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Le dernier continent - «Un voyage au bout de nos vies»

LE DERNIER CONTINENT

«Un voyage au bout de nos vies»

par David Patry
Journal de Montréal
15-12-2007 | 05h00
Pour aller tourner Le Dernier Continent, l’équipage du Sedna IV s’est isolé pendant 430 jours en Antarctique. «On s’en allait là pour faire un documentaire sur les effets des changements climatiques, mais finalement, on a été victimes des effets climatiques», indique le cinéaste Jean Lemire.

«Au départ, je voulais expliquer les changements climatiques dans le film, explique-t-il, mais finalement, le film suit beaucoup plus l’aventure humaine que prévu.»

Entre observer, noter, documenter et vivre un phénomène, la différence est énorme. Assez pour forcer le cinéaste a réorienter son oeuvre. Au départ, l’équipage du Sedna IV devait se prendre dans la glace du pôle Sud et mener ses analyses scientifiques. Mais le climat inhabituellement doux qu’il a dû affronter, et qui a beaucoup retardé l’arrivée de la glace dans la petite baie où il avait élu domicile, l’a poussé à changer ses plans et à lutter pour sa survie.

En pleine nuit, les vents se sont levés, soufflant à plus de 100 km/h. Le voilier, privé de la glace qui devait le retenir en place, menaçait de se fracasser sur les rochers. Sans capitaine à bord (à quoi servirait un capitaine quand on est censé être pris dans la glace?), les scientifiques et cinéastes ont dû s’improviser marins et naviguer entre les rochers pour regagner les eaux libres et sauver leur peau. Chaquemembre de l’équipage a eu la peur de sa vie. Certains ont craqué sous la pression.

«Tout le monde a eu peur, mais en même temps, t’as pas le droit d’avoir peur. Tu ne peux pas paniquer. C’est l’adrénaline qui prend le dessus et tu fais ce que tu peux pour ne pas y passer», affirme Jean Lemire, qui agissait comme chef d’équipe.

La glace n’a pris que plusieurs semaines après la période prévue. Enfin, l’aventure pouvait suivre son cours plus calmement. «Ça a été un voyage au bout de nos vies», analyse, après coup, Jean Lemire.

Le pire était passé. Mais les émotions vécues, captées par les caméras, restaient. Jean Lemire n’a eu d’autre choix que de les utiliser. «C’est beaucoup plus fort de vivre les changements climatiques que de les expliquer», remarque-t-il aujourd’hui.

600 HEURES DE TOURNAGE

De retour au pays, Jean Lemire pouvait compter sur plus de 600 heures de tournage, glanées lors des 430 jours de l’aventure. «Ça nous a permis de piger dans une banque d’images d’une qualité exceptionnelle», remarque Jean Lemire.

Une abondance qui peut être un net avantage, mais un casse-tête à la fois. Pour son long métrage, le cinéaste devait ramener le tout à moins de deux heures. «On avait 50 heures d’images de bébés phoques, raconte-t-il.On en a mis cinq minutes dans le film, mais les meilleures.»

Ce qui lui fait dire que Le Dernier Continent est le meilleur film de sa carrière, et le plus personnel aussi. «C’est la première fois que je sors un film dont je suis entièrement satisfait. Normalement, on se dit toujours: Ah… Si j’avais eu plus de temps! Mais cette fois, ce n’est pas le cas», assure-t-il.

DÉCLINAISON EN PLUSIEURS TEMPS

Le reste du matériel cinématographique n’est tout de même pas perdu. Il se déclinera en plusieurs émissions différentes, dont une série de trois heures, axée sur le côté scientifique, pour Découverte. Une série de 13 épisodes d’une demi-heure sur la vie à bord du Sedna IV est également prévue à Radio-Canada.

«Il fallait qu’on fasse ça, parce que les budgets pour une telle aventure, ça va vite», explique Jean Lemire. La mission en Antarctique a coûté quelque 7M$, dont plus de 2M$ juste pour le tournage du film.

PETITE PLANÈTE

Jean Lemire espère que ses efforts et ceux de ses coéquipiers montreront à la face du monde que la planète est toute petite, et qu’il faut tous nous en occuper. «On pensait qu’en allant au bout du monde, on allait se libérer des problèmes. Mais les choses qu’on fait ici ont là-bas un impact encore plus important», avertit-il.

Comme l’équipe a pu le constater, la glace perd du terrain en Antarctique. La température moyenne y a augmenté de 6 degrés Celsius en 50 ans. Et le mouvement s’accélère. «Plus la banquise fond, plus tu remplaces le beau miroir blanc qui reflète l’énergie solaire par de l’eau qui, au contraire, l’absorbe. C’est un cercle vicieux», explique-t-il.

L’ampleur de l’impact des changements climatiques en Antarctique aurait pu décourager Jean Lemire. Mais celui-ci ressort de l’aventure positif malgré tout. Mais il faut agir vite. «Tous les pays sont dans le même bateau. Il va falloir s’entendre pour trouver une solution à ce problème criant.»

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