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PIRATAGE CINÉMATOGRAPHIQUE

Coup de filet de la GRC

Bruno Lapointe
Le Journal de Montréal
07-05-2007 | 10h58
La GRC croit avoir mis le grappin sur un des principaux joueurs montréalais dans le domaine des DVD contrefaits. Une petite victoire dans une guerre qui est loin d'être gagnée.

La GRC procédait en effet le mois dernier à l'arrestation d'un homme jouant, croit-on, un rôle important dans l'industrie du piratage à l'échelle mondiale, ici même à Montréal.

«On pense que cet individu était le plus actif dans le domaine à Montréal», confirme le sergent Jean-Yves Ducharme. L'homme a été arrêté, interrogé, puis libéré. Il devrait faire face prochainement à des accusations de contrefaçon. Son matériel - ordinateur, imprimante, copies de DVD et disques vierges - a été saisi.

La Loi sur le droit d'auteur prévoit pour ce genre d'infraction une peine maximale pouvant aller jusqu'à un million de dollars. À cette amende peut s'ajouter une sentence d'emprisonnement de cinq ans.

De Montréal à New York

«L'individu diffusait son matériel sur Internet, alors le produit se retrouvait très vite sur le marché américain, explique le sergent. On sait que ses films se vendaient à New York.»

Les autorités policières croient que l'homme, dont on ne peut divulguer le nom avant la mise en accusation, correspond parfaitement au profil des pirates. gé dans la trentaine, il est un individu doté d'une grande connaissance informatique, doublée d'une jalousie envers les profits récoltés par l'industrie du cinéma.

Nouvelles technologies

Du côté de la GRC, on déplore l'usage négatif qui est fait des nouvelles technologies dont Internet. «Le Net permet de commettre plusieurs crimes», souligne le sergent.

Certaines technologies ont vu le jour dans un effort d'enrayer le fléau qu'est le piratage. Le HD-DVD et le Blu-Ray ne sont que deux initiatives qui avaient comme mandat de stopper les pirates.

Lancées en grande pompe il y a plusieurs mois, les deux nouvelles générations de DVD ont été déjouées par les pirates en peu de temps.

«Peu importe les nouvelles tactiques qui seront mises sur pied pour tenter de bloquer le piratage, il y aura toujours certaines personnes qui se feront un plaisir de tenter de les déjouer», lance le sergent Jean-Yves Ducharme, pessimiste.

Privilégier la prévention

Du côté de l'Association canadienne des Distributeurs de films, le son de cloche est différent.

«On travaille très fort afin d'arriver à limiter le piratage», lance Serge Corriveau. Selon lui, il est surréaliste de souhaiter enrayer totalement le piratage. La prévention devient la meilleure option. Les jeunes ne seraient pas suffisamment conscients des conséquences de l'achat d'un film contrefait.

«Plus les gens achètent des films piratés, moins ils contribuent à financer l'industrie. Si le piratage se maintient, il y aura de moins en moins de films produits», avertit Serge Corriveau.

Ses propos sont confirmés par Patrick Roy, président d'Alliance Atlantis. Il croit d'ailleurs que la mauvaise réputation de notre métropole dans le domaine du piratage est gênante.

«Il faudrait que les gens aient une attitude plus responsable et un plus grand respect du travail des artistes», conclut-il.

La guerre est loin d'être gagnée, mais on ne baisse pas les bras.

  • On estime à près de 20 milliards de dollars les pertes monétaires liées au piratage cinématographique dans le monde.
  • Entre 2001 et 2004, la GRC a mené plus de 1 800 enquêtes sur des marchandises contrefaites de toutes sortes au Canada.
  • Durant la même période, plus de 2 200 accusations ont été portées contre des particuliers et plus de 100 accusations contre des entreprises.

    Une loi désuète

    La Loi sur le droit d'auteur, au beau fixe depuis 2001, ne suit absolument pas l'évolution du piratage au cinéma qui ne cesse de faire des ravages. «Il y a définitivement des ajustements à faire afin d'être plus efficace», admet le sergent Jean-Yves Ducharme de la GRC.

    La Loi sur le droit d'auteur régit le piratage. Instaurée en 1985, elle a subi des modifications au cours des années 90, mais aucun changement n'a été apporté depuis 6 ans. Les autorités elles-mêmes croient qu'il y a lieu de l'actualiser.

