DURS À CUIREPortrait de deux chefs passionnésMaxime Demers Le Journal de Montréal 10-10-2007 | 12h06
Stars de la cuisine? Pas sûr que Normand Laprise (du restaurant Toqué!) et Martin Picard (du Pied de Cochon) aimeraient se faire appeler ainsi. Reste que c'est un des premiers commentaires qu'on se fait en voyant le documentaire de Guillaume Sylvestre. Durs à cuire, c'est le portrait de deux artistes passionnés et charismatiques, avec leur excentricité et leurs excès. Bref, on est loin de l'image que les gens ont généralement d'un chef... «On a en effet souvent une vision édulcorée des chefs et de la cuisine, souligne Sylvestre en entrevue. Au Pied de Cochon et au Toqué! (deux institutions à Montréal), il y a beaucoup de passion, de folie et de créativité.» Au départ, Durs à cuire ne devait être qu'un documentaire destiné aux ondes de Canal D. Puis, le projet a pris de l'ampleur. Guillaume Sylvestre a suivi ses deux sujets plus longtemps que prévu (environ un an et demi, période pendant laquelle il a mis en boîte plus de 150 heures de matériel) et plus loin que prévu aussi (à Hong Kong, à Barcelone, à Lyon...). Voici aujourd'hui que son road movie culinaire a l'honneur d'ouvrir le 36e FNC avant de sortir en salle, le 19 octobre. «Je ne m'attendais pas à tout cela», admet- il aujourd'hui. Plus jeune, Guillaume Sylvestre a travaillé dans les cuisines de restaurant. C'est à partir de ce moment que cet univers a commencé à le fasciner. «J'ai toujours trouvé que c'était un monde à l'envers, indique-t-il. J'ai donc eu l'idée il y a sept ou huit ans de faire une série sur cet univers. Puis, j'ai rencontré Martin, et ensuite Normand par l'entremise de Martin. Je trouvais qu'ils étaient deux personnages intéressants, qui vivent un peu à l'envers, de façon extrême en travaillant la cuisine comme prétexte.» Sylvestre a lancé l'idée à Canal D, qui lui a donné son feu vert. Le réalisateur a commencé à filmer les deux chefs avec une petite équipe avant de changer de technique et d'opter pour une petite caméra portative et un preneur de son seulement à ses côtés. Une approche intimiste qui a séduit les deux chefs. «Ce que j'aimais, c'est que c'était sans prétention, souligne Normand Laprise. Guillaume nous a dit: Je ne veux pas vous déranger, je veux juste rentrer dans votre monde pour le voir et regarder. «On a fait beaucoup d'émissions de cuisine et quand ces équipes rentrent dans notre cuisine, ça monopolise souvent tout l'espace. Avec Guillaume, on n'a jamais senti cela.» Sans vernis Durs à cuire nous emmène autant dans les cuisines des deux chefs (et de leurs sous-chefs respectifs, Charles-Antoine Crête et Hugues Dufour) que dans leurs virées nocturnes bien arrosées et leurs voyages gastronomiques à l'étranger. «Il n'y a aucune mise en scène dans le film. c'est une vision sans vernis qui est assez représentative de la réalité», souligne Guillaume Sylvestre, qui est le fils de Denise Bombardier. Rythmé, le film est un peu monté comme un documentaire sur une tournée d'un artiste ou un groupe rock. «Je ne pensais pas au début que ça deviendrait autant un road movie, avoue Sylvestre. Parce que je ne savais pas que Normand et Martin voyageaient autant.» Car les deux chefs se promènent pas mal. On les invite aux quatre coins du monde pour faire découvrir la gastronomie montréalaise. «Il y a un intérêt certain pour ce qui se fait au Québec, observe Martin Picard. On est dans la game en ce moment.» Et qu'est-ce qui fait que la cuisine a tant évolué au Québec ces dernières années? «Avant, la cuisine au Québec, c'était la cuisine française et les Québécois faisaient de la cuisine française. Aujourd'hui, t'as de la cuisine française et t'as de la cuisine faite par les Québécois», conclut Martin Picard. |