MICHAEL MOORELe système de santé pris à partieMaxime Demers Le Journal de Montréal 10-06-2007 | 07h28
LONDON, Ontario | Michael Moore ne fait rien comme les autres. Le cinéaste polémiste avait choisi, vendredi soir, un simple cinéma dans un centre commercial de la petite ville de London, en Ontario, pour la première nord-américaine de son nouveau documentaire-choc, Sicko. On est loin du glamour de Cannes ou de Hollywood... L'endroit choisi pour cette première présentation publique du film en Amérique du Nord: le SilverCity, un cinéma situé au milieu d'un centre commercial. Un tapis rouge a été déroulé à l'entrée, mais aucune vraie vedette n'était attendue à la projection, à part Moore lui-même. Drôle de choix, que même le chroniqueur du quotidien local, le London Free Press, remettait sérieusement en question dans l'édition de vendredi matin. Tout l'après-midi, Moore a rencontré des journalistes canadiens dans une petite pièce du complexe cinématographique. À un certain moment, il a pensé convoquer la presse dans un hôpital où une partie du film a été tournée (Sicko porte sur le système de santé américain). Mais il n'en a finalement pas eu la permission. Mais pourquoi avoir choisi London, en Ontario? C'est bien entendu la première question qu'on a posée au coloré réalisateur américain, vendredi après-midi, quelques heures avant cette étrange "première". "La plupart des scènes du film qui se passent au Canada ont été tournées ici, à London, explique Moore. Plusieurs personnes qui livrent leur témoignage dans le film viennent aussi d'ici. "Et puis, j'ai aussi de la famille près de London. J'ai donc pensé que pour la première présentation publique du film en Amérique du Nord, ce serait bien de le faire dans la partie du Canada d'où je suis en partie originaire. Plusieurs membres de ma famille seront d'ailleurs dans la salle ce soir (vendredi)." Sang canadien Michael Moore, qui aime tant se moquer des Canadiens, a donc lui-même un peu de sang canadien... "Oui, mais les Canadiens aiment aussi beaucoup se moquer d'eux-mêmes!", rétorque le sympathique cinéaste, qui était, bien sûr, vêtu de son costume habituel (short, casquette, espadrilles blanches). Dans Sicko, son nouveau pamphlet, Moore (Fahrenheit 9/11, Bowling For Columbine, Roger and Me), s'attaque au système de santé privé des États-Unis. Le réalisateur dénonce entre autres les puissantes compagnies d'assurances médicales américaines, qui dictent le système. Pour mieux critiquer ce modèle, le cinéaste le compare aux systèmes de santé universels en vigueur notamment en France, en Angleterre et au Canada, qu'il encense en omettant d'en souligner les défauts. Avec ce style engagé et humoristique qui l'a rendu célèbre, Moore donne aussi la parole aux victimes du système de santé: les quelque 50 millions d'Américains qui n'ont pas les moyens de se payer une assurance médicale et qui doivent parfois même se faire des chirurgies eux-mêmes, mais surtout, ceux qui payent une fortune chaque année à une de ces compagnies qui, elles, en retour, les dupent et les arnaquent. Arrêtez donc de vous plaindre Michael Moore n'en peut plus d'entendre les Canadiens se plaindre de leur système de santé. Depuis la première de Sicko, le mois dernier à Cannes, Moore n'a cessé de se faire reprocher par les journalistes canadiens d'avoir idéalisé dans son film notre système de santé, pour mieux dénoncer celui des Américains. Vendredi, quand on a abordé la question avec lui, notre homme s'est un peu emporté "J'ai présenté dans mon film les éléments positifs de votre système de santé, c'est-à-dire les avantages que vous avez et que vous ne devriez pas oublier, réplique-t-il. "Vous êtes chanceux et vous ne le savez pas. Vous avez vraiment un bon système, qui repose sur de bonnes bases. Ce qui n'est pas notre cas, aux États-Unis. C'est ce que j'ai voulu montrer dans mon film. "D'accord, vous devez attendre un peu plus longtemps pour obtenir des soins. Mais au moins, ils sont gratuits. Vous n'avez pas besoin de vous ruiner pour vous soigner, comme beaucoup d'Américains. Alors arrêtez donc de vous plaindre et essayer de corriger les choses qui ne marchent pas dans votre système. "En fait, votre problème actuellement n'est pas votre système de santé. Le problème, c'est votre gouvernement conservateur qui essaie de faire comme les Américains, c'est-à-dire de faire souffrir les gens, plus spécialement les gens qui n'ont pas d'argent. Si ça continue ainsi, vous allez vous retrouver avec un système comme le nôtre, qui favorise d'abord les gens qui ont de l'argent." Sicko sort en salle au Canada et aux États-Unis le 29 juin. |