RELIGULOUSCroisade contre le «dernier sujet tabou»par Maxime Demers Le Journal de Montréal 27-09-2008 | 11h00
C’est un de ses sujets de blague préférés depuis ses débuts comme stand-up comic dans les années 1980. Mais cette fois-ci, Bill Maher tente de faire réellement le tour de la question, afin de démontrer une fois pour toutes tout le ridicule de la chose. Cette chose, c’est la religion, le «dernier sujet tabou», selon lui. Dans son documentaire Religulous, réalisé par Larry Charles (Borat, Seinfeld), l’irrévérencieux humoriste et animateur américain s’emploie en effet à tourner en ridicule les religions et leurs nombreuses absurdités et contradictions. Pour établir ses preuves, Bill Maher a parcouru le monde pour interroger (et narguer) des gens liés de près ou de loin à différentes religions, autant des dirigeants religieux que de simples croyants, des extrémistes ou des représentants de divers mouvements religieux. Et il a pris sa mission très au sérieux. Ensemble, lui et Larry Charles ont tourné plus de 400 heures de matériel pour n’en conserver qu’une heure et 40 minutes dans leur film. Pendant des mois, ils se sont rendus dans des endroits chauds du monde, en Israël, à Rome, à Amsterdam et bien sûr un peu partout aux États-Unis.
UN PETIT CAILLOUMais malgré tout, Bill Maher ne se crée pas trop d’attentes quant aux répercussions que pourrait avoir son film dans la très religieuse Amérique. «Je ne m’attends pas à provoquer la chute de la religion», disait-il en rigolant à un petit groupe de journalistes il y a trois semaines au Festival de Toronto. «Je suis conscient qu’on ne fait que lancer un petit caillou dans une mer immense Mais j’aimerais quand même que le film lance un débat sur la question. Et puis, en tant que comique, c’est sûr que je veux aussi que les gens rient. Mais j’aimerais qu’en plus de rire, ils se rendent compte qu’il y a aussi du vrai derrière cela. Je veux aller chercher ce rire particulier qui amène en même temps les gens à réfléchir et à se pencher sérieusement sur la question. «Parce qu’on ne remet jamais en question la religion, parce que quand on parle de foi, on recule en se disant qu’on n’a pas le droit de questionner la foi de quiconque. Pourtant, la foi est la vraie source du problème. C’est quand les gens ont la foi qu’ils arrêtent de réfléchir.»
PAS D’ENTRE-DEUXFurieusement athée, Maher refuse du même coup de séparer les religieux extrémistes des croyants modérés, c’est-à-dire ces gens qui, par exemple, vont à la messe une fois par semaine.
«Je m’excuse, mais si vous croyez à un serpent qui parle, si vous croyez que le monde est vieux de 5000 ans et si vous croyez que vous buvez le sang d’un Dieu de 2000 ans le dimanche à l’église, vous êtes dans le champ», lance Maher. «Avez-vous déjà lu la Bible? Avez-vous remarqué les non-sens et l’illogisme de ce livre? Je rigole toujours quand on me dit qu’il y a des croyants qui veulent se dissocier de la Bible. Mais pourquoi être religieux alors? La Bible est à la religion ce que la Constitution est à ce pays. Vous ne pouvez pas avoir l’un sans l’autre. Soit on y croit, soit on n’y croit pas, c’est tout. Il n’y a pas d’entre-deux.» Le réalisateur de Religulous, Larry Charles, se montre un peu plus ouvert que Maher sur la question. «Personnellement, je crois que les gens ont le droit de croire à ce qu’ils veulent croire, indique-t-il. Ce qu’on dit plutôt dans le film, c’est de ne pas imposer ses croyances. Le problème de la religion, c’est quand elle s’insère dans le gouvernement politique, quand elle est utilisée comme une arme ou quand elle dicte la violence ou l’intolérance, comme c’est arrivé souvent ces dernières années.»
RIPOSTES ET PROTESTATIONSReligulous fera certainement l’objet de ripostes et protestations de la part de plusieurs groupes religieux américains et de la droite républicaine. Déjà, au Festival de Toronto, des catholiques fervents ont manifesté à l’entrée de la salle où était présenté le film. Mais Bill Maher en a vu d’autres. Et puis il n’a pas froid aux yeux. «Le risque, ça fait partie de mon métier, dit-il simplement. Je me suis mis à dos pas mal de gens au fil des années...» «Bill est avec Michael Moore un des rares artistes aujourd’hui à avoir le courage de ses opinions, ajoute à ce sujet Larry Charles. Et du courage, il en faut quand il s’agit de confronter dans ses opinions un groupe de camionneurs catholiques de 300 livres ou un musulman extrémiste! À certains moments, son culot me rappelait celui de Sasha Baron Cohen (Borat). «Mais je n’ai jamais eu peur. Ma pensée pendant le tournage, c’était: si on se fait assassiner, ça fera un bon supplément pour le DVD...» |