HOLLYWOODDe gros enjeuxMaxime Demers Le Journal de Montréal 05-11-2007 | 12h13
Les deux syndicats (la Writers Guild of America pour les scénaristes et l'Alliance of Motion Picture and Television Producers pour les producteurs) ont négocié toute la journée hier dans un endroit tenu secret à Los Angeles dans l'espoir d'en arriver à une entente de dernière minute. Mais encore hier en fin d'après-midi, tout portait à croire que les 12 000 scénaristes membres de la Writers Guild of America (WGA) tomberaient en grève à minuit, une première en 19 ans. Si grève il y a, les conséquences sur l'industrie du divertissement américain pourraient être énormes. En 1988, la grève des scénaristes avait duré 22 semaines et avait coûté plus de 500 millions de dollars aux studios. Selon le maire de Los Angeles, où sont basés tous les grands studios, un nouveau conflit pourrait aujourd'hui coûter le double à l'industrie. Au coeur des négociations, on retrouve à peu près les mêmes enjeux qui séparaient plus tôt cette année les producteurs des acteurs canadiens anglophones, soit les redevances sur la diffusion des oeuvres dans Internet, mais aussi sur les ventes de DVD. Les négociations entre la WGA et l'Alliance of Motion Picture and Television Producers ont une importance majeure parce qu'elles pourraient servir de modèle pour les acteurs de la Screen Actors Guild et les réalisateurs de la Directors Guild of America, qui devront négocier à leur tour de nouvelles conditions de travail avec les producteurs l'an prochain. L'influente Screen Actors Guild a d'ailleurs récemment accordé son appui à la WGA. Si la question de la diffusion des oeuvres dans Internet est une zone grise pour tous (les producteurs prétendent ne pas faire encore d'argent avec Internet et les nouvelles technologies), le problème majeur des scénaristes se situe du côté des ventes par Internet. Leur problème, c'est qu'ils n'ont pas vu venir le phénomène des DVD. La vente de DVD rapporte depuis quelques années plus d'argent aux studios que la sortie en salle des films. Or, quand les scénaristes ont négocié leurs droits d'auteur sur les ventes de DVD (vidéo VHS à l'époque), ce marché n'était pas encore très développé et rien n'indiquait que les ventes de DVD deviendraient la principale vache à lait des producteurs. Résultat: les scénaristes ne touchent encore aujourd'hui que 3 sous sur un DVD vendu 20 $. Incompréhension Compte tenu des nouvelles réalités du marché, les scénaristes demandent aujourd'hui 8 sous par DVD. Or, les producteurs refusent de leur accorder cette augmentation, plutôt logique quand on y pense. Ce que les scénaristes rencontrés en fin de semaine à Los Angeles ont bien du mal à comprendre. «Je suis anglais et, en Angleterre, les scénaristes se sont assis à table il y a 18 mois avec les producteurs pour discuter des mêmes enjeux, rappelle Neil Gaiman, scénariste du film Beowulf. Nous avons dit aux producteurs que nous devions avoir un meilleur pourcentage des profits des DVD et d'Internet et ils ont accepté car c'est tout à fait logique. J'ai du mal à comprendre pourquoi c'est si difficile de faire comprendre cela aux États-Unis...» «Nous sommes tous aussi importants les uns que les autres (acteurs, réalisateurs, producteurs, scénaristes) dans la réalisation de l'oeuvre, il serait donc normal qu'on touche tous notre part des profits», a résumé Roger Avary, l'autre scénariste de Beowulf. Dans l'immédiat, une grève des scénaristes américains ne changerait pas grand-chose pour l'industrie du cinéma. Les producteurs ont prévu le coup au cours des derniers mois en faisant le plein de scénarios. Idem pour les producteurs de séries télé. Les premiers à souffrir d'une grève seraient en fait les talk-shows télévisés, qui demandent à leurs scénaristes d'écrire au jour le jour pour être le plus près possible de l'actualité. Pour ce qui en est des films, il faudrait, à écouter le discours des producteurs, un très, très long conflit avant que les studios tombent en panne de scénarios... |