LES 7 JOURS DU TALIONLe côté sombre de l'humainBruno Lapointe Le Journal de Montréal 09-11-2008 | 11h00
«J’ai toujours trouvé fascinant d’aller explorer les facettes les plus sombres de l’être humain. Et quand j’ai lu le roman de Patrick Senécal, j’ai su que c’était le bon», confie Daniel Grou, alias Podz. Depuis 1999, il a su se démarquer du paysage télévisuel avec des séries telles que Minuit, le soir, C.A. et Au nom de la loi. Même s’il se lance en quelque sorte sur un terrain inconnu, il a su s’entourer d’une équipe qui lui est pour le moins familière; il a côtoyé ses deux têtes d’affiche, Claude Legault et Rémy Girard, sur les plateaux de Minuit, le soir et Les Bougon. Cette fois-ci, la prémisse est indubitablement plus sombre que ce à quoi ces trois artistes nous ont habitués. À l’écran, Claude Legault devient Bruno Hamel, un médecin sans histoire qui voit son quotidien parfait s’effondrer devant lui le jour où Jasmine, sa fillette de huit ans, est retrouvée morte. Tombée entre les mains d’un prédateur sexuel, elle a subi d’innombrables supplices avant de perdre la vie. Insatisfait de la justice dite conventionnelle, Bruno Hamel kidnappe le meurtrier avant de transmettre aux autorités un message laconique: celui qui a violé et tué la fillette souffrira pendant sept jours, délai au terme duquel il sera exécuté. RIPOSTE À HOLLYWOODC’est sous la plume de l’auteur Patrick Senécal que Les 7 Jours du Talion se sont matérialisés. À l’époque de l’écriture, vers 2001, c’est en réaction au septième art hollywoodien que les grandes lignes ont jailli sur papier. «On nous montrait tous ces films qui glorifiaient la vengeance, qui en faisaient quelque chose de justifiable; bref, une solution parfaitement envisageable. Je n’en pouvais plus, alors j’ai voulu montrer que la vengeance est une pulsion humaine, mais qui ne donne souvent rien de bon», explique Patrick Senécal. Tout de même, le récit des 7 Jours du talion pourra toucher une corde sensible chez les cinéphiles. C’est déjà chose faite chez Rémy Girard qui s’est avoué ébranlé par la première lecture du scénario. Lui-même père d’un garçon de 11 ans, l’acteur peut imaginer la douleur du personnage principal. «Je ne sais pas comment je réagirais si ça lui arrivait. Je ne serais pas capable de pardonner au meurtrier, ça c’est certain. Mais je n’irais tout de même pas jusqu’à le tuer. Je lui souhaiterais beaucoup de mal, par contre», confie l’acteur. «On entend souvent le même discours, des hommes disant que si quelqu’un touchait à leur enfant, ils seraient prêts à tuer. Mais, une fois confrontés à la réalité, c’est plus difficile à imaginer», renchérit Claude Legault.
Violence justifiée
«On veut mettre les gens dans une situation inconfortable. C’est ça le but», atteste Claude Legault, interprète du personnage principal. Cet inconfort, c’est souvent sur le personnage interprété par Martin Dubreuil qu’il est rejeté. C’est lui, le méchant. La brute. Le monstre. Et il va en avoir pour son argent. Membres brisés, opérations à froid et terreur psychologique ne sont que quelques-uns des supplices qu’il se voit infliger. Les images risquent de choquer. Ça, c’est certain. Mais c’est également primordial au scénario. «Si on fait un film sur la vengeance, c’est important de la montrer. Il faut simplement s’assurer qu’elle ne soit ni complaisante, ni glorifiée», explique Rémy Girard. «Il y a des scènes violentes et intenses, ça c’est vrai. Mais on explore aussi tout autour, des réactions de l’entourage au déroulement de l’enquête policière», ajoute-t-il. DES AIRS DE MYSTIC RIVER Le réalisateur, Podz, est également de cet avis. À ce chapitre, il cite en exemple des oeuvres semblables à la sienne à certains égards, de Mystic River à Se7en. «Il faut aller à fond dans l’esprit humain, exploiter tout le caractère psychologique. Autrement, la violence devient gratuite et ne sert plus l’histoire. Et ça, ça ne m’intéresse pas du tout», remarque-t-il. C’est justement ça que Podz souhaite faire, un film qui l’intéresse. «Le résultat final, je veux que ce soit un film qui me plaise, un film que je vais aller voir au cinéma et qui va me faire tripper. Et comme je ne suis pas nécessairement si unique que ça, je me dis que d’autres personnes vont aussi l’aimer», explique-t-il. |