PROJET DE LOI C-10Catastrophique pour notre cinématographieDavid Patry Le Journal de Montréal 30-05-2008 | 08h59
Le projet de loi, qui comporte une clause permettant de retirer le financement public à une production cinématographique jugée contraire à la morale, est présentement à l'étude devant le Comité sénatorial des banques et du commerce. Une clause «préjudiciable et catastrophique pour notre cinématographie autant d'un point de vue national qu'international», a lancé le producteur Roger Frappier (La Grande Séduction, Borderline). Un point de vue largement partagé par sa collègue Denise Robert (L'Âge des ténèbres, Maurice Richard) et tous les acteurs de l'industrie s'étant prononcés sur le sujet jusqu'à présent. Les deux producteurs sont contre l'idée qu'un comité de fonctionnaires jugent de la moralité d'une oeuvre. Denise Robert a même cité Hamlet en disant que l'art doit être le reflet de la société. «Si on ne peut pas refléter notre réalité, avec ses beaux et ses moins beaux côtés, ça devient de la censure», nous a-t-elle expliqué lors d'un entretien téléphonique. Immoral mais classique Devant les sénateurs, elle a également pris en exemple Baudelaire et son oeuvre Les Fleurs du mal, aujourd'hui un classique de la littérature. «Quand il a écrit ça, il a été traduit devant les tribunaux parce que c'était vu contraire à la morale», rappelle-t-elle. Roger Frappier a déclaré qu'il ne se serait jamais risqué à acheter les droits pour faire le film Borderline, de Lyne Charlebois, s'il y avait eu une possibilité que son financement lui soit retiré après le tournage. «Voilà à mon avis le côté le plus insidieux de la censure. Celui qu'on ne voit pas», a-t-il plaidé. Les deux producteurs estiment que le projet de loi met en péril les coproductions internationales, de même que le financement des banques. Ces dernières seraient frileuses à avancer de l'argent pour un film susceptible de ne pas recevoir son financement public. Ils jugent que les mesures en place, telles que les critères de Téléfilm Canada ainsi que le Code criminel, suffisent déjà à la tâche. Le maire Tremblay témoignera La semaine prochaine, le comité sénatorial entendra le maire de Montréal, Gérald Tremblay, de même que le maire de Toronto, David Miller, qui viendront parler de l'importance de l'industrie cinématographique pour leurs villes respectives et de leurs inquiétudes par rapport aux impacts du projet de loi C-10. Le comité sénatorial devra ensuite décider s'il désire modifier le projet de loi. «On a une majorité au Sénat. On va proposer des amendements qui seront très fidèles aux représentations faites par le milieu, c'est sûr», nous a affirmé le sénateur libéral Francis Fox. |