LA MÉMOIRE DES ANGESUn Montréal interditpar Nicholas Lavallée Le Journal de Montréal 02-11-2008 | 14h00
En présentant un film sans avoir tourné aucune scène, Luc Bourdon réalise un vieux rêve. «Le défi était de construire par le montage un portrait impressionniste de la ville de Montréal des années 1950 et 1960», explique-t-il. Avec le monteur Michel Giroux, Bourdon a parcouru les archives de l’ONF durant près de trois ans et décortiqué, plan par plan, près de 200 films pour en créer un nouveau à partir du vieux matériel qu’il avait sous la main.
UN VÉRITABLE VOYAGE DANS LE TEMPSOn y découvre un Montréal inédit, celui de la Bourse et des tramways, à l’époque où la ville était la métropole du Canada. «C’est une période intéressante et très bien documentée, ajoute Bourdon. J’ai voulu montrer des activités montréalaises qui n’existent plus, comme le zoo en plein coeur du parc LaFontaine.» Ainsi, dans La Mémoire des anges, Montréal est traité comme un personnage à part entière. Un personnage qui revêt souvent un visage anglophone. «À cette époque, Montréal était anglophone, on le constate avec les néons et les écriteaux», précise le cinéaste. Le film met aussi en scène une population montréalaise grouillante de vie. «Ces gens inconnus, ces foules, ce sont eux les anges dont on veut préserver le souvenir», indique le cinéaste. D’autres anges nous sont plus familiers. Félix Leclerc, Dodo, René Lecavalier, la reine Élisabeth ou encore Jean Drapeau qui vante les mérites de l’échangeur Turcot. «Lorsque l’on bâtit, on doit régler les problèmes du présent, mais aussi ceux de l’avenir», peut-on entendre dans son discours. C’est que Luc Bourdon tente d’être en résonance avec l’actualité tout en soulignant des erreurs commises dans le passé. La musique, qui fait partie intégrante du film, se présente sous la forme de performances de Tex Lecor, de Paul Anka ou de Charles Trenet. Un segment du film présente aussi l’univers des cabarets. Si le film a demandé des mois de travail à Luc Bourdon, il lui aura permis de redécouvrir une richesse oubliée, le cinéma des années 1950 et 1960. «J’ai découvert des oeuvres inventives d’une très grande qualité photographique. À cette époque, l’ONF servait de terrain de jeu à de jeunes cinéastes comme Michel Brault, Gilles Groulx et Gilles Carle», conclut Luc Bourdon. |