SALAIRES ÉLEVÉSLes réalisateurs se défendentDavid Patry Le Journal de Montréal 18-06-2008 | 09h03
«Si les producteurs croient que notre entente collective va tuer l'industrie, est-ce qu'il faut en déduire que les réalisateurs portent l'industrie sur leur dos?» lance le président de l'Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ), Jean-Pierre Lefebvre. Celui-ci ne s'étonne pas que l'Association des producteurs de films et de télévision du Québec (APFTQ) demande une révision judiciaire pour tenter d'invalider la convention collective imposée par un arbitre. «On s'y attendait, ça fait 18 ans que l'APFTQ fait tout en son pouvoir pour bloquer cette entente collective», affirme Jean-Pierre Lefebvre. Dans sa décision, l'arbitre Bernard Bastien tient à souligner qu'il a cherché à fixer, par son travail, «une rémunération qui soit juste et qui reconnaisse le travail des réalisateurs». La décision prévoit une rémunération de base de 1720 $ par jour de travail pour les réalisateurs qui travaillent à une caméra. Un chiffre qui peut sembler élevé, mais l'arbitre assure avoir tenu compte de la réalité économique de la production télévisuelle québécoise. Il souligne que l'isolement des réalisateurs ne leur permet pas de forcer les producteurs à s'asseoir et à négocier sérieusement. «Si on épouse la théorie des producteurs de fixer la rémunération la plus basse possible et laisser le producteur et le réalisateur s'entendre entre eux, cela revient à rendre inutile, illusoire et dépourvu de tout intérêt le droit d'association des réalisateurs», écrit-il. Salaire de chirurgien? Lundi, l'APFTQ affirmait qu'avec la nouvelle convention, un réalisateur qui travaille sur une série quotidienne cinq jours par semaine pendant 40 semaines obtiendrait un salaire de 390 000 $. «Ce salaire déclasse celui d'un urgentologue ou d'un premier ministre, n'a aucune commune mesure avec les paramètres financiers de l'industrie», indiquait-on dans un communiqué. L'ARRQ réfute ces allégations. «J'aimerais bien voir leurs calculs. C'est une improbabilité. À ce que je sache, il n'y a aucun réalisateur qui va tourner cinq jours par semaine pendant 40 semaines. C'est facile de prendre un exemple hypothétique», indique Jean-Pierre Lefebvre. Le président des réalisateurs commence à être las de cette saga qui dure depuis 18 ans et qui aurait coûté 1,5 M$ aux parties, notamment en frais d'avocats. «Les producteurs sont allés en Cour supérieure trois fois et ils ont été déboutés trois fois, souligne-t-il. Ça ne fera qu'une fois de plus.» En attendant la fin du processus de contestation, reste que l'entente est présentement en vigueur, et ce, depuis le 1er juin. |