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Tony Bennett - Sous le regard de Clint Eastwood
Tony Bennett et Clint Eastwood

TONY BENNETT

Sous le regard de Clint Eastwood

Philippe Rezzonico
Le Journal de Montréal
17-11-2007 | 05h00
Il a plus de 60 ans d’une carrière irréprochable au plan artistique et exemplaire au plan humain, mais Tony Bennett semble toujours le plus étonné des hommes quand on parle de son parcours ou de ses réalisations.

Au bout du fil, celui qui est né sous le nom de Anthony Dominick Benedetto le 3 août 1926 est aussi affable que naguère et – est-ce possible? – plus humble que d’ordinaire.

Lauréat de sept Grammys en février dernier pour son album de collaborations Tony Bennett An American Classic, Tony Bennett a droit au traitement royal de la biographie de luxe avec The Music Never Ends. Mais pas une biographie du genre de celles préformatées que l’on diffuse sur des chaînes spécialisées. Du tout.

Diffusée une première fois par le réseau PBS dans la foulée des Grammys, The Music Never Ends est autant un documentaire exceptionnel – tant il regorge d’archives méconnues – qu’un film en soi, gracieuseté de l’Oscarisé réalisateur Clint Eastwood et du narrateur émérite Anthony Hopkins, lui aussi lauréat de la statuette dorée.

«Clint était venu voir mon spectacle en 2005 au Festival de Monterey, se souvient Tony Bennett. On se connaissait tous deux de réputation et on s’était croisés quelques fois, mais après le spectacle, il est venu me dire à quel point il avait aimé la performance et il m’a laissé savoir qu’il serait intéressé à faire un documentaire sur ma personne.»

FAN DE MUSIQUE

Quelques contacts et arrangements officiels plus tard, Eastwood s’est attaqué au projet avec l’aval du chanteur, qui n’en demandait pas tant.

«Comme vous le savez, Clint Eastwood n’est pas qu’un grand acteur et un fabuleux réalisateur, il est aussi un fan de musique qui a travaillé sur l’œuvre de Charlie Parker et qui a adoré le jazz d’avant-garde. De savoir que le réalisateur était aussi un amateur de musique ne pouvait que me plaire et me rassurer.»

La somme de documents d’archives – photos, spectacles, extraits publics – est considérable dans The Music Never Ends. Eastwood propose un voyage où le passé vient constamment revisiter le présent.

Le réalisateur a souvent mis bout à bout une performance qui remonte aux années 1950 ou 1960 avec la même livraison du spectacle de 2005: on passe ainsi du noir et blanc à la couleur, mais sans noter trop d’écart vocal entre les deux offrandes, tant la voix de Bennett n’a guère faibli en soixante années.

«Je dois dire que j’ai été étonné de voir des documents d’archives que je n’avais jamais vus et d’autres que j’avais oubliés», rigole le monsieur, charmé du traitement visuel proposé par Eastwood.

S’il est vénéré par ses pairs et adulé des jeunes artistes comme Christina Aguilera, avec laquelle il a partagé la scène aux Grammys, Bennett n’a pas eu que des périodes faciles. Après des années 1940 de formation et de formidables années 1950, la venue du rock’n’roll l’a éloigné des feux de la rampe. Il a riposté avec quelques chefs-d’œuvre comme l’album I Left My Heart in San Francisco, mais les années 1970 ont été plus maigres, au plan commercial, lui permettant de réaliser des albums aventureux, comme cette collaboration avec le pianiste Bill Evans.

Bennett a même été sans contrat de disque durant près de dix ans, poursuivant ses spectacles et s’intéressant à la peinture, un art qu’il n’a jamais cessé d’exploiter depuis.

«J’ai toujours été de l’école des gens qui pensaient qu’une bonne chanson demeurait une bonne chanson. Les modes passent, mais les bonnes chansons restent.

Je me suis toujours contenté d’être un interprète et de faire ce que je faisais le mieux. Je n’ai pas vraiment essayé d’être un acteur comme mon ami Frank (Sinatra), même si j’ai joué dans quelques films et je n’ai pas été de ces artistes qui vendent des albums en quantité et de façon instantanée. Je vends bien plus d’albums aujourd’hui qu’avant.

«C’est ma principale réserve avec l’industrie. On veut des résultats immédiats et on ne donne pas la chance aux jeunes de se bâtir un public. Oscar Peterson ne vendait pas beaucoup de disques non plus à ses débuts, mais quel maître du piano! Tout le monde cherche le nouvel Elvis, les nouveaux Beatles ou la nouvelle Madonna.»

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