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Analyse - Le succès de la franchise Saw
Twisted Pictures
Saw V

ANALYSE

Le succès de la franchise Saw

23-10-2008 | 04h00
Tout le monde aime un bon mystère. En voici tout un: Comment se fait-il que Saw, un film d’épouvante d’à peine 1,2 M$ de budget qui a failli se retrouver directement sur les tablettes des clubs vidéo ait donné naissance à une franchise qui dépasse maintenant le milliard de dollars?

Considérant l’intérêt soutenu du film au milieu d’une foule de produits d’épouvante, il s’agit d’une question dont la réponse donne un aperçu sur la façon de gérer une franchise à petit budget. De plus, avec la sortie de Saw V le 24 octobre, la stratégie de Lionsgate de lancer un film chaque Halloween subira le test ultime. Le long métrage de l’an dernier, Saw III, est passé de 163 M$ à 137 M$ en recette mondiale, ce qui nous porte à nous demander si l’entreprise peut réussir à maintenir ce rythme des plus rentables.

L’histoire de Saw est aussi simple que sa prémisse. James Wan et Leigh Whannell ont écrit un scénario sur deux étrangers pris au piège et manipulés par Jigsaw, un cerveau diabolique qui les oblige à faire des choix déchirants. Ils ont tourné un court métrage de 7 minutes mettant en vedette Leigh Whannell, la tête prise dans un piège à ours, que le feu réalisateur Gregg Hoffman a trouvé et présenté à ses collègues Mark Burg et Oren Koules de Twisted Pictures au début de l’année 2003. Ils ont décidé d’en faire un long métrage à petit budget.

Saw II, produit par le réalisateur de clips et de messages publicitaires Darren Lynn Bousman, a gagné la faveur populaire dès son premier week-end en salle. Puis vint la surprise: les amateurs ont acheté pour plus de 70 M$ de vidéos et de DVD du premier film.

«Ils ont opté, avec Saw, pour une approche inhabituelle», soutient Roy Lee, réalisateur des récents films d’épouvante The Strangers et Quarantine. «Faire de la sortie d’un nouvel épisode de Saw un événement annuel. Voilà quelque chose qu’aucun autre studio n’a été en mesure d’accomplir. Cela tient de la télésérie. Voyez 24. Quelqu’un peut-il prétendre qu’ils ne donnent pas une bonne raclée au concept?»

Des grands classiques de l’horreur comme Friday the 13th, Halloween et A Nightmare on Elm Street ont engendré des méchants notoires comme Jason Voorhees, Michael Myers et Freddy Krueger. Nightmare a même donné une certaine notoriété à New Line en 1984, de la même façon que Saw mousse la popularité de Lionsgate.

Toutefois, les dirigeants de ces franchises n’ont essentiellement qu’encaissé les revenus en tirant le maximum de 6 ou 7, voire 10, suites sans développer les personnages principaux. En fin de compte, le sujet s’étiole rapidement et les personnages deviennent stéréotypés à outrance; Freddy Krueger n’étant plus qu’une machine à prononcer des phrases coup-de-poing.

Des films de second ordre comme Child's Play, exagéré dès le début, et The Stepfather, qui s’est retrouvé au petit écran dès le troisième épisode, n’ont jamais connu une grande popularité. Les récents succès comme Scream et I Know What You Did Last Summer étaient autoréférentiels, ironiques et plutôt dispendieux à produire. The Ring et The Grudge, tous deux tirés de matériel d’épouvante asiatique, se sont fatigués après deux films, de même que le mouvement de torture pornographique typifié dans Hostel.

Saw, en comparaison, c’est du sérieux. Son génie moraliste et vertueux, en la personne d’un intellectuel dément et méthodique, évolue tout en restant fidèle au genre. La complexité de la vision de Jigsaw – mise en œuvre même au-delà de la mort – permet de multiples visionnements.

Mais qu’adviendra-t-il si Saw V fait naufrage? Le revenu brut mondial de Saw IV n’était que de 84% de celui de Saw III, et la loi des rendements décroissants fait de chaque nouvel épisode un pari de plus en plus risqué.

Les réalisateurs de Saw, citant un récent rapport de ventes en Europe, restent fermes. «Si ce film ne connaît pas une excellente sortie, je crois que nous serons tous déçus», a dit Mark Burg. «Le cas échéant, nous arrêterons.»

«Ce jour viendra», soutient Oren Koules, qui refuse de croire qu’une sortie DVD seulement serait une possibilité. «Je ne joue pas le fanfaron, mais je crois que ce jour-là n’est pas encore venu.»

Sans grande surprise, Oren Koules et Mark Burg ont passé le mois dernier avec les scénaristes à travailler au sixième épisode qui obtiendra le feu vert si le scénario est passable et que le cinquième épisode connaît le succès prévu.

«J’ai pour objectif personnel que Sarah et Tim créent une publicité d’un milliard de dollars», de dire Mark Burg. Quand je verrai cette publicité, je me dirai que nous y sommes parvenus et que nous pouvons souffler un peu.»

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