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PAUL ARCAND

Le Québec accro des pilules

Maxime Demers
Le Journal de Montréal
29-09-2007 | 05h00
« Une pilule, une petite granule…», dit la chanson. C’est à ce marché très lucratif des médicaments que Paul Arcand s’attaque dans son nouveau documentaire Québec sur ordonnance.

La facture des médicaments au Québec a explosé au cours des dernières années. Normal: la consommation ne cesse d’augmenter. Les Québécois consommeraient même en moyenne pas moins de 750 pilules par année. Des pilules pour guérir, mais aussi souvent «pour oublier, pour se geler ou pour être au neutre», expose Arcand dans son documentaire.

«La raison officielle (pour l’augmentation de la consommation de médicaments), c’est le vieillissement de la population», indique le réalisateur.

«C’est vrai, mais il n’y a pas juste cela. Je ne suis pas sociologue, mais je constate qu’on vit dans une société où les gens sont stressés, pressés, et où ils cherchent individuellement des réponses rapides à des problèmes.

«Et malheureusement, souvent, la solution la plus facile, c’est une pilule. Or, ça tombe bien, les compagnies pharmaceutiques n’attendent que cela!»

MANIPULATION

Dans Québec sur ordonnance, Paul Arcand décortique donc cette industrie très lucrative qui permet aux compagnies pharmaceutiques de s’en mettre plein les poches (déjà bien remplies) en manipulant autant les patients que les pharmaciens, les médecins et même les politiciens.

Arcand a interviewé entre autres un représentant d’une compagnie pharmaceutique qui dévoile sous le couvert de l’anonymat quelques-uns des nombreux trucs utilisés par les compagnies pour influencer les médecins à prescrire plus souvent de leurs médicaments.

On apprend par exemple que ces compagnies engagent des experts (souvent des médecins) pour donner des conférences visant à vanter les mérites de leurs produits aux médecins.

Autre truc: elles envoient à certains médecins leurs plus belles représentantes qui n’hésiteront pas à utiliser leurs charmes.

On apprend également que les compagnies pharmaceutiques ont à leur disponibilité un outil de rêve: une liste publiée annuellement leur permettant de voir la liste de médicaments que chaque médecin prescrit chaque année. Pratique avant d’aller faire un pitch de vente à un médecin de savoir ce qui pourrait intéresser ce client potentiel…

«Je trouve cela tout à fait invraisemblable que les médecins soient fichés, lance à ce sujet Arcand. Il y a sûrement des médecins qui ne le savent pas, mais ce que j’aimerais, en fait ce que j’espère, c’est qu’après avoir vu cela, les médecins se retirent de cette liste au plus sacrant. Je n’en revenais pas quand j’ai appris cela…»

FACILITÉ DÉCONCERTANTE

Mais il n’y a pas que les compagnies pharmaceutiques qui ont des choses à se reprocher dans tout cela. Arcand parle aussi dans son film des pharmaciens qui acceptent des cadeaux (voyages, ristournes, etc.) de la part des compagnies pharmaceutiques en échange d’une belle visibilité de leurs produits dans leur établissement et des médecins qui prescrivent trop et trop facilement.

Pour prouver par exemple que n’importe qui pouvait se procurer des antidépresseurs, il envoyé une de ses recherchistes faire le test chez trois médecins. Sa mission: faire croire qu’elle est en dépression et se faire ainsi prescrire des médicaments.

Elle a réussi dans les trois cas, en quelques minutes seulement.

Il a aussi envoyé deux ados acheter chacun une trentaine de boîtes de Sudafed dans trois pharmacies dans le même après-midi. Ce qu’ils ont fait sans problème.

«Vous partez en voyage?» a même lancé en souriant une caissière en voyant une dizaine de boîtes atterrir sur son comptoir.

Enfin, Arcand donne aussi la parole à des accros des pilules, des dépressifs, des bipolaires, des personnes âgées ou même des ados qui se gavent de médicaments pour se geler.

«Ils sont accros, certains en sont conscients, d’autres pas. Toute leur vie est organisée en fonction de leurs médicaments. C’est une des choses qui m’ont le plus troublé en les rencontrant.

«C’est (les médicaments) un sujet très large, ajoute- t-il. Mais ce que je voulais faire, c’est montrer que, oui, les gens mangent des pilules comme des bonbons et qu’ils ont leur part de responsabilité là-dedans, mais aussi qu’il y a au Québec un lobby très puissant et une industrie avec ses techniques de marketing pour augmenter la consommation.

«En gros, je ne voulais pas juste montrer le pauvre patient vis-à-vis de la grosse compagnie; je voulais montrer que c’est un jeu d’influence constant. Le but, c’est que les gens comprennent la game qui se joue.»

Québec sur ordonnance, en salle le 5 octobre.

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