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Standard Operating Procedure - Au-delà des photos
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Lynndie England pose fièrement auprès de soldats irakiens qu’on a forcés à se masturber. Dans le film, la jeune femme de 20 ans explique pourquoi elle a posé ce geste.

STANDARD OPERATING PROCEDURE

Au-delà des photos

par David Patry
Journal de Montréal
08-06-2008 | 11h30

C’est toute la faiblesse et la connerie humaine qui sont condensées dans le documentaire Standard Operating Procedure.

Le film d’Errol Morris, gagnant d’un Oscar pour The Fog of War, raconte l’histoire des photos qui ont été prises à la prison américaine d’Abu Ghraib, et qui montrent des scènes de torture envers des prisonniers irakiens. Nudité et humiliation étaient au menu.

Des photos qui ont fait le tour du monde et qui auront changé à jamais l’image des États-Unis et de sa machine de guerre.

Errol Morris a interviewé les soldats qui ont pris ces photos, de même que ceux qui étaient dans le cadre, afin de connaître ce qu’elles ne montrent pas: le contexte.

Dans son enquête, il a réalisé une trentaine d’interviews, cumulant des centaines de pages de transcriptions, des dizaines de milliers de pages de documents et un millier de photographies, la plupart inédites.

«Les gens pensent qu’ils savent ce qui s’est passé en voyant les photos… », nous a lancé le réalisateur, joint par téléphone à Boston. Or, son travail montre qu’il n’en est rien.

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À Abu Ghraib, des soldats ont menacé les prisonniers avec des chiens de garde. À droite, Sabrina Harman soigne les blessures d’un prisonnier irakien mordu par un chien militaire.
Au-delà des photos, une terrible histoire se développe. Celle de la faiblesse humaine. Celle d’une poignée de soldats, des gens comme vous et moi, qui ont posé des gestes impardonnables. «Les pommes pourries», comme on a fini par les appeler. Des soldats peu gradés et très jeunes, une des femmes impliquées ayant à peine 20 ans lors des événements.

QU’AURIEZ-VOUS FAIT À LEUR PLACE?

Mais les témoignages récoltés par Errol Morris démontrent une tout autre réalité, qui laisse entendre qu’il ne s’agissait pas d’événements isolés faits par des individus sans scrupules, mais d’une conséquence directe de la politique militaire américaine.

À Abu Ghraib, tous les événements étaient réunis pour que ça tourne mal. Une prison surpeuplée, des gardiens trop peu nombreux, des prisonniers tenus affamés qui se révoltent…

«Les gens qui sont vraiment corrompus sont ceux qui ont créé ces politiques. Et ça vient des niveaux plus élevés. Le département de la défense, le bureau du vice-président», estime le réalisateur.

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Une photo qui a fait le tour de la planète: Lynndie England qui tient un prisonnier irakien nu en laisse. À droite, Un des soldats qu’Errol Morris n’a pu interviewer (puisqu’il est toujours en prison) frappe un prisonnier à coups de poing.

D’ailleurs, une des jeunes femmes qui livrent leur témoignage dans le film, Sabrina Harman, a été condamnée à six mois de prison pour avoir participé aux sévices à Abu Ghraib. Dans le film, elle explique que les «moeurs» à la prison étaient installées bien avant son arrivée.

Errol Morris soulève une question intéressante: Qu’auriez-vous fait à leur place? «Vous êtes dans l’armée… les ordres sont les ordres, rappelle-t-il. Mais je crois que les gens vont éviter de se poser ce genre de question.»

UN MEURTRE IMPUNI

Sabrina Harman a également pris des photos d’un prisonnier tué pendant un interrogatoire mené par la CIA (Central Intelligence Agency). Bizarrement, ce crime, lui, est resté impuni, même si on connaissait le nom de la personne qui était avec le prisonnier lors de sa mort. [img:4::right]

Est-ce là un cas de standard operating procedure? Cette expression dit qu’il s’agit d’une situation normale lors de ce type d’opération. Certaines photos dévoilées dans les médias et dans le film ont été classées sous cette appellation, d’où le titre.

«Je crois que pour l’administration, tout cela était du standard operating procedure. Mais pour moi, tout cela était des actes criminels. Des gestes choquants, dérangeants et criminels. Rien de ça ne correspond aux accords de Genève.»

Le résultat: un film d’horreur de près de deux heures qui n’est pas de la fiction, comme le dit son réalisateur. Un documentaire-choc qui fait réfléchir et qui bouleverse.

Le réalisateur se fait tout de même plutôt pessimiste quand on lui demande quelle sorte d’impact pourrait avoir son film.

«Les gens réagissent différemment à tout ce qui s’est passé avec la guerre en Irak. Certains veulent confronter les événements et espèrent que Barack Obama prendra la présidence en janvier. D’autres font juste prétendre que tout cela ne s’est jamais passé. Que ce n’était qu’un mauvais rêve…»

Standard Operating Procedure est à l’affiche en VOA au cinéma AMC et sous-titré en français à l’Ex-Centris.

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