DENISE ROBERT«Ça fait longtemps qu'on veut partager ce film-là avec les spectateurs québécois»Maxime Demers Le Journal de Montréal 01-12-2007 | 05h00
«Honnêtement, je ne vois pas quel est le problème, questionne-t-elle. On a fait le film avec un budget normal, on ne l’a pas fait en anglais… Chose certaine, c’est la première fois que je vois un film arriver en salle avec autant de bagage!» Et comment se sent-elle alors que le film s’apprête à prendre enfin l’affiche au Québec, après six mois de tempêtes et de controverses? Soulagée. «C’est un soulagement dans le sens que ça fait longtemps qu’on veut partager ce film-là avec les spectateurs québécois. Car c’est pour le public qu’on fait des films», rappelle-t-elle. Reste que les cinéphiles québécois seront les derniers, ou presque, à voir L’Âge des ténèbres, très attendu dernier opus du réalisateur de Jésus de Montréal et du Déclin de l’empire américain. Le film, qui a été projeté en première au Festival de Cannes en mai dernier, devait prendre l’affiche sur nos écrans au printemps. «On a peut-être fait une erreur très simple au début en calculant mal les délais de postproduction», convient aujourd’hui Denise Robert. «Comme c’était la première fois que Denys travaillait avec des effets spéciaux, on ne savait pas trop combien de temps prévoir. Puis, en février et en mars, on s’est aperçus qu’on ne serait pas prêts dans les temps. On a averti Alliance (le distributeur) qui nous a dit d’essayer quand même étant donné que la machine promotionnelle était déjà en marche. «Puis en avril, on a dû se rendre à l’évidence qu’on ne pouvait vraiment pas livrer le film à temps. Moi et Denys voulions le sortir pendant l’été, mais il y avait déjà plusieurs films québécois. Alliance nous a alors proposé décembre qui venait de se libérer parce que Cruising Bar 2, qui devait sortir à ce moment, avait lui-même été repoussé l’été suivant.» LIBERTÉ Ce rocambolesque concours de circonstances fait en sorte que le long métrage d’Arcand est sorti en France avant le Québec, avec les désastreux résultats qu’on connaît. L’échec du film en France pourrait-il influencer sa carrière québécoise? «Je ne sais pas, mais souvent, personnellement, quand je lis une critique négative, je vais voir quand même le film pour m’en faire ma propre idée, souligne la productrice. Il y a d’ailleurs des gens qui m’ont dit qu’il y avait tellement de choses qui avaient été dites sur le film qu’ils avaient hâte de le voir pour se faire leur propre opinion.» Peu importent les résultats, elle se dit aujourd’hui fière de la liberté avec laquelle Denys Arcand a réalisé son film. «Quand t’as réalisé un succès comme Les Invasions barbares, c’est facile de répéter ce que t’as fait pour avoir le même genre de succès. Mais lui a eu le courage d’aller totalement ailleurs. Et le fait qu’il ait senti cette liberté de le faire ainsi, c’est très précieux. Aux États-Unis, par exemple, les cinéastes n’ont pas cette liberté. Quand ils ont un gros succès, on leur offre toujours par la suite le même type de films.» À Cannes en mai dernier, Denys Arcand a dit aux journalistes qu’il lui restait un film à réaliser, son dernier, qui porterait sur sa vie. Il disait même l’avoir déjà en tête. Où en est-il aujourd’hui? «Aucune idée, répond Denise Robert. Denys est un solitaire, il est très discret sur ce qu’il fait. Est-ce qu’il en fera un ou deux autres? Je ne sais pas. Tout ce que je souhaite, c’est qu’il en fasse d’autres parce qu’il a encore des choses à dire…» |