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CENSURE

Les cinéastes anglophones dénoncent aussi Ottawa

Maxime Demers
Le Journal de Montréal
05-03-2008 | 13h44

Comme le milieu du cinéma québécois, les producteurs et réalisateurs canadiens-anglais s'insurgent contre le projet de loi C-10, qui permettrait de retirer l'argent public de productions jugées «contraires à l'ordre public».

Le sujet était sur toutes les lèvres au 28e gala des Génies, les «Oscars canadiens», qui avait lieu lundi soir à Toronto.

Rappelons que le Globe and Mail a révélé, la semaine dernière, l'existence de ce projet de loi qui permettrait à Patrimoine Canada de retirer les crédits d'impôts fédéraux à des productions qui seraient jugées «offensantes» et «contraires à l'ordre public». Déposé par l'ancien gouvernement libéral, le projet de loi est présentement à l'étape de la troisième lecture au Sénat.

«On croirait voir un comité de la Chine communiste analyser pour la deuxième fois ce que Téléfilm Canada aurait laissé passer», a dénoncé le réputé cinéaste canadien David Cronenberg la semaine passée dans le Globe and Mail.

«Ce qu'il y a d'ironique dans tout cela, c'est que ce sont des films comme le mien (Eastern Promises), qui se sont illustrés à l'échelle internationale, qui ne passeraient pas la rampe avec cette loi.»

Son producteur, Robert Lantos, en a remis lundi soir dans la salle de presse des Génies : «Eastern Promises est, par exemple, un film choquant rempli de scènes fortes, puissantes, réalistes et originales. C'est donc le genre de films qu'on ne pourra plus faire si certains barbares parviennent à obtenir ce qu'ils veulent (la loi C-10)», a déploré Lantos.

Sarah Polley, réalisatrice du film Away from Her (grand gagnant des Génies cette année), a profité lundi soir de son triomphe pour adresser plusieurs flèches au gouvernement conservateur.

«Je crois que si Julie Christie était là ce soir, elle dirait de fermer Guantánamo Bay et de tuer le 'Bill C-10'», a lancé la réalisatrice en allant chercher le prix d'interprétation de l'actrice principale de son film.

«Terrifiant»

Plus tard, dans la salle de presse, Polley en a rajouté : «Ce projet de loi est ter rifiant. Faire du cinéma, c'est faire des films qui parlent de la vie, et ça inclut forcément de la violence et de la sexualité.»

Rappelons que le milieu du cinéma québécois n'a pas tardé, la semaine dernière, à s'insurger contre ce projet de loi, qualifié par l'Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec de «retour à la pratique de la mise à l'index».

«Ce qui est terrible, c'est que c'est le premier geste concret que fait le gou ernement conservateur pour le cinéma», a observé le producteur Roger Frappier (La Grande Séduction, Borderline).

«Pour moi, c'est une atteinte totale à la liberté d'expression. C'est un geste qui pourrait avoir des effets pernicieux en poussant les créateurs à s'autocensurer en les empêchant de pousser les limites de l'expérimentation.»

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