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Fernand Dansereau victime d'âgisme - La Brunante a connu sa période de noirceur
© TVA Films
Le réalisateur Fernand Dansereau

FERNAND DANSEREAU VICTIME D'ÂGISME

La Brunante a connu sa période de noirceur

Brigitte McCann
Le Journal de Montréal
02-11-2007 | 10h37
La Brunante a bien failli ne jamais se tourner.

Son scénario sur la tournée d'adieu d'une femme atteinte de la maladie d'Alzheimer était pourtant soigné et pertinent. Son casting, impeccable (Monique Mercure, Suzanne Clément, Patrick Labbé). Et son budget de 2,4M$, raisonnable.

Ce qui clochait, c'était l'âge de son réalisateur. Aucun distributeur québécois ne voulait miser sur un réalisateur de plus de 70 ans. «Certains me l'ont dit qu'ils me trouvaient trop âgé», raconte Fernand Dansereau, de sa voix apaisante. Sans distributeur, pas de financement. Pas de financement, pas de Brunante.

«Les distributeurs ont un pouvoir de vie ou de mort sur un film», déplore le cinéaste de renom, dont un des films a été présenté à Cannes en 1972.

«Ils ont le pouvoir sur tout, continue-t-il. Certains vont jusqu'à exiger des changements au scénario. Il faudrait nuancer cette partie-là du processus.»

Longue ovation

Après cinq longues années d'attente, le réalisateur a finalement obtenu l'aval du distributeur TVA Films, en 2005. L'année suivante, alors que le scénario en était à sa 17e version, Fernand Dansereau, heureux comme un pape, tournait enfin sa Brunante. Le film sort dans une quinzaine de salles au Québec, la semaine prochaine. Une chance.

Parce que mercredi soir, les premiers spectateurs québécois de La Brunante sont restés cloués à leur siège jusqu'à la toute fin du générique.

La première québécoise présentée au Festival du cinéma de l'Abitibi a suscité une explosion d'applaudissements qui a duré cinq bonnes minutes. L'une des plus belles ovations du Festival.

Les jeunes comme les vieux, tout le monde a été touché au coeur par ce drame teinté d'humour bien dosé, joué avec brio par Monique Mercure (Le Retour) et Suzanne Clément (Les Hauts et les Bas de Sophie Paquin), visiblement dirigées de main de maître.

«C'était fantastique! J'ai été très étonnée de voir la sensibilité du public», a réagi Monique Mercure, dans la salle pour la première. «Il est très rare que des réalisateurs fassent d'aussi beaux films à cet âge», dit-elle.

«Je suis assez fier d'avoir revalidé ma compétence», affirme Fernand Dansereau, qui est quand même détenteur du prix Albert-Tessier depuis 2005, la plus haute distinction du gouvernement du Québec dans le domaine du cinéma.

D'autant plus que l'Alzheimer est un sujet qui fait peur. Grâce à son humour, La Brunante en traite en douceur, mais sans complaisance. «Le vrai sujet du film, ce n'est pas la maladie d'Alzheimer, c'est la dégénérescence qui accompagne le vieillissement», souligne le réalisateur.

«Pire que la mort»

La maladie d'Alzheimer a la particularité de détruire l'âme avant de s'attaquer au corps. «À mes yeux, c'est pire que la mort», dit le réalisateur, qui se questionne sur son propre vieillissement.

Malgré toutes les difficultés rencontrées, Fernand Dansereau n'a pas renoncé à tourner. Au contraire. Il espère que le succès de La Brunante l'aidera à concrétiser rapidement son prochain film, La Plus Belle Chose au monde, dont il vient de compléter le scénario.

«S'il faut que j'attende un autre six ans, je vais être trop vieux pour le faire», dit-il, attendant de voir quel sera son karma.

«J'espère que La Brunante ne sera pas mon dernier film», dit-il.

Nous non plus, M. Dansereau. Nous non plus.

«Gagne-la, ta place! J'ai quand même gagné la mienne!»

«J'ai souffert d'âgisme pendant plusieurs années», confiait hier le réalisateur Fernand Dansereau, 79 ans.

L'âgisme, ce n'est pas une maladie. C'est une famille de préjugés, de jugements, tous basés sur l'âge d'une personne.

«Au Québec, c'est assez violent ces temps-ci, constate-t-il. Mais en même temps, il y a un renouvellement qui est normal.» Normal, mais qui n'excuse pas tout.

Des «tasse-toi mononcle!», Fernand Dansereau en entend en masse, dans le milieu du cinéma comme de la télévision, domaine pour lequel il a notamment adapté Les Filles de Caleb.

Ses confrères aussi

Ses amis réalisateurs dans la soixantaine subissent un sort similaire. «Ils se font dire qu'ils sont trop vieux alors que pour moi, ce sont des petits jeunes!», lance Fernand Dansereau.

À une jeune réalisatrice qui souhaitait le voir prendre sa retraite, il a eu cette réplique: «Gagne-la, ta place! J'ai quand même gagné la mienne!»

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