ÉLISABETH L’ÂGE D’ORUne guerre de religionDaniel Rioux Le Journal de Montréal 07-10-2007 | 13h00
Non sans hasard, l’intrigue de Elizabeth the Golden Age (Élisabeth l’âge d’or) commence dix ans après les événements ayant mené à la conclusion du premier volet de cette trilogie du réalisateur indien Shekhar Kapur. «Dans le premier film, dit-il, on assistait à la prise en charge du pouvoir conféré à la reine Élisabeth et aux conflits inhérents à son exercice. La guerre se déroulait à l’interne avec son proche entourage et le contexte était plutôt sombre. Les années ont passé et les ténèbres qui assombrissent maintenant son règne viennent d’ailleurs sous la forme de l’armada espagnole et de ses chantres de l’Inquisition qui lancent une invasion contre l’Angleterre. Le deuxième film s’intéresse de près à la notion de pouvoir absolu et du droit divin duquel Élisabeth s’estimait l’héritière.» RETOUR DANS LE TEMPS Nous sommes en 1585. L’Espagne, une puissance mondiale dominante ayant l’imprimatur de l’Église de Rome, multiplie les complots d’assassinat contre la protestante Élisabeth pour laisser le champ libre à sa cousine catholique, Marie Stuart, reine d’Écosse, première prétendante au trône. Lorsque le dernier complot est éventé et que la participation de Marie Stuart lui vaut l’échafaud, le roi Philippe II d’Espagne donne l’ordre de raser les forêts du pays pour la construction de l’invincible armada, une formidable flotte de 130 vaisseaux. Ce nom lui avait été donné bien imprudemment parce que plus de la moitié de l’ar- mada sombre en mer en 1588 dans la tempête et sous les attaques harcelantes des marins anglais et leurs commandants – Sir Francis Drake, Sir Walter Raleigh. Cette défaite marqua la fin de la suprématie maritime espagnole. Revenons à nos Anglais. SANS CATE, POINT DE SALUT Élisabeth a beau avoir repoussé la menace de cette invasion qui aurait changé le cours de l’Histoire – peut-on imaginer les Anglais dégustant des tapas? les Rolling Stones en multiples émules de Julio Iglesias??? le prince Charles en torero??? (ouiii!) –, il n’en demeure pas moins qu’Élisabeth, l’âge d’or a bien failli ne jamais arriver au grand écran. «Ça n’aurait pas été possible sans Cate Blanchett», assure le réalisateur. C’est que l’actrice a longtemps hésité avant de réclamer son titre de reine. «Le temps a été un facteur déterminant. Le premier film à peine complété, Shekhar (Kapur) discutait déjà du second et je n’étais pas prête à en parler. Nous sommes demeurés amis, nous avons examiné des projets et puis il est revenu sur le sujet quatre années plus tard et avec de nouvelles idées», nous raconte Cate Blanchett. «Il était question d’un triangle amoureux et je trouvais la suggestion intéressante parce que je ne voulais pas m’afficher comme seul personnage principal. La structure sentimentale me plaisait et le scénario annonçait un film romantique pas intimidant du tout. «C’est cette approche différente du film original qui m’a séduite, elle me permettait de sortir des sentiers explorés auparavant.» – C’est tout? «J’admets qu’il y avait aussi le fait que Clive Owen avait accepté de jouer le rôle de Sir Walter Raleigh – au coeur du triangle… – et que Geoffrey Rush reprenait celui de mon conseiller Sir Francis Walsingham.» HISTOIRE OU FICTION ? «Ni l’un ni l’autre», réplique Shekhar Kapur en évoquant la rigueur des faits… ou non. «Je ne dirais pas que nous avons pris certaines libertés en regard de l’Histoire, disons qu’on parle plutôt d’interprétation. L’Histoire elle-même est le sujet d’une interprétation. «Il faut se rappeler que les historiens de l’époque écrivaient sous les ordres du souverain et que les têtes tombaient si leurs écrits ne lui plaisaient pas. On doit donc examiner ces faits historiques dans le contexte de l’époque et des commanditaires.» C’est à partir de ça que l’interprétation que Kapur fait de ces événements survenus au XVI siècle rejoint des thèmes très contemporains. «C’est le fondamentalisme religieux de l’Église catholique d’alors et de la cruelle Inquisition opposés à la tolérance de l’Église protestante. Une guerre de religions, en somme.» Le film prend l’affiche le 12 octobre. |