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Folle de Dieu - Percer le mystère de Marie de l’Incarnation
© LE JOURNAL - PIERRE-PAUL POULIN
Le cinéaste Jean-Daniel Lafond

FOLLE DE DIEU

Percer le mystère de Marie de l’Incarnation

par Bruno Lapointe
Le Journal de Montréal
14-09-2008 | 04h00

Il aura fallu près de 30 ans à Jean-Daniel Lafond pour mettre la touche finale à Folle de Dieu. Mais c’est de son propre gré que le réalisateur a attendu. Personne n’a tenté de lui mettre des bâtons dans les roues. «En fait, si quelqu’un m’avait empêché de faire mon film, je l’aurais terminé plus vite», dit-il en riant.

«Je me suis habitué à faire mes films contre vents et marées. À vrai dire, quand on me mettait au défi d’en faire, je n’en étais que plus déterminé», continue le cinéaste.

Tout de même, trois décennies, c’est une période de préproduction plutôt longue. Ça, Jean-Daniel Lafond le concède. «Mais si on l’avait fait plus tôt, le résultat n’aurait pas été le même. Ce que Folle de Dieu est aujourd’hui est le fruit de toutes ces années de vie, d’expérience et de travail», explique-t-il.

DES ANNÉES 1980 À AUJOURD’HUI

Tout a donc débuté dans les années 1980 pour Jean-Daniel Lafond. À l’époque, le Folle de Dieu qui est entré dans sa mire était une pièce de théâtre. Sur scène, un comédien (lire «un homme») tentait de se glisser dans la peau, dans la psyché de Marie de l’Incarnation.

Déjà, à l’époque, le projet en faisait sourciller plus d’un. Mais la chance a voulu que les Ursulines, qui ont vu la pièce, tombent sous le charme de cette oeuvre. Avec le clergé de son côté, l’aventure allait être moins ardue.

Puis, les années ont passé. Et l’idée d’un nouveau projet n’a pas cessé de germer dans l’esprit de Jean-Daniel Lafond. Une constante a résisté à toutes ces années: Marie Tifo. La comédienne a toujours été le seul et unique choix du cinéaste.

Le Folle de Dieu qu’il présente aujourd’hui se veut en quelque sorte un compagnon de la production théâtrale signée Lorraine Pintal dans le cadre du 400e anniversaire de la ville de Québec. La production clôturera la saison 2008-2009 du Théâtre du Nouveau Monde, ici à Montréal.

On y suit la comédienne Marie Tifo dans sa quête pour percer le mystère de cette Marie de l’Incarnation au fil de rencontres avec historiens et autres références. Le but est simple: habiter ce personnage historique, corps et âme.

REGARD NEUF ET RECUL

L’arrivée tardive de Lorraine Pintal dans le paysage de Folle de Dieu a permis de jeter un regard neuf et frais sur ce projet. Tant d’années à ausculter l’univers de la soeur avaient enlevé tout le recul du regard de Marie Tifo et de Jean-Daniel Lafond.

«Elle est arrivée comme un vent nouveau. Ses questions étaient pertinentes et nous ont permis de tout remettre en perspective», explique le cinéaste.

Puis est venue la question du titre. Mais Jean-Daniel Lafond rassure quiconque s’interroge. Le titre de Folle de Dieu n’a rien de péjoratif. La folie à laquelle il fait référence ne porte en rien un jugement sur la figure historique ni sur le contexte religieux dans lequel s’inscrit son oeuvre.

«Le terme fou est utilisé à loisir de nos jours. Mais ici, on parle d’aimer à la folie. Cette femme aimait Dieu à la folie. Alors en ce sens, elle est devenue folle de Dieu», explique Jean-Daniel Lafond, tout simplement.

Et son film n’a rien d’une propagande religieuse non plus. Ces sujets demeurent encore aujourd’hui tabous et épineux. Mais pas pour Jean-Daniel Lafond. Au fil des ans, il s’est approprié l’histoire pour la présenter comme bon lui semble. Sans tabou. Ni épine.

«Le religieux a été relégué aux oubliettes. Et ça, certaines personnes le trouvent douloureux à réaliser. Ils sont nombreux à préférer le silence à la lucidité. Mais pas moi», conclut Jean-Daniel Lafond.

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