    «On ne peut pas accuser chaque personne retrouvée dans un cinéma en train de filmer l'écran. Sans avoir de preuve de commercialisation, on ne peut pas procéder à une arrestation. C'est une offense qu'on cherche à criminaliser dans le futur», confie le sergent.

    Il mentionne également que les grands studios mettent beaucoup de pression afin de voir les lois actualisées afin de tenir compte de la popularité du piratage. Le sergent dit voir une évolution régulière des cas de piratage.

    D'après lui, le problème a pris de l'envergure depuis la dernière décennie. La popularité grandissante d'Internet et du DVD a contribué à l'évolution du marché noir.

    Trente minutes, un ordinateur et quelques dollars. Voilà tout ce qu'il faut pour créer une copie piratée d'un film. Faciles et abordables, ces versions contrefaites ont tout de suite pris d'assaut le marché.

    Se détaillant aux alentours de 5 $, elles sont vite devenues une solution pratique et peu coûteuse pour les cinéphiles cherchant à agrandir leur collection.

    Seul problème? Elles sont illégales.

    Du grand écran au marché noir

    Maintenant, certains films sont disponibles illégalement sur Internet quelques jours seulement après avoir pris l'affiche au grand écran. Dans ces cas-ci, il s'agit d'un enregistrement fait à l'aide d'une caméra dans un cinéma. En d'autres mots, un cinéphile a réussi à glisser une caméra à l'intérieur d'une salle et l'a braquée sur l'écran. On entend les gens tousser, passer leurs commentaires, bref, tous les éléments déplaisants d'une visite au cinéma y sont accentués.

    «C'est l'équivalent de passer à la photocopieuse un tableau de Léonard De Vinci», souligne Yves Desgagnés. Il a récemment été victime de ce fléau qu'est le piratage informatique, alors que le contenu du DVD de Roméo et Juliette s'est retrouvé sur Internet quelques jours avant sa mise en marché.

    Selon la GRC, il y a trop de manipulation des films avant leur mise en marché. En effet, plusieurs détaillants reçoivent leur matériel jusqu'à cinq jours précédant la sortie.

    Alors que le DVD légal moyen se détaille entre 20 $ et 30 $ à sa sortie, plusieurs adeptes de contrebande se servent du côté économique afin de justifier leur engouement.

    Bien que la possession d'un film piraté n'enfreigne pas le Code criminel, il y a tout de même possibilité de saisie. Une distinction se doit d'être faite entre le cas de la musique et des films. Pour le moment, la copie de disques de musique à des fins personnelles est tout à fait légale. C'est lorsque lesdits produits contrefaits sont distribués qu'il y a infraction à la loi.

    Un encouragement au vol

    «C'est comme si on ouvrait un magasin qui s'appellerait Objet volés et qu'on y donnait libre accès au public», lance le producteur Roger Frappier, découragé des lois désuètes régissant le piratage.

    Quelques jours avant la mise en marché officielle de son dernier DVD Le Guide de la petite vengeance, le film se retrouvait sur Internet. Une simple recherche a permis au producteur de trouver plusieurs autres de ses projets antérieurs illégalement disponibles sur le Net. C'est alors qu'il a pris conscience de l'ampleur du problème.

    «Je ne peux pas croire qu'on ne puisse pas retrouver la source exacte des films offerts illégalement sur le Net», lance-t-il, visiblement exaspéré.

    Le producteur réclame entre autres une législation plus ferme. Il croit que sans lois plus sévères, la situation ne va qu'empirer dans les prochaines années.

    Roger Frappier n'en est pas à ses premiers accrochages avec les pirates. Non seulement ses films, mais également ses projets musicaux sont par le passé tombés entre les mains de pirates.

    «La journée où on lançait le premier album de Lulu Hughes, mon fils est venu me voir en me montrant qu'il était déjà disponible sur cinq sites illégaux», se rappelle-t-il amèrement.

    Et c'était en 2002. Le marché noir a pris de l'ampleur dans les cinq dernières années. Si bien que nul ne peut prévoir son évolution prochaine.

    «Le matériel est tellement sophistiqué, je ne crois pas que l'on va être un jour capable de l'enrayer», soupire-t-il.

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