VICKY CRISTINA BARCELONAWoody Allen dans la porno?par Daniel Rioux Le Journal de Montréal 13-09-2008 | 16h00
Manifestement en forme et surtout heureux d’avoir toute l’attention d’une centaine de journalistes invités à sa conférence de presse, Woody Allen s’est laissé aller et a parlé, parlé, parlé. De ses femmes au cinéma, de son travail, des choses ridicules qu’on raconte à son sujet, de sexe, de sa nouvelle actrice-fétiche, de la vie. Et, bien entendu, de son dernier film, Vicky Cristina Barcelona, qui prend l’affiche ce vendredi. « Je vous demanderais de parler plus fort parce que je souffre de surdité », a-t-il demandé aux journalistes. Pour mieux saisir la pensée de ce personnage presque mythique, nous vous livrons, sous la forme question/réponse, l’essentiel de ses propos. Comment avez-vous été inspiré par les femmes? «À mes débuts, j’étais incapable d’écrire pour des femmes, j’écrivais toujours d’un point de vue masculin. Et cela a continué jusqu’à ma rencontre avec Diane Keaton. Nous sommes devenus intimes et, par osmose, j’ai commencé à écrire pour les femmes et ensuite je n’ai écrit que sous cette optique. J’aime les femmes, j’adore leur présence, tout mon entourage de travail est féminin. Elles m’excitent.» Comment Scarlett Johansson estelle apparue dans votre univers?
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Elle possède un don, elle est saisissante, dramatique, sexy, intelligente et si photogénique que c’en est paralysant. Quel que soit le rôle, elle sera là [dans mes films]. Comme j’ai fait jadis avec Diane [Keaton] et Mia [Farrow], deux magnifiques actrices.» Vous abordez une culture différente dans votre film. Pourquoi avoir choisi Barcelone? «J’avais déjà cette idée de deux jeunes femmes s’en allant en vacances pour l’été. Mais le financement d’un film n’est jamais facile et voilà qu’à Barcelone on m’offrait un apport financier. Puis, par hasard, Penélope Cruz, qui est à New York, entend parler du projet et veut me rencontrer. Ça s’est réglé en une minute et ensuite j’apprends que Javier [Bardem] manifeste son intérêt. J’ai mis tout ça ensemble et j’ai écrit mon scénario sur mesure pour les trois.» Vous ne parlez pas espagnol. A-t-il été difficile de tourner en Espagne? «Non, parce que la langue ne pose jamais un problème quand chacun sait ce qu’il a à faire. Mon caméraman à Barcelone ne parlait pas anglais, pas plus qu’un caméraman chinois avec lequel j’ai déjà travaillé. C’est facile tout ça. Ce qui l’est moins, c’est d’avoir un bon scénario. Neuf fois sur dix, un échec résulte d’un mauvais scénario, très rarement d’une réalisation bâclée. Si le scénario est moche, rien ne peut te rescaper. Je prends l’exemple de Penélope et Javier. Je leur disais allez-y, improvisez. Ils n’ont pas eu à dire ou jouer ce que j’avais écrit, mais ils avaient une histoire à raconter. D’où l’importance du scénario.» Les acteurs parlent de leur nervosité à l’idée de travailler avec vous. Comment les rendez-vous à l’aise? «Ils ne devraient jamais se sentir mal à l’aise, peut-être cela vient-il de ma personnalité, de ma timidité ou de ce qu’on colporte. On prétend qu’on ne doit jamais me tendre la main parce que je déteste qu’on me touche. J’admets ne pas être le gars le plus sociable, mais je ne suis une menace pour personne et c’est finalement ce que comprennent les acteurs.» Placido Domingo vous a demandé de faire la mise en scène d’un opéra à Los Angeles. Quelle a été votre réaction? «J’ai d’abord refusé parce que je n’aime pas travailler live. C’est un opéra en trois actes et je devais réaliser le dernier. Ces discussions ont eu lieu il y a trois ans et j’ai finalement accepté en me disant que je serais probablement mort en 2008, ce qui n’est manifestement pas le cas. Réaliser un opéra, c’est pas comme faire un film. Tu es devant le public et à l’opéra, les gens huent s’ils sont mécontents. Je ne sais pas si je suis capable de vivre ça.» On dit que Vicky Cristina Barcelona est votre film le plus sexy. Venez-vous juste de découvrir le sexe dans votre vie ? (rires) «Bien oui, c’est par chance que c’est arrivé et à un moment crucial dans ma vie. Sérieusement, je ne viens pas de découvrir la sexualité, mais dans ce film, la situation exigeait certaines scènes d’amour puisqu’on parle d’un triangle amoureux, mais il n’y a pas tant de sexe que ça. On voit Scarlett et Javier qui s’embrassent au lit et je voulais un plan rapproché. Et eux, eh bien ils s’embrassaient, s’embrassaient, s’embrassaient. Ce sont des acteurs, ils sont payés pour ça. Après cette scène, nous sommes allés manger. Pour conclure sur le sexe, si jamais je croyais pouvoir réaliser un brillant film pornographique, je le ferais!» Y a-t-il une leçon de vie inculquée dans votre enfance qui vous influence encore aujourd’hui? «Oui, et elle vient de ma mère, une femme sévère portée sur la discipline. Il faut se discipliner dans tout ce qu’on fait, il faut être organisé. Ou tu accomplis quelque chose de concret, ou tu invoques des excuses. Chaque jour, je consacre 45 minutes à jouer de la clarinette et quelques heures à l’écriture. Enfant, je faisais des tours de magie que je pratiquais durant des heures devant un miroir. M’imposer une discipline reste la plus grande oeuvre de ma carrière. Pour le reste, j’ai failli lamentablement.»
Woody en brefComme pour tous ses films, Woody Allen a manoeuvré avec un budget plutôt modeste de 15 M$. Woody Allen détient le record de mises en nomination par l’Academy Awards dans la catégorie meilleur scénariste avec 14. Il a remporté l’Oscar du meilleur scénario en 1977 - et aussi meilleure réalisation - avec Annie Hall et en 1986 celui du meilleur scénario avec Hannah and her Sisters. Bien qu’il n’ait jamais tourné à Barcelone avant de s’y installer à l’été 2007 pour le tournage de Vicky Cristina Barcelona, le réalisateur natif du Bronx a depuis plusieurs années une statue de son lui-même à Barcelone. «Elle est en bronze et j’ignore pourquoi on m’a fait cet honneur. Elle a l’air vraiment bien... sauf qu’on m’a dit que des gens persistent à voler les lunettes. Pouvez-vous croire qu’on vient avec un chalumeau pour les enlever?» (Notre journaliste était invité par Alliance Vivafilm.) |