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Speed Racer - Une aventure peu banale
© Warner Bros. Pictures

SPEED RACER

Une aventure peu banale

par Daniel Rioux
Le Journal de Montréal
04-05-2008 | 05h00
On ignore s’ils se sont injecté quelque chose de stupéfiant, s’ils ont ingurgité une potion magique, gobé des hallucinogènes ou mis la main sur une poche de Quebec Gold. On sait par contre que les frères Wachowski, Larry et Andy, créateurs de la trilogie The Matrix, sortent des puits à une vitesse fulgurante avec leur dernière oeuvre, Speed Racer, un film psychédélique adapté d’un cartoon japonais et combinant action réelle et cinéma d’animation.

Tout le monde a été pris par surprise quand les Wachowski ont offert au producteur Joel Silver de réaliser cette série considérée comme un des classiques du dessin animé japonais. «Ils savaient que je détenais les droits depuis une vingtaine d’années et que personne n’avait pu s’attaquer à cet ambitieux projet.» D’abord publiées en BD au début des années 1960, les aventures de Speed Racer ont percé à la télévision japonaise en 1967 pour ensuite envahir les écrans de la planète.

«Les Wachowski m’ont invité à visionner un court métrage de cinq minutes qu’ils avaient réalisé pour nous donner une idée de ce que leur film aurait l’air», se rappelle Joel Silver, un producteur parmi les plus influents de Hollywood, comme en témoignent les 10 milliards de dollars que ses films ont rapportés aux guichets.

«Nous étions tous très perplexes, les cadres du studio Warner et moi. On se demandait ce que c’était, sinon on se disait que c’était difficile à expliquer. Vous avez vu le film. Comment l’expliqueriez-vous?» Euh…

SOIXANTE JOURS EN VERT

«Les frères Wachowski avaient une vision, une idée en tête, personne ne savait ce que c’était, mais j’ai accepté d’y participer. Qui refuserait de travailler avec eux?» demande l’actrice Christina Ricci, qui comme tous les autres a foncé tête baissée et quasi à l’aveuglette dans cette aventure peu banale. «Tu ne comprends rien, mais tu fais ce qu’ils te disent de faire. J’ai appris qu’un acteur ne se rend pas service s’il ose diverger d’opinion avec eux!»

L’obstacle majeur auquel les acteurs ont dû faire face était le principal lieu de tournage, une immense chambre entièrement verte, la green room comme on dit dans le jargon du métier, où on tourne toujours les scènes d’action réelle devant être ensuite maquillées d’effets spéciaux. L’acteur joue en quelque sorte dans le néant.

«J’ai tourné pendant 60 jours dans une chambre verte à Berlin, soupire l’actrice Susan Sarandon, une expérience difficile que je n’avais jamais vécue auparavant. La seule chose à faire, c’était de capituler devant les Wachowski et suivre leurs directives.»

UN DÉFI POUR LES ACTEURS

Même son de cloche de John Goodman, un acteur réputé pour son caractère difficile à amadouer. «J’ai accepté d’y jouer parce que c’était Speed Racer et que j’ai toujours été un fanatique de ces cartoons. Les Wachowski m’ont impressionné parce qu’il n’était pas évident de faire un film cohérent avec un cirque pareil. Tout aurait pu s’écrouler à tout moment.»

Le jeune Emile Hirsch (Into the Wild, Alpha Dog, Lords of Dogtown), 21 ans, a bien failli se brûler les doigts en déviant de la ligne tracée par les Wachowski. «Ils m’avaient bien dit de m’en tenir à mes dialogues, mais un jour, j’ai voulu pousser ça un peu plus loin et en ajouter. Erreur! Ils n’ont pas aimé, mais pas du tout. Je suis rentré dans le rang.»

L’acteur Matthew Fox (Lost) a préféré ignorer les contraintes de confinement dans une chambre verte pour plutôt se féliciter de la chance qu’on lui offrait. «Les Wachowski voulaient faire un film familial, c’est quelque chose qui ne rime pas avec leur style et ça m’excitait. Et pour la première fois, je pouvais jouer dans un film que mes jeunes enfants pourraient voir.»

Matthew Fox n’arrête pas

Impossible de déceler la fatigue du voyage sur le visage de Matthew Fox. Il descend pourtant tout juste de l’avion, après une longue envolée entre Honolulu et Los Angeles. «Il y a 10 heures à peine, j’étais encore sur le plateau de tournage de Lost, à Hawaï.»

