SODEC ET TÉLÉFILM750 000$ «investis» à CannesDavid Patry Le Journal de Montréal 19-07-2007 | 10h04
Se faire voir sur la croisette à Cannes a un prix. Téléfilm Canada et la SODEC ont déboursé, ensemble, près de trois quarts de million de dollars cette année pour promouvoir notre industrie cinématographique au festival français. Selon les chiffres que le Journal de Montréal a obtenus grâce à la Loi sur l'accès à l'information, la facture s'élève à un peu plus de 485 000$ pour Téléfilm Canada, et à quelque 250 000$ pour la SODEC. L'argent a servi à assurer le transport, l'hébergement et les dépenses d'une vingtaine de représentants et d'invités des deux organismes pendant les quelque 12 jours que dure l'événement. La plus grosse partie des dépenses encourues au Festival de Cannes est liée à la participation au Marché du film. À eux seuls, les coûts des Pavillon du Québec et du Canada pour cet événement comptent pour près de la moitié de l'argent dépensé par la SODEC et Téléfilm. Le Marché du film constitue une foire présentée pendant le festival, où les producteurs vendent leurs films aux différents marchés internationaux et cherchent des producteurs étrangers prêts à fournir des appuis financiers pour de futures coproductions. «Ça coûte cher» LA VIE CANNOISE
En 12 jours, le Festival de Cannes a coûté 735 000$ aux contribuables
Le directeur opération-développement de Téléfilm, Danny Chalifour, admet que l'opération de Cannes coûte cher. «Mais ça ne coûte pas plus cher aux Canadiens que ça coûte aux Hongrois ou aux autres», souligne-t-il. Téléfilm récupérerait toutefois quelque 100 000$ de ses partenaires publics et privés au terme de l'opération. «Le coût net pour Téléfilm est de 350 000$», indique-t-il. Autant à la SODEC qu'à Téléfilm, on note la force de l'Euro comme l'un des facteurs qui font gonfler la facture. La période du festival, très achalandée à Cannes, pousse également les prix à la hausse. Pendant ce temps à Montréal Alors que la SODEC et Téléfilm ont dépensé des centaines de milliers de dollars à Cannes, le plus important festival de films de Montréal, le FFM, n'a obtenu que 220 000$ de la SODEC cette année. À près d'un mois du début des festivités, Téléfilm n'a toujours pas annoncé d'aide financière au FFM. Pour le président de la SODEC, Jean-Guy Chaput, le Festival de Cannes et les festivals de cinéma de Montréal, tels que le FFM, sont deux choses complètement différentes. «On ne donne pas d'argent au Festival de Cannes, on va au Festival pour promouvoir notre cinéma», explique-t-il. En avoir pour son argent? «Est-ce qu'on fait la bonne chose? Est-ce qu'on en a pour notre argent ? Et plus important encore, est-ce que le contribuable en a pour son argent? Ce sont des questions que nous nous sommes posées», explique Danny Chalifour, de Téléfilm. Et la réponse? «Pour nous, c'est oui», conclut-il. «Il faut qu’on soit là» «Cannes, c'est le plus gros marché au monde. On ne peut pas ne pas y aller. Il faut absolument que nos organismes y soient.» C'est l'avis de la vice-présidente aux ventes internationales chez les Films Sévilles, Anick Poirier. Même si trois quarts de million de dollars pour aller à Cannes, cela lui semble un montant élevé, celle-ci estime que Téléfilm et la SODEC n'ont pas le choix. Ils doivent être présents. «Si on veut vendre nos films à l'international, il faut mettre des sous. Si tu n'es pas à Cannes, oublie ça, lâche la business», affirme l'exportatrice. D'ailleurs, lors du dernier festival de Cannes, les Films Séville ont conclu des ententes pour vendre le film québécois Ma Fille Mon Ange à des réseaux de télévision du Brésil, de la Corée du Sud et de la Turquie, entre autres. L'entreprise a pu notamment profiter des services offerts sur place par les gens de la SODEC. L'endroit est idéal pour créer des contacts dans le milieu du cinéma, se faire connaître afin d'exporter les oeuvres d'ici ou de financer des films en le produisant en collaboration avec d'autres pays. «Incontournable» Chez Téléfilm, on considère également que le Festival de Cannes constitue un «incontournable». «Si tu ne peux être qu'à un seul endroit, c'est là, pas ailleurs», constate Danny Chalifour. Même son de cloche du côté de la SODEC. «C'est le plus gros festival de films au monde, souligne son président, Jean-Guy Chaput. Il y a beaucoup plus de gens qui veulent y aller que de gens qui peuvent y aller.» |