Accueil Divertissement
 
 
JDM
Reservation Road - Le deuil qui ronge de l'intérieur
© Le Journal de Montréal
«J’avais adoré le scénario, mais la réalité m’a rattrapée dès le début du tournage», dit Jennifer Connely.

RESERVATION ROAD

Le deuil qui ronge de l'intérieur

Daniel Rioux
Le Journal de Montréal
20-10-2007 | 05h00
NEW YORK — Découvrir la vérité, c’est souvent devoir trouver celui qui la cache. C’est jouer au chat et à la souris, comme le font les personnages du drame Reservation Road, où un chauffard fauche un jeune garçon sous les yeux de son père.

Une histoire tragique hélas campée dans la réalité, comme le constate presque chaque jour l’or- ganisme Mothers Against Drunk Driving (MADD), qui a aidé les acteurs du film afin qu’ils puissent mieux comprendre l’état d’esprit de parents en deuil d’un enfant tué par un chauffard ivre.

Jennifer Connelly s’est demandé dans quelle galère elle s’était embarquée lorsqu’elle a réalisé le choc émotif provoqué par une telle catastrophe. Dans son rôle de mère de la victime et elle-même mère d’un enfant de dix ans comme dans le film, elle a fait face à des moments difficiles.

«J’avais adoré le scénario, mais la réalité m’a rattrapée dès le début du tournage. C’est horrible qu’une mère doive vivre une épreuve aussi cruelle. C’est un film de fiction fabriqué avec des événements réels et j’avoue avoir passé plusieurs, plusieurs nuits à chercher le sommeil.»

OEIL POUR OEIL…

Joaquin Phoenix incarne le père, qui refuse de vivre ce deuil et consacre toutes ses énergies retrouver le chauffard avec l’idée bien arrêtée de venger la mort de son fils. Il ne pense qu’à ça, ne vit que pour ça, et sa volonté de châtier l’auteur de ce délit de fuite mortel met en péril la fragilité de la vie à la maison.

«J’aime observer les émotions des gens avant d’aborder un personnage et ma rencontre avec des parents du réseau MADD a été déterminante. Je devais être crédible pour être efficace.»

Il se souvient avec précision de deux rencontres avec des familles de victime. «Il y avait cet homme, David, dont la situation ressemblait à ce qu’éprouve mon personnage. Il avait les mains crispées, le visage convulsé et la respiration saccadée en racontant qu’il souhaitait faire face à ce chauffard pour lui crier tu as laissé mon enfant mourir en bordure de la route!

«Et je revois souvent l’image de cette dame toute frêle mais habitée d’une telle rage que j’ai eu peur. Ça te donne une idée du cauchemar et de la vengeance prête à exploser.»

LIBERTÉ D’ACTION

Reservation Road est le fruit d’une adaptation du roman du même titre de l’auteur John Burnham Schwartz publié en 1997. Le réalisateur Terry George (Hotel Rwanda, Proved Innocent) reçu le scénario original des mains de Joaquin Phoenix et a tout de suite vu des affinités entre le sujet et sa façon très personnelle de diriger ses acteurs sur ses plateaux de tournage.

«On joue ici avec des émotions à fleur de peau et c’est quelque chose qu’on n’obtient pas en imposant des répétitions aux acteurs. Ça doit être spontané et naturel, dit-il. Je laisse donc aller les acteurs là où ils veulent aller et me battre avec ce qu’ils ont et de la manière qu’ils l’entendent. L’art de communiquer prime sur les dialogues inscrits au scénario.»

Terry George glisse quelques mots sur ses ouailles. «Joaquin sort de son cadre habituel et de ses personnages extravertis. Ici, on découvre un être introverti qui se ronge de l’intérieur. Jennifer réagit comme la mère qu’elle est dans la vraie vie et apporte des moments de réalisme d’une formidable intensité. L’émotion est si vive qu’une seule prise a suffi dans toutes ses scènes.»

Mira Sorvino et Mark Ruffalo sont les deux autres parents impliqués dans le drame. «Elle vit un deuil virtuel avec l’échec de son mariage, mais aime toujours son ex. Et Mark est dévoré par la culpabilité, par cette mort dont il est responsable. Son désir de cacher la vérité en fait un homme agité et traqué, au bord de la panique.»

C’est pour toutes ces raisons et pour ces acteurs que Terry George a opté pour une cinématographie avec caméras à l’épaule plutôt que fixes.

«C’est du réel capté sur le vif, ça montre comment chacun est l’artisan de son propre malheur.»

Le film prend l’affiche le 26 octobre.

haut