C’est la raison qu’il invoque pour expliquer le fait qu’il n’a pas encore vu Speed Racer. «Tout va trop vite, dit-il, je travaille sans arrêt depuis deux ans, mais je vais très bientôt m’accorder un break.»

©Warner Bros. Pictures
Matthew Fox, au faîte de la gloire, s’impose avec son personnage de Racer X dans le film d’action et fiction Speed Racer.

On a peu vu l’acteur au cinéma, trois films à vrai dire (Smokin’ Aces, We Are Marshall et plus récemment dans Vantage Point), parce que c’est surtout la télévision qui a valu gloire et fortune à celui que tous connaissent grâce à son populaire rôle de l’héroïque docteur Jack Shepherd dans l’acclamée télésérie dramatique Lost.

«Beaucoup de chance et être au bon endroit au bon moment a contribué au succès de ma carrière. Peu d’acteurs ont, comme moi, tourné dans trois émissions pilotes pour la télévision qui ont franchi les étapes, été produites et obtenu un tel succès d’écoute.»

Avant Lost, Fox avait poli sa réputation dans The Haunted dès 2002 après s’être fait un nom, de 1994 à 2000, dans l’immensément populaire télésérie Party of Five.

UNE BELLE IRONIE

L’acteur de 41 ans ne peut s’empêcher de sourire quand on lui rappelle qu’il a grandi au Wyoming dans une maison familiale dépourvue d’un téléviseur.

«C’est effectivement assez ironique de constater que je suis devenu une grande vedette de la télévision sans jamais l’avoir regardée dans ma jeunesse. Mes parents n’étaient pas anti-télévision, mais ils favorisaient notre épanouissement par la culture littéraire. De toute manière, le câble ne se rendait pas chez nous.»

Fox, qui habite dans l’île hawaïenne d’Oahu, a retenu la leçon. «J’agis de même avec mes enfants, en les encourageant à la lecture.» Sans téléviseur, Matthew Fox n’a donc jamais vu une seule émission de Speed Racer. «Jamais entendu parler de ça et c’est juste après avoir été retenu par les frères Wachowski que j’ai regardé quelques émissions pour essayer de comprendre de quoi ça parlait.»

Dans les puits

  • Le tournage principal de Speed Racer s’est déroulé en vase clos, dans un studio de Berlin pendant 60 jours. Pour accompagner l’action en numérique, des équipes ont tourné des images grandioses en Italie, au Maroc, en Turquie, en Autriche et dans le désert californien de Death Valley. Le film a coûté 150 M$.

  • «Je ne suis pas juste la fille dans un film de gars», insiste Christina Ricci, 28 ans. «Je pilote une voiture de course, un hélicoptère et je m’implique dans des bagarres. Ce film est émotivement touchant et visuellement stimulant. J’ai signé un contrat pour deux autres Speed Racer, des suites qui sont directement liées aux résultats du box office.»

  • «Les frères Wachowski réinventent l’action réelle et la fiction en animation, observe l’acteur Emile Hirsch. Ils sont des maîtres dans l’art du détail et aussi des gens de contradictions. Il y a beaucoup de placement de produits (de consommation) dans Speed Racer, alors que le message dénonce les manoeuvres douteuses des multinationales.»

  • Joel Silver défend la durée du film, 125 minutes, une longueur inhabituelle pour un film familial. «The Incredibles durait deux heures et ça n’a pas empêché les enfants d’aller à la toilette durant le film et de revenir s’asseoir.»

  • Le producteur a expliqué l’absence des frères Wachowski à cette rencontre de presse. «Ils ont fait la promotion de la trilogie The Matrix et trouvé ça épuisant. Dès le début de cette production-ci, ils m’avaient dit qu’ils n’étaient pas intéressés à répéter l’expérience.»

  • Dans les puits du circuit urbain de Long Beach, où cette rencontre de presse coïncidait avec le dernier Grand Prix à y être présenté, une rumeur persistante courait. Larry Wachowski se trouvait à Berlin pour y subir une opération délicate visant à changer de sexe.

  • «Avant toute chose, je fais du cinéma pour avoir du plaisir. Je ne crache pas sur les cachets, mais c’est pour avoir du fun que je choisis un rôle, quel que soit le budget, souligne Susan Sarandon. J’ai enfreint bien des règles non écrites, comme jouer une mère de famille. T’es pas censée faire ça parce que ça peut être interprété comme la fin de ta sexualité. J’attends encore», de dire sur un ton fort amusé l’actrice de 61 ans, dont le premier film remonte à 1970.
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