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The Strangers - Souvenirs de jeunesse
© LE JOURNAL
Trois étrangers masqués entreront bientôt dans les cauchemars des spectateurs.

THE STRANGERS

Souvenirs de jeunesse

par Bruno Lapointe
Le Journal de Montréal
25-05-2008 | 04h00

Trois étrangers masqués qui font la vie dure à un couple… Croyez-le ou non, c’est un souvenir de jeunesse qui a inspiré à Bryan Bertino son angoissant film d’épouvante The Strangers.

Certains ont des jeunesses un peu plus mouvementées que d’autres. Bryan Bertino, qui signe le scénario et la réalisation de The Strangers, se souvient encore vivement d’une nuit, il y a un peu plus de 15 ans…

«Je devais avoir autour de 13 ans. J’étais seul à la maison avec ma jeune soeur et, très tard, quelqu’un est venu cogner à notre porte, cherchant quelqu’un qui n’habitait pas chez nous», se souvient-il.

Le lendemain matin, à son réveil, des voitures de police avaient été dépêchées en masse dans sa rue.

«On a appris que des gens cognaient aux portes du voisinage et entraient par effraction dans les maisons où ils n’avaient pas de réponse», explique Bryan Bertino.

OPTER POUR LA SUGGESTION

Puis, les années ont passé. Le souvenir de sa jeune soeur et de lui-même s’est transformé en un couple, James et Kristen.

Quittant les lieux où une réception de mariage a cours, ils se retirent dans la maison familiale de James, aux abords d’un boisé, où ils comptent trouver un peu de paix et de tranquillité.

Mais au beau milieu de la nuit, on cogne à la porte. Une fois. Deux fois. Toujours avec plus d’insistance. Mais ces visiteurs n’entendent pas à jouer. À vrai dire, ils ont des intentions bien précises. Et bien violentes.

En signant son premier scénario, Bryan Bertino a décidé d’aller à contre-courant dans cette vague de films d’horreur où la violence est extrême, gratuite et graphique. «Je n’ai pas voulu censurer ou fermer les yeux sur la violence. Mais j’ai toujours cru que la suggestion est bien plus terrifiante que des éclaboussures de sang et des corps éventrés», précise-t-il.

En horreur, Bryan Bertino s’y connaît. Il a grandi en écoutant les Halloween, The Shining et autres Texas Chainsaw Massacre. À peine âgé de 30 ans, il a également la gueule de l’emploi. Grand, très grand même, le regard sombre et les bras recouverts de tatouages, l’attitude réservée. Ses éclats de rire ponctuels viennent tout de même adoucir cette image de dur à cuire.

Son enthousiasme pour les films d’horreur est tout de même évident. «Ces films nous donnent le sentiment d’être en vie, d’exister», insiste-t-il.

LA TERREUR DANS LES CHOSES ORDINAIRES

Afin de créer un climat de terreur véritable, Bryan Bertino s’est fait un point d’honneur de puiser dans le quotidien, dans le réel, plutôt que de basculer dans le surnaturel. Une tentative de rendre toute cette peur encore plus accessible. «Ce sont des gens ordinaires, dans une maison ce qu’il y a de plus ordinaire. Ils ne deviennent pas la proie de ces psychopathes parce qu’ils ont emménagé dans une maison hantée ou qu’ils ont commis des crimes dans le passé. J’enlève au public son filet de sauvetage. Et ça, c’est ce qui est réellement terrifiant», explique-t-il.

Et ça semble porter fruit. La rumeur veut que plusieurs personnes, tant à Montréal qu’aux États-Unis, ont quitté de récentes projections, jugeant The Strangers trop intense et angoissant. «J’en entends encore plus parler. Des incidents de la sorte me poussent à croire que j’ai atteint mon objectif», lance Bryan Bertino dans un éclat de rire. Terreur véritable ou légende urbaine? Ce sera aux fans de juger, dès vendredi.

Apprivoiser ses peurs

Une année après la fin du tournage de The Strangers, le corps de Liv Tyler en portait encore des traces. Ecchymoses, égratignures et membres meurtris ont laissé un gage bien durable d’une expérience particulièrement éprouvante pour l’actrice.

Le cinéma d’horreur, Liv Tyler n’y avait pas encore baigné. Elle en avait vu en tant que cinéphile, en tant que fan même, mais jamais ne s’était-elle mise en péril à l’écran.

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Liv Tyler fait ses premières armes au rayon des films d’horreur.

Il fallait donc que le script soit bon, très bon même pour la convaincre de mettre ses cordes vocales à rude épreuve et s’époumoner dans des cris à glacer le sang.

Sur un vol de retour en provenance du Japon, Liv Tyler s’est laissé intriguer par le titre de The Strangers sur la page frontispice du scénario.

«Dès les premières pages, j’étais non seulement accrochée, mais terrifiée. Le script de Bryan Bertino m’a carrément terrorisée», se souvient-elle. Il faut dire que The Strangers a touché une corde sensible chez Liv Tyler. Depuis son enfance passée dans le Maine, l’actrice avoue avoir une peur du noir, de l’inconnu et de ce qui pourrait bien se cacher dans les recoins envahis par la pénombre.

«Même aujourd’hui, je ne peux pas me coucher dans une chambre d’hôtel sans jeter un coup d’oeil sous le lit», confesse-telle.

