LE SERPENTLe plaisir de travailler avec des grandsBruno Lapointe Journal de Montréal 17-02-2008 | 11h00
«Le Serpent peut donc trouver une résonance en chacun de nous», complète le réalisateur français au bout du fil. C’est précisément ce qui l’avait accroché à la lecture du roman Plender, de l’auteur Ted Lewis, qui a inspiré le scénario. Deux hommes qui se retrouvent après plus de 25 ans sont liés par un secret terrible. L’adaptation du livre pour le grand écran a toutefois été une tâche très ardue pour Éric Barbier. «Le roman n’a pas réellement de fin. Il a donc fallu inventer une conclusion, en plus de modifier la structure du livre. À l’écrit, c’est plutôt le contenu de deux journaux intimes qui se côtoient, ceux des deux personnages principaux. Il a donc fallu trouver une manière différente de présenter tout l’aspect psychologique», relate-t-il. SE HEURTER AUX SCEPTIQUES Puisque Le Serpent a d’abord été un roman, le film risque de se heurter aux sceptiques qui croient constamment qu’une adaptation cinématographique est invariablement inférieure à l’oeuvre littéraire. Éric Barbier abonde toutefois dans une direction opposée. «Souvent, ces déceptions ont lieu lorsqu’il s’agit de grandes oeuvres classiques. En voyant le film, les gens ont donc l’impression que tout le texte a été simplifié afin d’être porté à l’écran. Mais il ne faut pas oublier que le résultat est parfois réussi. De toute façon, il doit y avoir environ 70% de la production cinématographique mondiale qui tire ses origines d’un livre. C’est simplement que les gens n’en sont pas toujours conscients», précise-t-il. TROIS GRANDES POINTURES Afin de livrer son dernier film, Éric Barbier a su réunir trois grandes pointures du cinéma français: Yvan Attal, Clovis Cornillac et Pierre Richard. «Dès que j’ai lu le livre, j’ai pensé à Yvan Attal pour le rôle principal. Il faut dire que ça faisait déjà longtemps qu’on souhaitait travailler ensemble», relate-t-il. Pour le choix de Clovis Cornillac dans le rôle du méchant de service, Éric Bernier a été inspiré par un contraste intéressant chez l’acteur. «Il a à la fois des traits très enfantins, mais une corpulence impressionnante d’où se dégage une certaine violence», remarque-t-il. Puis, avoir Pierre Richard dans son troisième long métrage a été un véritable plaisir pour le réalisateur qui cultive une forte admiration pour le grand acteur depuis longtemps. «Il a cette capacité de dégager beaucoup de sympathie et de fragilité à la fois. Au départ, il n’était pas sûr d’être fait pour ce rôle d’avocat, mais je lui ai dit qu’il n’avait qu’à se forcer», lance-t-il dans un éclat de rire.
Projet passionnant, mais éprouvant
Dans Le Serpent, Yvan Attal prête ses traits au personnage de Vincent Mandel. En pleines procédures de divorce, luttant pour la garde de ses enfants, ce photographe de mode verra sa vie prendre un virage encore plus cauchemardesque lorsqu’il reprendra contact avec un ancien camarade de classe qu’il n’a pas vu depuis plus de vingt-cinq ans. Une véritable descente aux enfers pavée de meurtres, manipulation et mensonges pourrait très bien lui faire perdre tout ce qu’il possède. Cette richesse émotionnelle du côté du scénario a bien vite accroché l’acteur français dès la première lecture. «Le suspense fonctionnait déjà très bien sur papier, donc je trouvais ça réellement très excitant. De surcroît, je voyais une réelle dimension psychologique aupersonnage. Au départ, en instance de divorce, on voit que son évolution psychologique est déjà bien entamée, mais il devient toujours de plus en plus accablé, sombre et fragile au cours du film», relate-t-il. FAN DEPUIS PRÈS DE 20 ANS Un autre facteur décisif a été la présence d’Éric Barbier derrière la caméra pour ce projet. Yvan Attal avait été charmé en 1990 par le film Le Brasier, premier long métrage du réalisateur. «C’était réellement une grande histoire, surtout à une époque où on faisait beaucoup de petits films en France. Il se démarquait déjà par son style», estime Yvan Attal.
«Ça a vraiment été très éprouvant pour moi, sur le plan physique et émotionnel.On a tourné la nuit, il faisait froid, c’était réellement intense», se rappelle-t-il. LE SUPPLICE DE L’ÉCRAN Il a tourné dans plus d’une trentaine de films, tant en Europe qu’aux États-Unis, mais Yvan Attal n’en est pas plus à l’abri de ce mal qui afflige plusieurs acteurs. «Je déteste me voir à l’écran, c’est une réelle souffrance. À chaque fois, je ne suis jamais fier du résultat et je me dis que je devrais arrêter de faire des films», lance-t-il dans un timide ricanement. C’est probablement pour cette raison que depuis quelques années, Yvan Attal oeuvre également derrière la caméra, à titre de scénariste et de réalisateur. L’acteur avoue compter concentrer ses énergies futures sur ces aspects de sa carrière, mais rassurez-vous, il ne semble pas vouloir abandonner le jeu. |