PETIT BONHOMME DE CHEMINLes oeuvres d'ici se promènentMaxime Demers et David Patry Le Journal de Montréal 08-10-2007 | 12h24
Qu'ont en commun C.R.A.Z.Y., La Grande Séduction, Les Invasions barbares, Maurice Richard, Bon Cop Bad Cop, La Neuvaine, L'Audition, Congorama et Séraphin - Un homme et son péché? Ces films produits au cours des cinq dernières années ont tous fait leur petit bonhomme de chemin à l'étranger, que ce soit dans des festivals ou dans les salles de cinéma. Depuis le succès international des Invasions barbares, le cinéma québécois a en effet la cote à l'étranger. Ouverture "Lorsqu'une porte est ouverte par un film à l'étranger, les films qui suivent peuvent en profiter", illustre à ce sujet Roger Frappier, producteur de La Grande Séduction. "Dans le cas de la récente percée internationale du cinéma québécois, la porte a été ouverte il y a quelques années par Les Invasions barbares, puis La Grande Séduction en a profité et l'a laissée ouverte pour C.R.A.Z.Y. et, à plus petit registre, pour Congorama. "C'est pourquoi je me réjouis toujours du succès d'un film québécois à l'étranger. Cela veut dire que d'autres films de chez nous pourront profiter de ce succès." Et qu'est-ce qui fait que certains films québécois réussissent à être vendus à l'étranger et d'autres pas? "Parfois, pour vendre un film, il suffit d'être au bon endroit au bon moment", résume Denise Robert, productrice des Invasions barbares. "Il y a plusieurs excellents films québécois dans le passé qui auraient pu avoir une belle carrière à l'étranger, mais qui n'ont pu être vendus parce que le timing n'était pas bon. "Car l'exportation de nos films, c'est un phénomène encore tout jeune. Il y a eu dans le passé les Gilles Carle et Norman McLaren, mais ça demeurait des exceptions. Aujourd'hui, le cinéma québécois voyage plus, même si ce n'est pas encore la norme. C'est encore exceptionnel, mais ça le devient de moins en moins." Le tremplin des festivals Un bon tremplin pour tenter de vendre le film à l'international, ce sont les festivals. En plus des plus connus (Cannes, Toronto, Venise, Berlin), il y a des milliers de festivals de films dans le monde, pour tous les goûts et tous les genres. "Les festivals, c'est le meilleur tremplin pour plonger dans la piscine internationale, lance Roger Frappier. À Cannes, par exemple, il y a 22 films en compétition officielle. Les acheteurs auront dès le départ l'oeil sur ces films puisqu'ils tiennent pour acquis qu'ils ont été choisis par les programmateurs parmi les 4 000 longs métrages qui ont été présentés. "Les festivals permettent donc aux acheteurs d'éviter de faire le travail de débroussaillage." En revanche, vendre un film à l'étranger n'est pas toujours payant du point de vue financier. Payant "C'est plus payant sur le plan de la renommée que sur le plan monétaire", souligne Denise Robert. "C'est moins rentable qu'on nes'imagine", ajoute Anick Poirier, vice-présidente aux ventes internationales aux Films Séville (et en charge des ventes internationales de plusieurs films québécois, dont Bon Cop Bad Cop). "Avec un film comme Bon Cop, par exemple, on ne peut pas aller chercher énormément d'argent (moins d'un million de dollars pour l'ensemble des 78 pays)", explique-t-elle. Cela s'étend aussi aux films plus populaire
Signe que notre cinéma gagne en confiance, la reconnaissance à l'étranger des films québécois, longtemps réservée aux films d'auteurs plus "intellos", s'étend maintenant aux films populaires. Le film d'Érik Canuel Bon Cop Bad Cop en est un exemple probant. "Personne a cru qu'il avait un potentiel international. Tout le monde s'arrêtait au fait que c'est un film sur les différences culturelles", se souvient Anick Poirier, v-p aux ventes internationales chez Séville. Pourtant, celle-ci a réussi à vendre Bon Cop Bad Cop dans 78 pays, soit l'équivalent des ventes des Invasions barbare! "C'était plus qu'un film axé sur les différences culturelles. C'était un bon film d'action et un bon film d'humour", indique Anick Poirier, qui estime que la cinématographie québécoise doit se faire confiance et essayer de frapper à la porte des marchés étrangers. Bien sûr, les ventes de Bon Cop Bad Cop n'ont pas propulsé le film sur grand écran partout autour de la planète, mais lui ont quand même permis des sorties en vidéo ou au petit écran. Vague positive Le producteur du film Les 3 P'tits Cochons, Christian Larouche, entend lui aussi profiter de la vague positive qui soulève le cinéma québécois pour frapper aux portes de l'international. Il considère que son film aborde un sujet idéal pour s'attaquer au public français. Mais alors que le cinéma québécois s'attaque plus souvent au marché parisien, Christian Larouche vise un public le plus large possible, pour aller chercher les gens dans les régions. Le producteur jongle avec l'idée d'une sortie en salle en version originale ou à un remake, avec des acteurs français plus connus qui lui assureraient une meilleure visibilité. "Honnêtement, si on faisait un remake en France avec Les 3 P'tits Cochons, on se dirigerait vers 1,5 ou 2 millions d'entrées", estime Christian Larouche. En guise de comparaison, Les Invasions barbares ont généré 1,3 million d'entrées en France. Et comment explique-t-on ce nouvel engouement pour les films québécois populaires à l'étranger? "C'est simplement qu'on commence à croire à notre cinéma", conclut Christian Larouche. |