S’ACCOUTUMER À LA PEUR

La peur, Liv Tyler a appris à l’apprivoiser. Celle qui a commencé sa carrière comme mannequin avant de basculer vers le cinéma avoue oeuvrer dans un monde «terrifiant», avec les incertitudes qui sont monnaie courante dans son métier.

«Il y a longtemps, j’ai appris à ne pas laisser la peur me figer. La vie est parsemée d’obstacles, des événements surviennent et il faut apprendre à vivre avec», explique Liv Tyler.

Mais ce n’est pas réellement l’horreur qui a accroché l’actrice. C’est plutôt le récit en tant que tel, la trame narrative et le réalisme avec lequel Bryan Bertino a assemblé les éléments de son script.

«C’est d’abord et avant tout un drame, l’histoire de deux personnages. Puis, à un moment, quelqu’un cogne à la porte. C’est tout», ricane-t-elle.

QUESTIONS ÉPINEUSES

C’est une femme visiblement sur la défensive que Le Journal de Montréal a rencontrée à New York en début de semaine. Et pour cause. Liv Tyler a récemment annoncé sa rupture avec son mari Royston Langdon après cinq années de mariage.

Prudente, pesant ses mots, l’actrice s’est faite claire à chaque moment où un journaliste plus tém éraire se risquait à effleurer sa vie personnelle de manière plus ou moins subtile.

Le seul moment où elle a accepté de se confier un peu était en lien avec son fils Milo, trois ans. La mère, visiblement fière, voyait son visage s’illuminer lorsqu’il était question de son bambin. Venant elle-même d’une famille de showbiz (son père est le chanteur d’Aerosmith Steven Tyler), Liv Tyler a expliqué souhaiter laisser à son fils le désir d’être «qui il désire», sans le pousser dans cette grosse machine qu’est le monde de l’entertainment.

«Il va être libre de décider par lui-même. Même si je n’ai pas eu une jeunesse conventionnelle, je ne regrette rien. J’ai commencé à travailler à l’âge de 14 ans. En quelque sorte, ça m’a tenue hors du pétrin. Pendant que les autres jeunes s’éclataient sur l’acide, je m’envolais vers la Toscane pour y tourner un film», confie Liv Tyler en esquissant un large sourire.

Des personnages auxquels on peut s’identifier

Il n’était pas question pour Scott Speedman de retourner à l’horreur si c’était pour tomber dans la tendance actuelle du genre. Des films comme Saw, Hostel et Captivity ne le glacent pas d’effroi; ils le laissent de glace. «Ce mélange de torture et de pornographie, j’essaie toujours de comprendre pourquoi il attire les gens», lâche l’acteur en haussant les épaules.

«DES PERSONNAGES RÉELS»

Il préfère donc – et de loin – la terreur plus psychologique, plus réelle des films tels que The Strangers. Voilà pourquoi il a accepté de prêter ses traits à James, un homme qui en verra de toutes les couleurs lorsqu’il deviendra la proie d’un trio d’inconnus masqués.

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Le joli petit couple formé de Liv Tyler et Scott Speedman en verra de toutes les couleurs

«Ces personnages sont réels et on peut s’identifier à eux. Ils sont tels que même s’ils ne se faisaient pas attaquer, les cinéphiles tiendraient à savoir ce qui leur arrive, où leur vie les mènera», explique l’acteur.

Cela, Bryan Bertino y est parvenu en prenant le temps de bien établir les événements de son récit. Cette initiative a tout de suite plu à Scott Speedman.

«Les cinéphiles ont le temps de respirer avec nous avant que la terreur prenne le dessus. Le script de The Strangers est un des mieux ficelés qu’il m’ait été donné de lire», remarque l’acteur.

Cette admiration pour le travail de Bryan Bertino est réciproque. Le choix du réalisateur et scénariste s’est arrêté sur Scott Speedman quelque temps après que Liv Tyler eut été embauchée. «Scott est un acteur reconnu, mais qui n’a aucune étiquette. Le public a cette familiarité, mais il apprend encore à découvrir l’homme derrière l’acteur», explique Bryan Bertino.

RÉALISTE

Mais d’incarner un personnage plus réaliste que le loup-garou d’Underworld ne signifie pas nécessairement que Scott Speedman n’a qu’à demeurer lui-même lorsque les caméras se mettent à tourner.

À titre d’exemple, dans les premières scènes du film, son personnage formule une demande en mariage avant de ramener sa douce à la maison dont il a parsemé le plancher de pétales de roses.

«La dernière fois que j’ai fait quelque chose de romantique, je devais avoir autour de 19 ans! Wow, ça fait tellement longtemps que je n’ai pas été en couple», soupire-t-il avant d’éclater de rire.

Difficile à croire tout de même que l’acteur n’ait pas trouvé chaussure à son pied. Il a le look pour faire craquer les femmes, même que les journalistes de sexe féminin présentes lors de son entrée dans la salle d’entrevue n’ont pu s’empêcher d’esquisser un sourire.

En voilà un qui n’a pas été happé par la fièvre du glamour qui a tendance à gonfler l’ego de certaines vedettes hollywoodiennes. Croisé dans le hall d’entrée de l’hôtel, Scott Speedman est arrivé en marchant sous la pluie, coiffé de ses écouteurs surdimensionnés.

Quiconque croise son regard a droit à un sourire chaleureux et à un hochement de la tête. Vous avez dit simple et accessible?

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