QUÉBEC SUR ORDONNANCE DE PAUL ARCANDLe peuple n'est pas prêt à entendre le messageDavid Patry Le Journal de Montréal 16-10-2007 | 12h07
«Le film n'a pas bien démarré. Il a été très durement critiqué et ça n'a pas beaucoup aidé la fréquentation», analyse Simon Beaudry, qui compile les données du box-office chez Cinéac. À son deuxième week-end à l'affiche, Québec sur ordonnance a pris le 23e rang, amassant un maigre 20 075 $ dans les 60 cinémas qui le présentait. Sa moyenne par écran de 329 $ forcera selon toute vraisemblance les propriétaires de cinéma de le retirer. «C'est certain qu'on va perdre beaucoup d'écrans, (des résultats comme ça) ça ne pardonne pas», admet Patrick Roy, président d'Alliance Atlantis Vivafilm, distributeur du documentaire. «Il ne sera plus à l'affiche dans mes salles», confirme le président de l'Association des propriétaires de cinémas et ciné-parc du Québec, Marcel Venne, qui gère des salles à Sorel-Tracy, Drummondville et Joliette. Le distributeur et les cinémas de la province avaient pourtant misé gros sur le film de Paul Arcand. Québec sur ordonnance a pris l'affiche sur plus de 60 écrans le 5 octobre dernier. Il faut dire que le premier film d'Arcand, Les Voleurs d'enfance, avait frappé fort. À sa sortie, en 2005, ce documentaire avait pris la tête du box-office québécois et a terminé sa course avec des recettes de plus de 1,7 M$. Paul Arcand déçu Qu'est-ce qui cloche avec Québec sur ordonnance? Le film a pourtant profité d'une importante campagne publicitaire. Mais le sujet des compagnies pharmaceutiques n'a pas semblé toucher le public, et le film a essuyé quelques dures critiques sur sa forme. Paul Arcand estime que les critiques ne sont pas responsables des mauvais résultats aux guichets. «Peut-être si j'avais été critiqué sur les faits, mais là, personne n'a dit que la liste (qui fiche tous les médecins) n'existe pas», indique-t-il. Peu importe la raison de cet échec, Paul Arcand se dit déçu. «On veut tous que ça marche. On ne fait pas ça pour que ça ne soit pas vu. On veut que ça provoque un débat. «Disons que ce sont les compagnies pharmaceutiques qui doivent être contentes», laisse-t-il tomber. L'espoir d'un débat Convaincu de l'importance de son travail, le documentariste espère que le débat va se poursuive. «La liste des médecins, le Collège des médecins fait quoi avec ça? Est-ce que les médecins acceptent d'être fichés? Est-ce qu'on est bien avec ça?» se questionne-t-il. Québec sur ordonnance devrait jouir d'une seconde vie parce qu'il devrait sortir en DVD le 26 décembre. Il passera également sur les ondes de Radio-Canada un jour. «Peut-être que c'est là que le débat aura lieu», espère Paul Arcand. La fin des documentaires?Avec l'échec de Québec sur ordonnance et les résultats décevants de Sicko, le plus récent film de Michael Moore, c'est tout le nouvel engouement pour le documentaire qui est remis en question. Les propriétaires de salles accepteront- ils encore de présenter des documentaires dans le futur? «C'est sûr que pour nous (les salles commerciales), ce n'est pas un naturel de présenter des documentaires. Mais ce n'est pas une raison pour ne plus en jouer. Ce n'est pas parce que celui-là n'a pas fonctionné que les autres ne fonctionneront pas», indique leur président, Marcel Venne. Remise en question du format Sorti échaudé de l'aventure, le distributeur Patrick Roy se fait plutôt philosophe: «On est à peu près les seuls au Québec à distribuer du documentaire à grande échelle. On court des risques, ça arrive que ça ne fonctionne pas comme on veut.» Paul Arcand, de son côté, avait déjà annoncé vouloir s'accorder une pause après Québec sur ordonnance. Même s'il ne renonce pas aux enquêtes, il remet en question le format du documentaire, avec lequel il n'a pas eu l'impact souhaité. «Ça ne m'empêchera pas de faire des enquêtes, mais pour la forme, on verra», dit-il. |