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Loi sur le doublage - Un mal nécessaire?
© PHOTO LE JOURNAL - MARTIN BOUFFARD
Au moins 75% des DVD mis en marché au Québec ne comportent pas de version française.

LOI SUR LE DOUBLAGE

Un mal nécessaire?

David Patry
Le Journal de Montréal
26-09-2008 | 12h13

La loi 101 et la loi sur le doublage: un même combat. Tout le monde est contre, mais il n'en demeure pas moins qu'elles s'avèrent nécessaires pour protéger la langue française au Québec, estime Pierre Curzi.

Lors des débats sur la loi 101, «tous ceux qui sont venus témoigner se sont farouchement opposés à ce projet de loi insensé qui allait créer le chaos», a affirmé le critique péquiste en matière de culture, Pierre Curzi.

C'est exactement ce qui s'est passé lors des deux derniers jours, pendant les travaux de la Commission de la culture qui se penchait sur la question du doublage des films et des séries de télé.

Autant les entreprises de doublage québécoises que les studios américains, en passant par le Bureau du cinéma et de la télévision du Québec, les distributeurs de films et les propriétaires de salles de cinéma, se sont braqués contre le projet de loi 93, qui stipule que les films distribués au Québec devraient être doublés en français sur le territoire.

En fait, seule l'Union des artistes croit qu'une loi s'avère nécessaire pour que les films et les séries télé présentés sur nos écrans et sur DVD soient disponibles en français.

Mais cela n'arrête pas Pierre Curzi. «On a quand même fait la loi 101, et sans elle, personne ne peut dire dans quel état serait la langue française aujourd'hui au Québec», a-t-il argué.Pour lui, c'est exactement la même chose qui se passe aujourd'hui avec le doublage.

Sans pour autant faire le parallèle avec la loi 101, le critique de l'Opposition en matière de culture, François Benjamin, estime lui aussi que la loi sur le doublage qu'il a déposée a sa place, et ce, même après avoir entendu la plupart des intervenants s'y opposer devant la Commission. «Il faut se faire respecter par notre identité», dit-il.

«Beau risque»

Rappelons que les chiffres présentés devant la commission montrent qu'au moins 75% des DVD mis en marché au Québec ne comportent pas de version française.

«Avoir accès à la cinématographie mondiale en français, pour moi c'est extrêmement important, a plaidé le président de l'UDA, Raymond Legault. Le parallèle avec la loi 101 est exact.»

«Si la culture est la colonne vertébrale d'une nation, eh bien le doublage en est certainement une des vertèbres», dit-il.

Celui-ci a toutefois démontré un peu d'ouverture hier, se disant prêt à laisser à un comité de travail la chance d'étudier la question. Si un tel comité en arrive à une entente claire qui réussirait à garantir que les produits audiovisuels soient disponibles en français, comme le ferait une loi, il croit pouvoir convaincre ses membres qu'une loi n'est peut-être pas nécessaire. «C'est un beau risque», estime Raymond Legault.

La ministre Christine Saint-Pierre a mandaté le Bureau du cinéma et de la télévision du Québec d'organiser un «forum» sur le doublage. L'UDA, Pierre Curzi et François Benjamin voudraient en faire un «comité de travail» avec un mandat et un échéancier clair.

«C'est clair qu'ils vont nous bouder!»

Plusieurs craignent un boycott si une loi sur le doublage obligatoire au Québec est adoptée

Une loi forçant le doublage des films mènerait les grands studios américains vers un boycott du Québec. Scénario probable ou pure démagogie?

Le débat s'est poursuivi hier à la Commission de la culture. Certains estiment qu'une loi restrictive vaudrait au Québec des représailles de la part des «majors» américains.

Ceux-ci pourraient cesser de distribuer leur film au Québec, et même cesser de tourner dans la province, nous privant ainsi d'importantes retombées économiques.

«Ceux qui ont le moins à perdre, ce sont les majors américains, a affirmé le président d'Alliance Vivafilm, Patrick Roy. On ne représente que 0,6 % de leur marché. C'est une goutte d'eau dans l'océan pour eux», dit-il.

Même son de cloche du côté du Bureau du cinéma et de la télévision du Québec. «C'est clair qu'ils vont nous bouder. Les Américains réagissent très mal à toute mesure protectionniste», pense le commissaire Hans Fraikin, qui a travaillé pendant 10 ans pour la 20th Century Fox.

D'autres s'inscrivent en faux contre ces scénarios catastrophe. «Je ne veux pas tomber dans la démagogie et dire que les Américains vont faire un boycott. Moi je n'y crois pas», indique le président de l'Association des propriétaires de cinémas et de ciné-parcs du Québec, Marcel Venne.

Les majors refusent de s'avancer

Représentant les grands studios américains, Jacques Laurent, de l'Association canadienne des distributeurs de films, n'avait pas de réponse à donner aux parlementaires hier. Il a plutôt laissé planer le doute.

«Mes clients sont des concurrents. Ils pratiquent le chacun pour soi devant une loi ou une situation particulière. Si les lois sont trop prohibitives ou trop onéreuses, chacun tire ses conclusions», dit-il.

«Je ne comprends pas pourquoi une compagnie s'empêcherait de faire des affaires», conclut le député de Berthier, François Benjamin.

La Commission de la culture doit produire son rapport d'ici la mi-octobre.

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