L'AUBERGE ROUGERelecture d'un fait divers sanglantMaxime Demers Le Journal de Montréal 06-04-2008 | 05h00
C’est Christian Clavier lui-même qui a eu l’idée de revisiter sur un ton comique ce classique inspiré d’un authentique fait divers survenu en Ardèche en 1833 alors que deux anciens fermiers ont été reconnus coupables d’avoir assassiné et volé des voyageurs qui avaient eu le malheur de cogner à la porte de leur auberge. Après s’être accordé le rôle de l’aubergiste, Clavier a tout de suite pensé pour le rôle de son épouse à sa complice de longue date Josiane Balasko. Et c’est cette dernière qui a recommandé Gérard Krawczyk (Taxi, Fanfan La Tulipe) pour la mise en scène et leur bon ami Gérard Jugnot. « Je dois cette aventure à Josiane en effet », lance en rigolant Krawczyk, rencontré plus tôt cette semaine à Montréal où il est venu présenter son film. « J’ai tout de suite trouvé l’idée intéressante parce que le film original de 1951 m’a beaucoup marqué. J’étais jeune quand je l’ai vu et je me souviens que j’avais eu très peur. J’aimais l’idée que leur scénario (écrit par Christian Clavier et Michel Delgado) était très orienté vers la comédie grinçante. « Le fait de pouvoir faire une relecture de fait divers avec un autre ton et des moyens qu’ils n’avaient pas dans les années 1950, je trouvais que c’était intéressant, ne serait-ce que pour faire connaître cette histoire à des jeunes qui n’ont pas vu l’original. Et je trouve qu’au-delà de l’humour premier degré, il y a dans le film une critique sociale qui est très moderne et qui prend une autre dimension par rapport à la France actuelle. » PARTIE DE PLAISIR Tournée dans les paysages sauvages des Pyrénées, L’Auberge rouge nous amène à la fin du XIXe siècle, dans une sinistre auberge (L’Auberge du Crouteux) cachée dans les montagnes et gérée par une étrange famille de paysans qui prend un malin plaisir à assassiner et faire les poches des rares voyageurs qui s’arrêtent chez eux. Jusqu’au jour où ils reçoivent la visite surprise d’une diligence remplie de voyageurs perdus. Jamais ils n’avaient eu autant de clients à la fois… Avec le reste de l’équipe du Splendid (Thierry Lhermitte, Michel Blanc, Marie-Anne Chazel), Christian Clavier, Gérard Jugnot et Josiane Balasko ont, depuis le début de leur collaboration dans les années 1970, joué dans plusieurs pièces et comédies marquantes de l’histoire du cinéma français (Le Père Noël est une ordure, Les Bronzés 1, 2 et 3). On se doute bien qu’un plateau de tournage avec eux doit souvent avoir des allures de partie de plaisir. «Oui, mais en même temps, la comédie, ça se dirige toujours, parce qu’on a vite fait de perdre le film en route», nuance Krawczyk. «Et contrairement à ce qu’on pense, ce n’est pas improvisé, tout est extrêmement écrit. Évidemment, les trois se connaissent très bien et ça, c’est formidable. Ce sont des acteurs qui ont une expérience et un talent incroyables. Mais le metteur en scène est toujours le miroir. On ne peut pas laisser les acteurs à eux-mêmes.» Même Christian Clavier? «Christian est un cas, admet le réalisateur. Je l’ai retenu à quelques occasions, avec son accord, bien sûr. Mais j’ai aussi gardé cette truculence qui est dans sa personnalité et qui est aussi sa marque de fabrique, mais sans aller trop loin.» L’Auberge rouge sort en salle vendredi. |