CINÉMA DU QUÉBEC À PARISPatrick Huard boude ParisAgnès Gaudet et Manon Guilbert Le Journal de Montréal 14-11-2007 | 11h47
Patrick Huard refuse de prendre un vol à Paris en classe économique. «Je n'ai rien contre la classe économique. Je voyage en économie parfois. Mais cette fois, j'aurais espéré mieux, dit-il, déçu. Ce n'est pas comme si le film n'avait pas eu de succès. Là, j'aurais compris. «Je n'y vais pas. Mais je ne dis rien, ajoute-t-il. Si je parle, on va me qualifier de grosse tête. Alors je ne me chicane plus.» Les acteurs principaux du film, Claude Legault, Guillaume Lemay-Thivierge et Paul Doucet, arrivent aujourd'hui à Paris, mais Huard reste à Montréal même s'il a réalisé le succès de l'été, qui a obtenu 4,7 millions aux guichets. La SODEC lui offrait un billet d'avion aller-retour «sardine» dans les places arrière et Patrick Huard espérait une place en classe affaires, une certaine forme de reconnaissance, selon lui une question de respect. Manque de délicatesse Patrick Huard n'en a pas particulièrement contre le distributeur Christal Films ni contre la SODEC, qui invite les équipes de film en France, mais contre toute l'attitude du milieu du cinéma québécois. «J'ai gagné en Ontario un trophée d'interprétation et un autre pour le scénario de Bon Cop aux Canadian Comedy Awards. Mais je n'étais pas au courant. Je n'ai même pas su que j'étais en nomination», déplore-t-il. «Ce métier n'est pas glamour comme le monde pense. Je trouve que dans ce milieu, on ne sait pas vivre. On manque un peu de délicatesse. Il ne faut pas le prendre personnel. C'est toujours comme ça. Tout le monde agit comme ça. Ça me fascine, ironise-t-il. Vraiment.» Le DVD des 3 P'tits Cochons sort le 27 novembre, alors qu'il est encore dans quelques salles ici et là. Trop tôt, croit Huard: «Mais encore là, ça a l'air que j'ai tort, que je ne connais pas ça. La tendance, c'est maintenant de sortir le DVD quatre mois après la sortie du film en salle.» Les 3 P'tits Cochons seront aussi présentés au Festival international du film de Vancouver. Mais Huard n'en sait pas plus. La SODEC (Société de développement des entreprises culturelles, du gouvernement du Québec) et Christal Films ont défrayé les coûts du voyage pour les trois rôles principaux du film, ainsi que ceux du sous-titrage du film afin que certaines expressions trop québécoises puissent être saisies du public français, une opération d'environ 12 000 à 15 000 $. Un tapis rouge très bleuAujourd'hui débute à Paris le 11e Cinéma du Québec à Paris. Du 14 au 20 novembre, au Publicis Cinéma, sur les Champs-Élysées, la plus belle avenue du monde, on déroule le tapis rouge pour la cinématographie québécoise. Sous la présidence d'honneur de l'actrice et réalisatrice Carole Laure, les parrain et marraine de cette 11e édition, Stéphane Rousseau et Karine Vanasse, l'événement présente en première française 8 longs métrages, 13 courts métrages et 4 documentaires sortis déjà en salle au Québec durant la dernière année. Tous sont inédits en France. Bien que l'on craigne que la grève des transports perturbe la bonne marche de l'événement, on attend fébrilement cette 11e édition consacrée à notre cinéma, qui intéresse de plus en plus les spectateurs français. Première en France En ouverture, le film Les 3 P'tits Cochons, de Patrick Huard, donnera le ton. Durant les prochains jours, on pourra voir La Brunante, de Fernand Dansereau, Continental, un film sans fusil, de Stéphane Lafleur, Contre toute espérance, de Bernard Émond, Guide la petite vengeance, de Jean-François Pouliot, La Lâcheté, de Marc Bisaillon, Rechercher Victor Pellerin, de Sophie Deraspe. On a réservé à la réalisatrice Carole Laure le soin de clore ces journées consacrées au cinéma québécois avec La Capture. En raison de leurs performances aux guichets au Québec, on a choisi aussi de présenter À vos marques... Party!, de Frédérick D'Amours, Nitro, du réalisateur Alain Desrochers, Ma tante Aline, de Gabriel Pelletier, et Ma fille mon ange, d'Alexis Durand-Brault. Parallèlement à ces projections et visionnements, des rencontres professionnelles et des tables rondes consacrées au cinéma et à l'adaptation cinématographique seront animées par le réalisateur Jean Beaudin, les romancières Chrystine Brouillet et Arlette Cousture, le dramaturge René-Daniel Dubois et la journaliste Carole Vallières. Rencontres de coproductions francophones et marché du cinéma du Québec à Paris sont aussi au programme des activités qui entourent ces journées du Cinéma du Québec. Au Publicisdrugstore, toujours sur les Champs-Élysées, on a laissé une place importante aux produits du Québec. Vin de glace, fourrures recyclées, artisanat ajoutent à la dimension d'abord audiovisuelle de l'événement. Cristal ne voulait pas inviter le gérantDistributeur des 3 P'tits Cochons, Christal Films n'a pas voulu payer pour le gérant de Patrick Huard. Le distributeur du film, Christian Larouche, de Christal Films, se défend en disant que l'absence de Patrick Huard à la Semaine du cinéma du Québec à Paris est liée au fait que son gérant comptait être du voyage. «Le gérant de Patrick, François Flamand, exigeait de venir lui aussi en classe affaires, explique Christian Larouche de Paris. Un billet en classe affaires coûte 5000 $. Avec les coûts de l'hôtel et les per diem, ça commence à faire beaucoup d'argent pour deux personnes. Si Patrick m'avait téléphoné pour dire qu'il changeait d'idée et souhaitait venir sans son gérant, ça m'aurait fait plaisir de payer la différence entre le billet économie et affaires. On aurait aimé qu'il soit là. C'est bien dommage. Il a fait un excellent film.» Christian Larouche rappelle que la SODEC n'avait dans son budget qu'un seul voyage à offrir à un des acteurs du film dans le cadre de l'événement. Selon lui, l'organisme est allé au-delà de ses dépenses normales pour inviter les trois acteurs principaux. L'idée de les réunir était bonne et Christal Films a aussi déboursé des sommes. L'aventure est, selon lui, assez coûteuse pour un événement de promotion. Même traitement pour tous Christian Veber, commissaire européen pour la SODEC à Paris, est surpris d'apprendre les raisons de l'absence de Patrick Huard. Il croyait que le réalisateur était trop occupé à Montréal. M. Veber rappelle que tous les artistes et artisans des films invités lors de Cinéma du Québec à Paris jouissent du même traitement. «C'est dommage, mais notre politique est que tout le monde voyage en ce que M. Huard appelle la classe sardine, réplique M. Veber. Si on devait le faire (payer un billet en classe affaires) pour un, tous les autres exigeraient la même chose. «Tous reçoivent le même per diem de 125 euros par jour, pour quatre jours, qu'ils habitent à l'hôtel ou chez des amis, explique- t-il. Ceux qui souhaitent de meilleures places d'avion ou des chambres d'hôtel supérieures se les procurent à leurs frais.» L'ouverture de la semaine du Cinéma du Québec à Paris, ce soir, pourrait être assombrie par la grève du transport. Hier, tous semblaient inquiets d'avoir du mal à se déplacer. Une partie des frais de cette soirée est assumée par le producteur Remstar (Ma fille mon ange). |