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Métier cascadeur - Les premières victimes
© Le Journal de Montréal - Olivier Jean
Cascadeur, un métier qui a du punch!

MÉTIER CASCADEUR

Les premières victimes

Bruno Lapointe
Le Journal de Montréal
08-11-2008 | 04h00
Selon le réalisateur Érik Canuel, les cascadeurs québécois n’ont rien à envier à leurs homologues américains ou européens. «Ils sont excellents, efficaces et bien entraînés. Mais, malheureusement, on a rarement les budgets nécessaires pour les exploiter à leur plein potentiel», plaide-t-il.

«Des Bon Cop Bad Cop, on n’en fait pas toutes les années», rappelle le réalisateur du succès monstre de 2006.

Au départ, le scénario de Bon Cop Bad Cop aurait requis un budget avoisinant les 15 millions de dollars.

Au final, c’est de huit millions de dollars que le long métrage a dû se contenter.

Dans les sept millions qui ont été amputés, plusieurs cascades ont dû être revues. Ou même retirées.

«Il faut se plier à la réalité économique.

Et, bien évidemment, quand l’argent vient à manquer, ce sont les cascades qui écopent», précise Érik Canuel.

À L’HEURE DES BILANS

L’heure est donc aux bilans pour l’industrie cinématographique locale.

Et les constats ne sont pas toujours nécessairement encourageants pour les divers corps de métier qui oeuvrent pour le septième art. Cascadeurs, techniciens et autres métiers de l’ombre ont de quoi s’inquiéter pour leur subsistance.

«Ils mangent tous la claque depuis que les productions américaines ont cessé de venir à Montréal.

Et même s’ils tentent de s’exiler au Canada anglais, ils n’y sont pas accueillis à bras ouverts, puisque la situation n’est pas plus aisée là-bas», plaide Érik Canuel.

© Le Journal de Montréal - Martin Bouffard
«Quand l’argent vient à manquer, ce sont les cascades qui écopent», dit Érik Canuel, que l’on voit ici sur le plateau de Bon Cop Bad Cop, en compagnie de Colm Feore et Patrick Huard.

UNE INDUSTRIE STAGNANTE

C’est dans une situation bien particulière que le monde des cascadeurs se retrouve en ce moment.

Alors que leur industrie stagne, ils doivent tenter tant bien que mal d’aller de l’avant.

«Un cascadeur de 35 ans qui doit attendre des années avant d’obtenir un nouveau contrat ne rajeunit pas. Et quant à lui, il ne peut pas entraîner les jeunes de la relève, si il n’y a pas de tournage», remarque le réalisateur.

L’âge s’avère d’ailleurs une arme à double tranchant pour les cascadeurs. C’est au fil des années qu’ils acquièrent leur expérience. Et plus ils sont expérimentés, plus on les acquitte de tâches difficiles, complexes et dangereuses.

«Mais ils n’ont plus 20 ans et ils vieillissent. Leur corps ne leur permet pas toujours de faire ce qu’ils souhaitent», explique Érik Canuel.

POUSSER LES ACTEURS AU BOUT DE LEUR POTENTIEL

Que ce soit pour des productions québécoises ou américaines, pour le petit ou le grand écran, le réalisateur Érik Canuel a eu recours au travail des cascadeurs à maintes reprises.

C’est pour la télévision qu’il est initialement tombé dans le monde des cascades, avec des projets tels que Big Wolf on Campus et Fortier au tournant du millénaire.

Mais c’est véritablement pour le grand écran qu’il a offert aux cinéphiles les cascades les plus impressionnantes.

Et les plus dangereuses. À ce chapitre, Bon Cop Bad Cop ressort du lot.

«En plus, Patrick [Huard] et Colm [Feore] ont fait plusieurs de leurs cascades eux-mêmes», stipule le réalisateur.

On remarque ici une tendance; sur les plateaux de ses films Le Dernier Tunnel, Le Survenant et Nez Rouge, plusieurs acteurs se sont prêtés au même jeu, effectuant eux-mêmes plusieurs de leurs cascades.

«J’essaie toujours de les pousser au bout de leur potentiel. Mais chaque fois, ça prend l’autorisation du coordonnateur des cascades», rassure-t-il.

© Le Journal de Montréal - Olivier Jean
Mathieu Ledoux et Stéphane Julien, de Fast Motion.

Un jeu d'enfant

Pour certains, le métier de cascadeur s’impose de lui-même dès l’enfance ou l’adolescence. Mais pour d’autres, c’est le hasard qui place les flammes, culbutes et bagarres sur leur chemin.

