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C'est pas moi, je le jure! - Bombe à retardement
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C'est pas moi, je le jure!

C'EST PAS MOI, JE LE JURE!

Bombe à retardement

par Maxime Demers
Le Journal de Montréal
13-09-2008 | 16h00

De son propre aveu, c’est son film le moins cérébral. Le plus accessible et personnel, aussi. Après deux premiers longs métrages «plus conceptuels» (La Moitié gauche du frigo et Congorama), Philippe Falardeau cherche davantage à émouvoir avec son troisième film, C’est pas moi, je le jure!.

«Avec ce film, je n’ai pas hésité à aller dans l’émotion, sans être obligatoirement drôle ou conceptuel», confirme Falardeau, rencontré la fin de semaine dernière dans un hôtel de la Ville reine, quelques heures avant la première mondiale de C’est pas moi, je le jure! au Festival de Toronto.

«Il y a des scènes où je me suis abandonné à l’émotion. Et c’est pourquoi le film va marcher seulement si les gens sont touchés. Avec Congorama, les gens pouvaient ne pas être touchés et trouver ça l’fun à regarder, parce que c’était ludique. Mais là, tout doit passer par l’émotion.»

Adapté de deux romans de Bruno Hébert (surtout celui du même titre), C’est pas moi, je le jure! nous amène dans l’univers d’un petit garçon de 10 ans pas comme les autres, Léon (Antoine L’Écuyer).

Véritable bombe à retardement, menteur invétéré et amateur de jeux risqués et dangereux, il passe même à un cheveu de se pendre accidentellement en ce début d’été 1968.

Il n’hésite pas non plus à lancer des oeufs sur les fenêtres des voisins et même à entrer par infraction dans les maisons de ceux partis en vacances. Les engueulades répétées entre ses parents (Suzanne Clément et Daniel Brière) et le départ subit de sa mère qui souhaite aller refaire sa vie en Grèce n’amélioreront forcément pas son cas…

LONGUE ATTENTE

Falardeau songeait depuis longtemps à adapter le roman de Bruno Hébert. En 1997, avant même d’avoir réalisé un premier film, il avait appelé lui-même l’éditeur pour lui faire savoir qu’il était intéressé à acheter les droits d’adaptation du bouquin. Mais l’éditeur venait de les vendre à une autre compagnie de production. Puis, en 2003, les droits se sont libérés à nouveau et Falardeau est revenu à la charge.

«C’est une bonne chose, finalement, je crois d’avoir attendu tout ce temps avant de l’adapter», souligne le cinéaste de 40 ans. «Si j’avais fait ce film-là en 1997, le résultat final aurait probablement été plus conceptuel qu’aujourd’hui. Mais en vieillissant, je crois que j’ai moins peur d’aller vers les émotions. Parce que ma hantise, ç’a toujours été de tomber dans le mélodrame. Mais là, l’expérience fait en sorte que je peux m’approcher de l’émotion sans verser trop dans le mélodrame.»

C’est pas moi, je le jure! pas encore sorti en salle, Philippe Falardeau a déjà deux autres films en écriture: Latino del Norte, un scénario inspiré de la vie de l’ex-felquiste Jacques Cossette-Trudel, et Bashir Lazhar, une adaptation de la pièce du même titre d’Évelyne de la Chenelière.

«Autant, après avoir fait deux films plus cérébraux, c’était important pour moi de passer à un autre registre, autant, après avoir fait ces trois films, j’ai le goût maintenant de revenir à du cinéma plus politique», de conclure le cinéaste.

Éviter le piège de la nostalgie

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Philippe Falardeau
Outre sa hantise du mélodrame, Philippe Falardeau avait une autre crainte en adaptant C’est pas moi, je le jure! :tomber dans le piège de la nostalgie.

«Parce que c’était pas si l’fun que cela, cette époque-là. Il y avait des choses le fun et d’autres moins. Et même si le personnage principal est un enfant de 10 ans, ce n’est pas un film qui s’adresse aux enfants. C’est un film qui s’adresse surtout à des adultes qui ont des souvenirs de ce que c’est d’avoir cet âge-là. Des souvenirs bons ou mauvais.»

Malgré ses éternels airs de garçon sérieux, Falardeau dit d’être reconnu dans le petit homme turbulent qu’est Léon.

