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Away From Her - La réalité imite la fiction
© Lions Gate
Julie Christie et Gordon Pinsent, Away From Her

AWAY FROM HER

La réalité imite la fiction

10-05-2007 | 11h38
Dans le film splendidement triste de Sarah Polley Loin d'elle (Away From Her), Gordon Pinsent voit sa femme, frappée par la maladie d’Alzheimer, lentement s'éteindre.

Dans la réalité, la femme de Pinsent depuis 40 ans, Charmoin King, a succombé à l'emphysème en janvier dernier. Cette rencontre violente entre tragédie personnelle et triomphe professionnel est, reconnaît d’une voix douce l’acteur de 76 ans, «un exemple remarquable de la réalité qui imite la fiction».

Il fait une pause, et ses yeux se remplissent de larmes. «Ca a fini par être une bonne idée, de travailler, je veux dire. Ils disent ’le temps règle tout’ et ’pourquoi ne te tiens-tu pas occupé?’. Eh bien, je n'aurais pas pu rester occupé si j'étais resté assis chez moi, sans faire confiance à l’avenir.»

Il sourit et dit au sujet de sa regrettée femme, «Elle fait du bon travail pour s’assurer qu’on prend soin de moi.»

En effet, le rôle émouvant de Pinsent dans «Loin d’elle» a, enfin, fait de cette figure bien connue du cinéma et du théâtre canadiens une vedette internationale.

Tiré d’une histoire courte composée par Alice Munro, «The Bear Came Over The Mountain», cette dramatique a reçu les accolades des festivals du film de Toronto, de Berlin et de Sundance, et a même été encensé par les critiques les plus capricieuses («précis et sombre», a dit le New York Times).

Et si la performance de Julie Christie dans le rôle de son épouse institutionnalisée a reçu plusieurs éloges, Pinsent a, lui aussi, été soudainement redécouvert par une industrie à laquelle il avait renoncé pendant les années 1960. Il se souvient d’avoir été interrogé par un journaliste au sujet de la carrière hollywoodienne qui l’attend.

«J'ai dit, ’De quoi parlez-vous, j'ai joué le rôle du président des États-Unis en 1969 et nous sommes en 2007 - je suis sur une lancée. Ne me demandez pas ce qui s'est passé entre les deux’, raconte Pinsent en riant, sans trace de regret dans sa voix. J'ai passé cinq ans (à Hollywood) et je n'y suis pas retourné depuis pour faire quoi que ce soit. C’est bien de travailler où tu veux vivre.» Mais il précise aussi, «C’est bien qu’on nous offre des rôles dans ce milieu.»

Surtout quand c’est Polley qui offre, même si l'actrice et la directrice de 28 ans ne semble pas, à prime abord, un choix logique pour tourner un film qui porte sur les derniers jours d’un mariage.

Même Pinsent reconnaît, «J'en ai été coupable moi aussi, de faire référence à son âge... Dans son cas, ce n’est pas grave, cette question d'âge. Vous connaissez l'expression, ’La valeur n'attend pas le nombre des années’? Ça s’applique certainement à elle.»

Pour Pinsent, qui se livre à une promotion sans fin de Loin d’elle la question est maintenant de savoir s’il répondra aux invitations qui pourraient être formulées par Hollywood. Il admet avoir récemment refusé des rôles temporaires pour les séries à succès Lost et Ugly Betty.

«Ne me demandez pas pourquoi, dit-il. J’ai passé trop de temps là-bas... Mais si quelque chose de positif survient de ce film, un bon rôle, pourquoi pas.»

La mort de sa femme, souligne-t-il, a changé «sa façon de voir plusieurs choses... Je n'ai jamais été généreux envers moi-même concernant ce que je voulais vraiment faire». Par exemple, dit-il, il aimerait tourner un film au Royaume-Uni. Et si cela ne paraît pas très ambitieux, tant pis. «Je ne cherche plus à me dépasser», conclut-il.

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