DIALOGUE AVEC MON JARDINIERTémoignage coup de coeurpar Paul Villeneuve Journal de Montréal 10-11-2007 | 05h00
Jacques Villeret (1951-2005) a joué dans ces trois films de Jean Becker: Les Enfants du marais (1998), Un crime au paradis (2000) et Effroyables Jardins (2003). Jacques Villeret était un homme que Jean Becker aimait énormément. «Au cours des trois films que j’ai tournés avec lui, il est devenu un véritable ami. On se voyait souvent. J’essayais, avec mes petits moyens, de l’assagir. Il biberonnait un peu trop. Mais il n’y avait, malheureusement, rien à faire. Jusqu’à ce que l’alcool prenne le dessus dans la dernière partie de la journée, il était un homme avec qui on pouvait parler de plein de choses. Il était très érudit. Il savait beaucoup de choses et il avait envie de vous les faire partager. Lorsque Jacques nous a quittés, j’ai mis de côté le scénario de Dialogue avec mon jardinier, d’abord parce que je venais de perdre un ami, puis parce que je ne voyais pas qui pourrait jouer le rôle que j’écrivais pour Jacques, qui le savait d’ailleurs. Nous avions une belle complicité, comme avec André Dussollier d’ailleurs, qui était aussi un ami intime de Jacques. Nous formions une espèce de trio et nous avons fait trois films ensemble. Depuis que Jacques est mort, je n’ai pas retravaillé Avec André, mais ça va se faire, j’espère.» LES COMÉDIENS Puis le réalisateur a repris l’écriture de son scénario parce qu’il ne pouvait pas se résoudre à abandonner le personnage du jardinier, qu’il aimait tant. «Je m’étais dit qu’il fallait qu’il existe. Et Sylvia Allegre, qui s’occupe de mes castings, m’a parlé de Jean-Pierre Darroussin, que je connaissais bien comme comédien et que j’aimais beaucoup. Je me souvenais notamment de ce qu’il avait fait dans le film Un air de famille. J’avais trouvé que son côté simple et discret avait beaucoup de similitudes avec le personnage que je voulais faire», précise-t-il. Jean Becker dit ignorer ce que Jacques Villeret aurait fait du personnage du jardinier, mais qu’il n’arrive plus maintenant à imaginer qui que ce soit d’autre que Darroussin dans ce rôle. Le réalisateur avait par ailleurs envie de travailler avec Daniel Auteuil depuis longtemps. «Je lui ai envoyé le script comme ça, comme une bouteille à la mer. Au début, quand on lit le scénario, la part du jardinier est plus belle que celle du peintre, mais Daniel a compris que son regard sur ce personnage était aussi important que le personnage lui-même. Et Auteuil est d’ailleurs formidable dans toute la tendresse amicale qu’il fait passer. Bref, deux jours après avoir reçu le script, Daniel m’a appelé pour me dire qu’il était d’accord. C’était donc reparti.» Daniel Auteuil et Jean-Pierre Darroussin n’avaient encore jamais travaillé ensemble. «Nous nous sommes rencontrés, nous avons parlé et leur complicité s’est faite très vite. Ils ont compris leurs personnages et je n’ai pas eu grand-chose à leur dire», souligne Jean Becker. HAUT EN COULEUR Dialogue avec mon jardinier raconte donc l’histoire de deux hommes, soit un peintre parisien qui revient prendre possession de la maison de sa jeunesse dans le centre de la France profonde et l’un de ses amis d’enfance qui deviendra son jardinier. «J’ai eu envie de faire un film de cette histoire d’Henri Cueco parce que ce personnage du jardinier était haut en couleur, parce qu’il avait une manière bien à lui de parler et une gentillesse naturelle. Le livre de Cueco est d’ailleurs plus un témoignage qu’un roman. Ce jardinier est un homme que l’auteur a vraiment connu. Dans le film, j’ai d’ailleurs conservé les dialogues du livre», déclare Jean Becker. Le réalisateur et son coscénariste Jean Cosmos ont néanmoins changé beaucoup de choses en adaptant le livre. «Dans le livre de Cueco, par exemple, le personnage du peintre n’existe que pour renvoyer la balle au jardinier. Il a donc fallu le créer. Dans le livre, ils ne sont pas amis d’enfance. Le personnage a donc été retravaillé avec Jean Cosmos, dont la fille est peintre et auprès de qui Jean s’est beaucoup renseigné pour donner son langage au personnage», souligne-t-il. Dialogue avec mon jardinier a été tourné dans le Beaujolais, où toute l’équipe a séjourné pendant le tournage. «En général, j’aime bien avoir tout le monde avec moi. Pendant un certain temps, les gens sont tous ensemble et ils travaillent pour la même chose et… ils n’ont pas d’ennuis de famille. Ça, j’aime bien», conclut Jean Becker, amusé. |