«D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours été du genre à me lancer un peu partout depuis que je suis tout petit. En fait, je n’ai jamais arrêté d’être enfant, j’ai simplement grandi en gardant les mêmes passions», explique Mathieu Ledoux en riant.

C’est donc consciemment qu’il s’est lancé dans ce monde. D’autres s’y lancent à l’aveuglette, par la force des choses. C’est, entre autres, le cas de Sharlène Royer, qui s’y est initiée afin de «combler un vide».

Au début des années 2000, le réalisateur américain Ron Underwood débarque à Montréal avec toute l’équipe du film Pluto Nash. Mais la vedette féminine du film, Rosario Dawson, a besoin d’une doublure.

«C’est en quelque sorte parce que je suis une fille de couleur que je suis entrée dans le domaine; il n’y a pas beaucoup de femmes d’ethnies qui font des cascades», explique Sharlène Royer.

AJOUTER DES CORDES À SON ARC

Ainsi, on lui a appris comment s’exécutent les techniques de chute, puis les dérapages contrôlés en voiture.

Peu à peu, les aptitudes se sont ajoutées à sa feuille de route.

Le contrat le plus épuisant qu’elle aura décroché à titre de cascadeuse demeure à ce jour pour le film Gothika.

Encore une fois, elle agissait à titre de doublure pour une actrice de couleur, cette fois-ci Halle Berry.

«J’ai vraiment tout fait; collisions de voiture, chute d’un troisième étage… Bref, j’ai fini le tournage avec beaucoup de contusions et quelques entorses», rigole-t-elle.

Depuis, sa carrière se décline en deux volets, mais la comédienne prend toujours le premier plan.

«Les cascades sont devenues une corde supplémentaire à mon arc», estime-t-elle.

De cette manière, Sharlène Royer a pu décrocher plus facilement des rôles d’envergure dans des productions américaines. De ce nombre, Death Race et Stuck, deux films hollywoodiens tournés au Canada.

© Le Journal de Montréal - Olivier Jean
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Rien ne vaut l'adrénaline

Grâce à la magie de la technologie, les ordinateurs peuvent désormais recréer feu, chutes, bagarres et autres acrobaties cinématographiques. Les cascadeurs seraient-ils donc une espèce en voie de disparition?

«Pas du tout», tranche Jean Frenette, coordonnateur de cascades.

«Les ordinateurs, c’est bien beau, mais ça ne peut jamais remplacer les humains. Pour des animations de mouvement, ça prend à la base quelqu’un pour faire le motion capture en studio.

Déjà là, ça nous assure du travail», complète-t-il.

Même son de cloche du côté des cascadeurs du collectif Fast Motion. Les avancements technologiques ne sont aucunement source d’inquiétude chez eux.

«Un ordinateur ne peut pas créer d’émotion.

Nous, on propose quelque chose de vrai, de réel et d’organique. Et ça, les gens y répondent plus intensément qu’à une machine», explique Mathieu Ledoux.

«SANS ÂME»

D’ailleurs, les cinq cascadeurs rencontrés dans leur local de répétition avouent avoir été déçus par de récentes productions hollywoodiennes qui ont choisi de se tourner vers les ordinateurs plutôt que les humains afin d’ajouter un peu d’adrénaline à leur film.

«J’ai adoré le film I Am Legend. Mais quand j’ai vu que les créatures étaient des animations par ordinateur, j’ai décroché. Ça n’a pas d’âme», se souvient Mathieu Ledoux.

«Et que dire du dernier Indiana Jones? Dans mon souvenir, la tradition voulait qu’il soit un héros audacieux et sans peur, pas un qui se bat contre des ennemis ajoutés en postproduction», renchérit Thomas Liccioni.

TRAVAILLER DE CONCERT

Tout de même, les cascadeurs d’aujourd’hui doivent être à l’affût des derniers développements en matière de technologie. C’est en travaillant de concert avec les ordinateurs et les plus récents logiciels qui viennent compléter leur travail devant les caméras.

«Le meilleur conseil que je pourrais donner à un cascadeur serait d’étudier au maximum les nouvelles technologies. Ainsi, quand on comprend bien les limites de l’animation par animateur, le CGI, on peut véritablement travailler avec ça», confie Jean Frenette.

En quelque sorte, certains croient même que les ordinateurs viennent bonifier le travail des cascadeurs.

«Dans certains cas, la technologie nous permet d’amplifier le sentiment de risque, sans ajouter des éléments de danger. Par exemple, on peut faire une chute de plusieurs étages, mais ajouter par la suite un lampadaire ou d’autres éléments à quelques centimètres du lieu où on a atterri. Ainsi, les gens ont l’impression que le danger est plus grand», explique Mathieu Ledoux.

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