«Être un garçon de dix ans, c’est souvent avoir beaucoup d’énergie et ne pas savoir quoi faire avec. J’étais beaucoup là-dedans quand j’avais cet âge-là. Je n’étais pas délinquant comme lui, mais c’est à cet âgelà que j’ai réalisé que j’avais ma propre personnalité, que j’étais unique. Je ne suis pas Léon, je ne l’ai jamais été, mais j’ai été un petit gars de dix ans et je sais ce que c’est. «Ça m’a aidé parce que je n’ai pas d’enfants. Je me suis demandé à un moment donné: est-ce que je peux faire ce film-là même si je n’ai pas d’enfants? Mais finalement, c’est parce que je me souviens de ce que c’est avoir cet âge-là que j’ai pu le faire.»

Notes de tournage

Impossible de ne pas faire de liens entre C’est pas moi, je le jure! et le plus récent film de Léa Pool, Maman est chez le coiffeur.

C’est qu’en plus de raconter des histoires relativement semblables (une mère qui quitte son mari et ses enfants à la fin des années 60), ces deux films sont inspirés de récits autobiographiques d’un frère et sa soeur, Bruno et Isabelle Hébert. En s’inspirant de leurs histoires de famille, lui a écrit le roman C’est pas moi, je le jure! et elle le scénario de Maman est chez le coiffeur.

«Le fait que mon film soit basé sur le point de vue d’un petit garçon amène un ton différent de celui de Léa (qui propose quant à lui le point de vue d’une petite fille)», se défend Philippe Falardeau.

«Quand j’ai vu le film de Léa, j’ai d’ailleurs été soulagé au bout de cinq minutes parce que je me suis dit: OK, ce n’est pas le même ton. Ce sont deux films très différents. À cet âge-là, un petit gars et une petite fille, c’est vraiment très différent.»

Même s’il avait déjà lui-même écrit un scénario adapté de son propre roman, Bruno Hébert n’a pas participé à la scénarisation du film de Philippe Falardeau.

«Bruno m’a laissé faire ce que j’avais à faire, souligne Falardeau. Il m’avait déjà envoyé un courriel en 2005 quand il avait appris que j’allais adapter le roman. Il m’avait dit qu’il était content que ce soit moi et qu’il souhaitait que je me réapproprie l’histoire. Depuis, il a vu le film cinq fois et il a beaucoup aimé. Il m’a dit qu’il avait très bien reconnu son personnage. Ça aurait été catastrophique pour moi qu’il ne reconnaisse pas son personnage. C’est son personnage qui m’a inspiré le film.»

Philippe Falardeau a rencontré pas moins de 80 petits garçons pour trouver Antoine L’Écuyer, l’attachant jeune acteur qui campe le personnage de Léon. «Je voulais éviter de faire ces gros castings sauvages où le réalisateur visionne des tas de cassettes d’auditions d’acteurs, explique-t- il. Ce cirque-là ne m’intéressait pas. Je trouvais ça important de rencontrer les jeunes dès la première étape. J’ai donc rencontré les 80 acteurs qu’on a passés en audition.

Et quand j’ai vu Antoine la première fois, j’ai su que c’était lui. Il m’écoutait donner des directives et juste la façon dont il était, sa dégaine physique, j’ai reconnu Léon.»

«Je crois que Philippe a su qu’il voulait Antoine dès qu’il est entré dans la pièce, se souvient le producteur Luc Déry. Il nous a dit: c’est Léon, c’est Léon, c’est Léon...»

Falardeau a fait appel au talentueux auteur-compositeur-interprète montréalais Patrick Watson pour écrire la musique de son film: «Je voulais que Patrick, que j’aime beaucoup, fasse quelque chose de très personnel, d’aérien et d’intemporel. Je ne voulais surtout pas de la musique qui faisait sixties, pour éviter encore une fois toute forme de nostalgie.»

Pour aider Philippe Falardeau à travailler avec ses jeunes acteurs sur son plateau, ses producteurs ont fait appel à la coach pour enfants Félixe Ross, qui a été présente pendant tout le tournage du film.

«C’était essentiel pour nous qu’il y ait une coach pour accompagner les enfants pendant le tournage, souligne la productrice Kim McCraw. On ne travaille pas avec un enfant de dix ans comme on travaille avec un acteur qui a 25 ans de métier.»

C’est pas moi, je le jure! sort en salle le 26 septembre.

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