c’est son rapport à son village et aux souvenirs des gens de son village qu’il raconte dans ses contes. La valeur de ces souvenirs-là me touche énormément.»
Marie-Chantal PerronJEANNETTE BRODEUREn apprenant que Luc Picard préparait un long métrage inspiré de l’univers de Fred Pellerin, Marie- Chantal Perron a sauté sur son téléphone pour l’appeler et lui dire qu’elle voulait jouer dans son film. «Quand j’ai le goût de quelque chose, je fais les appels pour essayer de l’obtenir», lance-telle. «Je ne suis pas gênée pour cela. Ça fait partie de la vie. On ne peut pas penser que sur toutes les actrices du Québec, on sera la première qui va automatiquement venir à l’esprit du réalisateur. Alors quand il y a un projet qui m’intéresse, je me manifeste. Au moins, je me serai manifestée. Et ça peut payer; c’est souvent arrivé qu’il y ait eu des retours d’appel…» Dans ce cas-ci, les étoiles semblaient alignées pour que son coup de fil porte fruit. Marie- Chantal Perron connaissait déjà Luc Picard, mais elle n’avait jamais travaillé avec lui. Elle connaissait bien les contes de Fred Pellerin et avait adoré L’Audition, le premier film de Picard derrière la caméra. «Luc m’a rappelée pour me dire: est-ce que tu veux être ma femme?» raconte en riant l’actrice. Dans Babine, elle campe donc Jeannette Brodeur, l’épouse de Toussaint Brodeur, le personnage campé par Luc Picard. «Fred (Pellerin) trouvait ça l’fun que dans cet univers ludique de conte, il y ait un couple, souligne-t-elle. Toussaint et Jeannette forment un vrai couple qui s’aime et qui représente une certaine stabilité dans le village et la vie de Babine. «Ce que je trouve intéressant dans les contes de Fred, c’est que c’est tiré de ses histoires de village, mais avec sa façon très moderne de les raconter», ajoute l’actrice. «Il a une poésie très contemporaine même s’il raconte des histoires basées sur des légendes. Les gens s’identifient à ces personnages, qui sont très humains. Par exemple, il y a sûrement des femmes qui, sur certains points, peuvent même s’identifier au personnage de Marie Brassard qui est enceinte depuis 22 ans.» En arrivant sur le plateau de tournage de Babine, Marie- Chantal Perron a été, comme les autres acteurs du film, impressionnée par les décors (un village d’une douzaine de maisons a été construit), mais aussi, déformation professionnelle, par les costumes concoctés par la créatrice Carmen Alie. On sait d’ailleurs que la couture est la seconde passion de l’actrice. Elle a fondé il y a quelques années sa ligne de vêtements, Dandine, qui vient de lancer sa troisième collection. «Le travail qu’a fait Carmen Alie est trippant, magique. Les détails sont incroyables. Pour moi, les costumes évoquent tellement. Sur un plateau de tournage, je m’intéresse presque autant à mon costume qu’à mon personnage.»
René Richard CyrMÉO LE BARBIER
Est-ce vrai que vous n’avez
pas eu à passer d’audition pour
ce rôle? «Puis quand j’ai lu le texte, je me suis demandé encore pourquoi il avait pensé à moi. Qu’est-ce qu’il voyait en moi là-dedans? Même quand j’ai vu le film la première fois, je suis sorti en me posant encore la même question. Mais le plus drôle, c’est que j’y ai cru en voyant le film. J’ai oublié que c’était moi tellement c’était différent de tout ce que j’ai joué avant.»
Comment aborde-t-on un
personnage comme Méo, un
barbier un peu surréaliste et
toujours pompette? Et pour qu’on y croie, que ça reste vrai, il ne fallait pas jouer trop gros ou trop appuyé. Mais c’est drôle, à certains moments, j’avais l’impression de jouer dans Les Belles Histoires du Pays d’en haut. Et il y avait cette langue-là qui est une langue extraordinaire à parler et qui est remplie de belles expressions. C’est bien écrit, bien tourné. C’était assez facile à interpréter.»
C’est votre premier rôle au
cinéma depuis un petit
moment, non? J’ai refusé quelques trucs aussi parce que c’était des personnages d’homosexuels que j’avais déjà faits. Pour Méo, j’étais content, je voyais là la possibilité de faire autre chose. Et il n’y a pas que moi qui ai eu cette chance dans le film de Luc (Picard). Je trouve son casting audacieux.» ∫ De plus en plus de metteurs en scène de théâtre se tournent vers la réalisation. À quand votre premier long métrage? «C’est un tout autre métier, mais je ne dis pas non. J’ai déjà eu quelques offres et j’ai déjà réalisé pour la télé. Mais le cinéma, c’est tellement long! Si je décide de monter une pièce de théâtre, un an après c’est fait. En cinéma, il faut être patient. Aller demander l’argent à la SODEC, à Téléfilm, attendre les réponses… Il a aussi trouvé la bonne affaire. Il ne faut pas accepter n’importe quoi juste pour faire du cinéma.»
Vincen-Guillaume OtisBABINE, LE FOU DU VILLAGELuc Picard a passé en audition plusieurs acteurs avant de trouver son Babine. Il a finalement choisi Vincent-Guillaume Otis, «parce qu’il est arrivé avec une proposition différente et originale». «Quand tu auditionnes pour le fou du village, tu peux arriver avec toutes sortes de propositions», observe Picard. «Mais Vincent-Guillaume était vrai et différent. Il avait un air blasé, presque désagréable, mais touchant en même temps. J’ai trouvé ça très juste et très économe. D’ailleurs, Babine avait plus de répliques au début dans le scénario. On en a enlevé pas mal parce que chaque fois qu’il parlait, je trouvais qu’il trahissait quelque chose.» Vincent-Guillaume Otis admet pourtant ne pas s’être préparé outre mesure pour cette audition. «Je connaissais déjà l’univers de Fred Pellerin et j’ai relu les contes sur Babine, mais sinon j’y suis allé surtout par instinct, explique l’acteur, qu’on a vu récemment dans les films Le Déserteur et Ce qu’il faut pour vivre. «J’ai été appelé à côtoyer souvent dans ma vie des déficients intellectuels et je me suis inspiré de ces expériences pour me préparer pour l’audition. Puis quand j’ai décroché le rôle, j’ai approfondi mes recherches en allant voir le show de Fred (Pellerin) et en revoyant de grandes performances d’acteurs dans ce genre de rôles (comme Dustin Hoffman dans Rain Man ou Sean Penn dans I Am Sam). «Mais le plus important était d’essayer de retrouver l’enfant en moi. Car Babine est un grand enfant.» On le sait, Babine a déjà vraiment existé. Il s’appelait Roger Lafrenière et il est décédé en 2001. «C’est un homme qui a marqué le village de Saint-Élie-de- Caxton, alors c’est sûr que je voulais lui rendre hommage. En même temps, c’est un personnage littéraire et il y a un côté de moi qui voulait rester dans la légende. J’ai donc décidé d’y aller avec ce que je pensais et de ne pas trop aller chercher d’informations sur le vrai Babine. «Mais c’est sûr que les gens du village m’en parlaient chaque fois que je les voyais. À la conférence de presse l’an passé à Saint-Élie, il y a beaucoup de gens qui sont venus me voir pour me parler de Roger Lafrenière. Et pendant le tournage, les figurants du village aussi m’en parlaient entre chaque prise. C’est quand même très inspirant pour le rôle.»
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