PROJET DE LOI C-10L'UDA s'inscrit en fauxMarie-Joëlle Parent Le Journal de Montréal 12-06-2008 | 08h57
«On est en train d'essayer de mettre un article dans une loi pour un problème qui n'a jamais existé; c'est mettre en péril la liberté d'expression et le financement du cinéma», allègue Raymond Legault, joint hier à Ottawa. Pour résumer la situation, le projet de loi C-10 des conservateurs permettrait au gouvernement de retirer le droit aux crédits d'impôt à tout film ou télé-série qu'il jugerait contraire à l'ordre public. Et ce, même si les projets ont déjà reçu leur financement de Téléfilm Canada. En fait, la décision serait prise une fois que le film serait terminé, et les critères seraient déterminés par le ministère du Patrimoine. Selon Raymond Legault, cette mesure ouvre la porte à un bâillonnement de la liberté d'expression. «Les conservateurs veulent qu'on filme la rose mais jamais les épines», dit-il. Retour vers la censure «Ça voudrait dire que des films comme Borderline, Octobre ou un film sur Karla Homolka pourraient ne plus voir le jour à cause des scènes de beuverie et de sexe», déplore-t-il. «C'est grave parce que le cinéma permet de combattre les préjugés en offrant une réflexion différente sur un même sujet. Un cinéma libre permet une société plus tolérante et ouverte», croit-il. Raymond Legault précise qu'il «existe déjà suffisamment de règles empêchant la propagande haineuse et la pornographie dans les films» et qu'il est donc «inutile d'ajouter un comité de censure». Le président de l'UDA craint également que le projet de loi C-10 nuise au financement du cinéma puisque plusieurs banques acceptent de financer des films en sachant qu'ils recevront plus tard des crédits d'impôts fédéraux. Les banques pourraient devenir plus méfiantes. «Le financement du cinéma est déjà fragile, inutile d'en rajouter. Le pire dans tout ça, c'est que ça ne s'appliquerait même pas aux films américains, qui continueraient de recevoir des crédits d'impôts», ajoute Raymond Legault. Depuis le mois de mars, plusieurs bonzes de l'industrie sont montés aux barricades, notamment Denise Robert et Roger Frappier. La semaine dernière, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, s'est uni à son homologue torontois, David Miller, devant le comité sénatorial pour dénoncer ce projet de loi. |